mercredi 29 mars 2006

LEARN

Ces temps sont forts en vie. Je n'ai plus le temps d'écrire, de me noyer dans l'Art sous toutes ses formes. C'est bien triste quelque part, mais je m'y retrouve aussi, et j'apprends et me nourrie encore plus qu'à mon habitude.






Cela nécessite aussi des décompressions, des chutes de tension et des promenades seul au calme plus souvent, mais je ne me plains pas.

De nombreux enseignements, enfermés, invisible dans la pellicule diaphane de bulles de pensées sont venus s'éclater dans mes cheveux. Et je les bois encore et encore, parce-que je veux apprendre.


J'ai besoin de faire un récapitulatif, pour fixer la mémoire, pour conjurer l'usure du temps.


  • - J'ai appris à attendre. A prendre le temps que ceux de mon âge voient pour avenir. A réfléchir un peu plus, à vouloir me fixer. A arrêter enfin de désirer le changement, comme la seule échappatoire. Je me sens souvent étouffé, lorsque les choses sont installées depuis trop longtemps. Je n'aime pas l'usure des choses, je l'ai toujours fui comme la peste. Et finalement, j'ai fixé l'instant, même si on m'y a aidé. Et j'ai pesé les aspects d'ombre et de lumière, fragmenté mes pensées et j'ai finalement réfléchis autrement. J'ai tourné les choses vers une optique plus lente, plus douce, plus profonde. Le temps ne fait pas qu'user et lasser, il peut embellir les choses, dévoiler de nouveaux aspects, peaufiner et sublimer ce qui existait d'auparavant. Merci à celui qui a partagé mon manque d'air, quitte à en pleurer, pour finalement me faire ouvrir les yeux.
  • - J'ai pu accepter un compliment. Ne pas simplement le laisser glisser par un sourire et un regard fuyant, et passer à autre chose par gêne. J'ai su faire mien un compliment, un seul, le temps d'un moment, et j'en ai souri de soulagement. J'ai encore du chemin à faire, encore des choses à apprendre, à voir, des erreurs à faire et des épreuves à passer avant de pouvoir laisser la porte ouverte à ces élans là . Plus besoin de prouver constamment des choses que l'on me dit pourtant mais que je ne veux pas entendre, c'est le point qui fixe mon horizon.
  • - Encore un message s'est échoué à mes oreilles. Précieux, éphémère, mais que j'ai su entendre résonner en moi. Se recentrer, faire revenir à soit ce qui s'était égarer, voila le travail que je vais entreprendre. Revenir aux portes des Seuils et filer comme le vent en terres de magie. Hop, c'est partisâ?¦


samedi 25 mars 2006

Can't forget your warm embrace.





La conne

L'homme est arrivé, dans sa jolie voiture
La conne aimait rêver, d'oubli et d'aventures
Alors, elle est montée, dans la jolie voiture
Nue elle s'est allongée, et le diable est entré


En fermant les yeux, la mort et l'amour à deux


L'homme a eu son os, et son beau carrosse
En à peine un clin d'Å?il, transformé en cercueil
La conne doit sortir, elle le regarde partir
La conne s'est fait salir, et elle doit en mourir


En fermant les yeux, la mort et l'amour à deux


Un jour, quelques mois plus tard
Grand bébé, aux grands yeux noirs
Est enlevé, de ses mains au revoir
Au secours, elle ne peut plus y croire


En fermant les yeux, la mort et l'amour à deux


Quand on a quinze ans, la voix retentit
C'est simple finalement, l'armoire à pharmacie
La conne a chialé, mais déterminée
Elle n'a pas su trembler, elle a tout avalé


En fermant les yeux, la mort et l'amour... adieu


jeudi 23 mars 2006

Le garçon à la guitare.



Jeudi 23 Mars







Nouvelle journée de mobilisation contre le CPE (j'allais écrire contrat précarité embauche, ça commence à me monter à la tête). Je me suis donc levé ce matin la tête remplie de bonne humeur après une nuit de sommeil décente (enfin !). Gare, train, rencontres, les gens de mon lycée ont bougé, se sont sentis concernés aujourd'hui, ou tout simplement on voulu se séparer de la pesante présence des profs et de leurs haleines fétides (pour certains seulement). Quoiqu'il en soit, nous voilà en route pour Valence. Cette fois, dans le train, pas de rencontre falucharde, ni de nouvelle confrérie étudiante à explorer dans tous les recoins de sa paillardise. Sans compter tous les timbrés, désaxés et autres Dieux ou Satan en tout genre dont le destin à bien voulu nous épargner.

Arrivé sur Valence, je fais une scène pour aller me promener. Ils me suivent, direction le parc, où je les laisse planter sur un banc pour aller prendre l'air, musique dans les oreilles. Les escaliers de pierres blanches s'élancent et s'ouvrent, comme des bras accueillants vers les étendues du parc. De l'herbe verte, arrosée et nettoyée, des arbres et des bosquets partout, des cascades, des pierres, des ponts sur des ruisseaux. Un saule pleureur à côté du pont, près de l'eau sinueuse. Je suis aux anges. Je tourne dans ses branches en fixant le ciel, toujours aussi bleu, insolent. Puis de grandes silhouettes se découpent dans le ciel, sur les hauteurs. Une place bordée d'arbres blancs, sans feuillage, dénudés, immenses, qui crèvent le ciel. Comme des serres tendues vers le vide, griffant les nuages. Mon regard se perd dans leurs courbes, dans leurs contours, leurs couleurs. Je reprends mon souffle, j'embraye et je fais repartir mon cÅ?ur. La promenade n'est pas encore finie. Je me ressource un bon coup, je souffle, je suis près pour passer cette journée sans sentir le poids de toute la fatigue accumulée.

Matinée passée à courir entre la fnac, le magasin de musique, un magasin de bd et le parc, avec la perte de la cape coxy de mon mouth' d'amour, quelle tristesse. Puis repas, dans le parc, près des jeux des enfants (où certains se seront allégrement amusés). Petite sieste post-sustentation, et direction vers le kiosque pour le début de la manif.

La manif est finie, il n'y avait pas tant de monde que ça et après la pluie de mardi la chaleur est assez écrasante (jamais content). Cela dit, toujours pas de raison de se décourager ou de baisser les bras. Retour au parc avec Lizzie et Cécile, des jeunes nous accostent pour demander une cigarette. On fait connaissance, c'est pour cela que ce genre de rassemblements me plaît : rencontrer encore, encore et encore des gens différents, confronter d'autres horizons au sien. Le reste du groupe arrive, et des deux côté (du notre, et du leur). Assis en cercle dans la pelouse, éclats de rires, et ce qu'il faut avec.

C'est après cela qu'il revient, une housse sur le dos, avec une guitare. Je souris, un peu de musiques manquait, tant mieux. J'espère en silence qu'il sait en jouer. Puis il prend la guitare, et commence à jouer. Questions : depuis combien de temps tu joues ? Tu joues quoi ? Tes cours ? Ton prof ? Tes goûts ? Puis le silence. Le silence complet dans ma tête, parce qu'ils sont repartis dans leurs discutions et que nous ne sommes plus que deux à fixer ses doigts qui bougent sur le manche et qui pincent les cordes aussi vite que mes mains volent sur un clavier. Il ferme les yeux, et après tout, il n'a l'air de rien comme ça. Avec ces cheveux longs châtains qui n'ont rien de la soie et ses yeux bleus qui semblent trop pales. Alors il faut fermer les yeux aussi, pour voir d'autres dessins, d'autres contours. Ecouter la musique dans son âme qui glisse sur le manche pour se répandre et nous atteindre profond, là où l'Art et la musique sont les seuls à pouvoir toucher.

Combien de temps je reste à l'admirer ? A regarder son visage, presque inhabité tant toute sa vie est dans ses mains, dans son instrument. Les notes qui s'envolent tant que je pourrai les saisir au passage, et il ne s'arrête pas, il enchaîne, encore, encore, tout ce qu'il sait jouer. Mes yeux sont plissés, tout à leur attention pour ne rien en louper, et malgré moi je souris, simplement et sincèrement devant tant de mélodie et de beauté. Les minutes passent, par dizaines, mais je ne sens pas leurs marques sur ma peau. Je suis déjà trop loin, perdu je ne sais où, mais la Déesse sait combien j'aimerai y demeurer toujours. L'admiration me soulève autant que sa musique, et je reste là , cloué, fasciné, à le regarder pendant une heure alors que je suis le seul. Concert privé. Parfois il me regarde, et je crois qu'au fond il voit ce que je ressens et combien je le respecte pour ce qu'il peut donner, juste comme ça, dans un parc, la moitié d'une bouteille de whisky en travers de la gorge. Il ne sourit pas, d'ailleurs il n'exprime qu'une grande concentration, et même au-delà , autre chose, il est en entier aux notes, aux sons. Et comment pourrait il même égaler par un sourire ce qu'il dit à travers ses notes ? Ses compos perso, les reprises d'Hendrix, et tant d'autres que je n'ai pas encore découvertes.

Il s'arrête, essoufflé, mais au final il reprend toujours. Même si les autres rient, crient, il joue et je regarde. Ses mains chantent et moi je les suis des yeux, malgré la vitesse. J'y vois plus rien, plus une seule pensée ne vient effleurer mon esprit, vide absolu. Comme s'il me dirigeait, j'ai l'impression qu'il peut changer ma palette de teintes selon sa volonté, en quelques secondes.

Autre chose, derrière, je sens quelque chose de gênant qui arrive, qui râpe, qui cherche les ennuis, provoque, s'insinue. Pas loupé, lorsque je fais l'effort de regarder, deux hommes sont là , à poser sans cesse les mêmes questions sur des choses que de toute façon nous n'avons pas. Impossible de s'en débarrasser, ils n'ont pas l'air décidé à partir sans ce qu'ils considèrent comme un dû. Mais tout ça ne dure que quelques secondes, parce qu'il joue encore. Je ne les vois plus, je ne sens même plus leur énergie puante qui nous dérange. C'est la musique qui m'enveloppe, qui me garde, en sécurité, à côté. Ils ne font même pas attention à nous deux. Cachés derrière un mur de notes. Sa musique me protège, la mélodie est un bouclier, et sûrement l'un des plus résistants. Une bulle, un autre univers, une autre dimension. D'autres saveurs.



Que je l'aime pour ce qu'il m'a fait vivre, et comme j'aurai voulu lui sauter au cou pour le remercier.
Il a puisé dans mon regard toute la gratitude que j'avais pour lui,
presque débordante en perles liquides sur le bord de mes yeux.

mardi 21 mars 2006

Accrologie




J'aime marcher dans la rue et me mêler à foule. J'aime me sentir fondre, me liquéfier en douceur et avec délice dans les méandres d'une marée humaine qui n'en finit pas. Me couler dans la masse comme une couleuvre, sinueux, silencieux et surtout attentif, les sens en éveil. Faire taire ma différence, mes masques, mes pensées, et me laisser guider par un mouvement qui n'est déjà plus pour moi qu'une conscience propre, détachée de celle de plusieurs êtres, possédants tous des trajectoires différentes dans la trame. Il suffit d'ignorer les panneaux qui nous hurlent notre direction, les portables et les horloges qui nous taraudent sans cesse avec leurs horaires létales, de vider son âme en laissant parler son corps. C'est aussi ce que je fais lorsque je veux me rendre à un endroit dont j'ignore l'emplacement, et perdu dans l'immensité de la capitale, j'ai déjà pu retrouver ainsi la Dame des époques. Ne plus faire attention à rien, n'être que des yeux, des oreilles et des jambes, un instinct pur délié de raison, qui semble errer mais se dirige en fait souvent vers un éblouissement. Combien de places ombragées, emplies de sculptures anciennes et recouvertes de lierres grimpants rendus bruns par le temps peut-on découvrir ainsi ? Et s'en sentir ému, revenir soudain à soi pour apprécier un éblouissement et l'émotion d'un regard après l'oubli total.


Ce sont ces endroits là que me montre la foule, que me souffle le vent. Mais j'ai parfois l'impression tenace d'autre chose. De plonger dans la masse sans y voir une unité, mais des divisions constantes, et voir se dessiner peu à peu dans le regard des autres ma propre différence. Certaines surfaces recouvrent les vitres et en font des glasses réfléchissantes, vues de l'extérieur. Il en va quelques fois de même pour le regard des passants. Ca n'est qu'à travers eux que l'on se voit, que l'on se juge, certains jours. Des regards ni froids, ni compatissants ou agréables, juste des yeux, fixes et durs qui vous jettent au visage « regarde toi un peu », et qui disparaissent de votre vie aussi rapidement qu'ils y sont entrés. C'est presque comme si leurs yeux ne distinguaient pas en moi les contours d'un humain normal, une silhouette difforme, tordue, qui s'élance dans des directions immorales. Et cette difformité qui semble entacher leur acuité visuelle paraît parfois la brûler. Une douleur, un élément du groupe « humains » qui, de par son entêtement à vouloir paraître étranger a ce qu'il est glace de honte et lacère les morales. Voila ce que je lis, le passage d'un virus, d'une maladieâ?¦


D'une anomalie.


Et c'est dans ces instants fugaces où j'ai envie d'hurler à en déverser mon estomac sur la chaussée. Briser mes cordes vocales pour faire passer ne serait-ce que quelques secondes un seul message : nous sommes tous les mêmes. Abattre ces barrières futiles de morales et de règles à suivre, autant pour leurs esprits que pour le mien. Il n'y a aucune différence entre une vieille femme dans la rue, soit-elle bourgeoise ou alcoolique, et moi. Tous les deux nous avons sentis la morsure de la haine, la lame de velours d'un amour ou encore la gêne de la honte. Nous avons tous deux été déçus, trompés, abusés, remerciés, aimés, gâtés, consolés. Il n'y a de différence que cette enveloppe qui nous entoure, qui fait de toutes ces forces brutes des trésors de finesse et de différenciation. Un empaquetage, façonné par les contours de nos heurts, la douceur de nos glissades ou par nos vertiges abrupts. Rien de plus. Nous voulons tous paraître, nous voulons tous être devant ceux qui nous sont chers. Tout un océan de concordances là où certains y voient des abîmes.


Je me rassure, en gardant pour moi, enfouis dans un coin de ma tête, la certitude inébranlable de ne pas être une anomalie, un accroc à la toile, une maile qui a sauté. Au contraire, là où pour certains je ne vois que des nÅ?uds, je sais avec conviction l'étendue de mon fil, sa souplesse et la force avec laquelle il se mêle aux vies des autres. Et, au fond, même si parfois j'enrage en souhaitant un monde différent, peuplés de cordes souples et non de nÅ?uds, je garde bien en vue une petite pancarte jaune, un rappel, où il est inscrit dans un noir goudronneux que ma tolérance elle aussi a ces limites. Ses faiblesses, ses failles, et ces choses qu'elle ne peut supporter, même si ma raison me dit qu'elle le devrait.


Alors au fond, je ris, et lorsque j'entache le champ de vision de ceux qui ne font qu'enrichir le mien, je viens écrire à l'encre invisible dans leur conscience que les anomalies, partout, elles sont belles, et bien là .



vendredi 17 mars 2006

Someone is calling the ambulance...Keep waiting


Je ne vais pas étaler mes larmes de ce matin et les circonstances horribles qui m'ont amené à les verser.
Ma douleur n'a pas d'importance au final.







Bye bye boule de poils.

dimanche 12 mars 2006

En route pour Zephyr...






Il y a des jours, il y a des heures, où, sans prévenir, se pose sur mes épaules un grand manteau bleu. D'un bleu d'éternité, cousu d'argent, un manteau liquide, aquatique et sombre, profond. Serti de ma mélancolie et de toute la finesse de mon âme.

Le manteau bleu, c'est ma mélancolie, ma tristesse face au monde. C'est mon âme et mon esprit à vif, ouverts, qui s'égratignent pour la moindre raison. C'est comme un jour de chasse libre, chaque balle qui passe m'arrache à une partie de moi-même. Ce manteau, c'est ma différence, l'évanescence de ce que je suis, c'est ma partie de verre.

S'il vient lentement me susurrer à l'oreille, après s'être posé délicatement dans mon dos, avoir entouré mes épaules, mes bras, et s'être noué sur mon torse, c'est pour me souffler des promesses différentes. Me jurer qu'un jour, je verrai Zéphyr, qu'un jour la cité cristalline m'ouvrira ses portes, que je pourrai apercevoir la haute tour centrale, aux reflets azurés et pourpres. Me dire de ne plus contempler les autres, encore une fois, perché du haut de mes pierres ou de mes arbres, enfoncés dans l'ombre ou invisible, à la lumière. Il me conjure de ne plus pleurer sur tout ce qu'ils ne sont pas, tout ce qu'ils gâchent, qu'ils se promettent ou se mentent.

Mes yeux sont secs, lorsque je les regarde, et ma bouche est serrée, close, comme de dédain, mais en réalité fermée sur des mers de tristesse. Et même si mes yeux râpent comme des pierres, de longues larmes viennent s'échouer sur mes joues, et ma peau, rougie par le vent, est marquée de leurs sillons effilés. Jamais le barrage ne cédera, jamais mes larmes ne se feront torrent pour tenter d'arroser leurs vies sèches et insipides, grises, sans saveurs. Car ce n'est pas ma peine qui se fait boule dans ma gorge, c'est celle du monde entier. Ce sont les lentes plaintes de Gaïa, cachées, brodées dans l'étoffe du vent, qui s'accrochent, trouvant refuge, sur mes cheveux qui flottent, sur mon regard trop dur. Et comment les refuser, ces déchirures, ces cicatrices tout autour de nous ? Lorsque l'on entend parmi sourd et que l'on voit clair entouré d'aveugles, on ne peut renier devoirs pour privilèges.

Alors il faut écouter, tremblant. Entendre la complainte étouffée du monde, qui à chaque fois que la haine déborde, que les phrases se font coupantes et les regards glacés, recueille, car telle est sa tâche, des épines en son cÅ?ur. Et pour chaque altercation, pour chaque morsure à l'âme et chaque coup qui nous bleuit, il lui faut l'accepter, encore et encore. Sans verser les larmes d'amertumes qui le rongent, se dispersent dans la brise pour venir faire vibrer nos oreilles et mouiller nos peaux, puis reviennent, toujours, car la douleur est éternelle, l'emplir encore. C'est ici, que, disparu des mythologies, se cache le véritable Prométhée, pour avoir permis aux êtres de vivre en acceptant en lui leurs douleurs et leurs souffrances. Aux fils de l'Aube la tâche de vibrer sur le fil de sa torture, d'évacuer ce dont il ne peut se délester.

Voila d'où viennent parfois mes heures bleues, et le long manteau qui n'en est qu'une l'allégorie embrumée. Je pleure parfois, faisant don de mes yeux à l'éternel, pour que pendant quelques instants, il ne puisse plus voir leur aveuglement.

J'aimerai tant tout partager. Qu'ils comprennent mes danses dans le vent, lorsqu'il m'emporte et que mon corps n'est plus, que je m'effiloche, nuage balloté dans le ciel. Qu'enfin mon Art puisse les toucher, les atteindre, qu'ils saisissent à quel point ma vie n'est que par et pour l'Art. Qu'ils aperçoivent mes sculptures dans l'air, de longs filaments colorés, les Å?uvres de mon esprit, éphémères, friables mais aériennes, subtiles. Voir mes cercles, voir mes sceaux, mes débordements de couleur, de sensations, et mes émotions qui se cristallisent autour de moi en nuées de vapeurs. Je voudrai que parfois ils sachent mes désirs, le feu dans mes mains, et mes perceptions. Qu'ils sachent l'étendue de ma sensibilité, à quel point un rien peut me fendre et me briser, même si je reste toujours debout.

Je reste debout, parmi eux. Même si parfois je me retire dans mes bois ou mes clairières d'oubli. Et parmi ceux qui m'entourent, il en est que j'aime. Et parmi ceux que j'aime, il en est qui savent. Ils savent mes coulures, ils savent mes folies, et bien que parfois leurs yeux ne puissent les discerner, ils les acceptent, et je vis serein et entier parmi eux.

Quand je regarde vers l'horizon, et vers l'astre solaire qui nous veille encore, depuis des millénaires, je comprends que ce monde ne peut tout accepter à la lumière de son regard. Alors je m'avance dans leurs pas, je rentre dans leur danse, coupante et aiguisée, sourire aux lèvres, et je laisse mon grand manteau de ciel glisser sur la chaussée. Il y reste, s'y étend, et qui sait, peut-être un jour, à la lumière du jour, pourra-t-il devenir blanc, une fois que toute sa mélancolie sera purgée. Alors il sera éclatant, et les lunaires sortirons enfin au regard des autres, alors enfin nous marcherons ensembles, vers la cité de l'Aube, vers Zéphyr, éclatante, toujours là , au fond de nous.



Dans l'attente, je m'en remets à la lune, encor'.

mardi 7 mars 2006

Au coeur.


Au coeur du bosquet, vibrato d'émeraude







La maison se situe sur un vallon, dominant de sa hauteur imposante toute l'étendue de la ville qui semble couler vers l'horizon, mue par une attraction irrésistible. Elle choque d'abord, tant nos yeux ne sont pas habitués à voir de telles constructions, mais dans l'instant suivant, sa seule vue apaise nos sens et nous détend, comme pour se faire pardonner de sa différence. Elle se dresse, imposante, presque fière, mais il n'existe aucune cassure entre elle et la colline. Elle semble sortie du sol, dans son entièreté, déjà faite, pensée et bâtie, comme un bloc, une unité en osmose avec la terre qui la soutient. Les murs se fondent dans le sol dans une étrange courbure qui donne à l'ensemble de la bâtisse l'aspect d'une coquille d'escargot, retournant aux roches profondes et aux racines souterraines. Leur couleur est étrange, moirée, changeante sous l'éclat du soleil, d'un panel de teintes tendres et boisées. Du brun, du sable, du mordoré, et un gris anthracite lorsque vient la pluie. Les courbes des murs font ressembler le balcon et l'étage à une vague, délicatement soufflée par la brise marine, et leur continuité s'arrondi encore pour former le toit, qui ne mérite pourtant pas ce nom tant il n'est pas reconnaissable et différencié du reste. Des pans entiers de la maison sont recouverts de plantes grimpantes et de lierres, mais aussi de fleurs, d'herbe verte et touffue, si bien que de l'est, d'où vient le vent, les nuages et les tempêtes, la colline semble juste surélevée un peu plus, et l'on pourrait marcher en toute quiétude, s'allonger dans l'herbe et se prélasser au soleil sans savoir que ce n'est pas une lande de terre qui accueille nos pas mais une véritable maison.


La porte se dessine dans les murs, tantôt visible, tantôt fondue dans le reste du décor, tout en pierre, en pyrite, grise et nacrée, sculptée sur tout son contour d'arabesques et de symboles protecteurs. Il n'y a ni sonnette, ni serrure, ni rien des habituelles commodités dont l'usage est d'annoncer sa présence. Les fenêtres sont arrondies et courbes, transparentes et brillantes, comme celles des grands immeubles de béton et d'acier qui s'arrachent du sol pour offrir à la vue de tous l'éclat et le tranchant de leur pointe. Leurs rebords sont eux aussi gravés, mais plus sobrement, par de simples traits ou courbes. Des colonnes en spirales s'élancent depuis le perron jusqu'au toit qui à cet endroit là semble avoir poussé vers l'extérieur, dépassant quelque peu la façade, pour offrir à la porte un espace sec les jours de pluie, et frais les jours de grand soleil.


La porte coulisse sur le côté en libérant un léger bruit de glissement, et une silhouette se découpe dans l'embrasure. Grande, élancée, altière, elle referme la porte en laissant simplement glisser son doigt sur sa surface, activant les centaines de capteurs sensitifs qui y sont disposés. L'homme avance dans l'allée, son pas est lent, leste mais assuré, sa démarche digne, tout comme son port de tête. Ses étranges botes brunes caressent le sol au rythme de ses pas mais ne laissent pas d'empreinte, pas de traces, pas plus qu'elles n'abîment ou ne brise les frêles brins d'herbe qu'elles foulent. Il porte un pantalon dont la texture rappelle celle du lin, d'un brun plus clair, presque sablé, quelque peu large mais resserré à la taille. De nombreuses poches y sont disposées, et une tunique verte vient s'y superposer. Le col est évasé, les coutures grossières et artisanales. Une longue capuche tombe jusqu'en bas de ses reins, recouverte par d'interminables cheveux, cendrés à la racine et d'un blond éclatant aux pointes. De grandes mèches ondulent en cascades, éclatantes et riantes comme les plaines d'été, alors que d'autres sont tressées de fleurs d'aubépine. Au cou se devine un pendentif discret, en argent, tenu par une cordelette. Il représente de nombreux fils qui se tressent et se mêlent pour former, au centre, un cercle parfait. A distance, cela ne rappelle que les anciennes pièces percées d'un trou. Au poignet, un bracelet, lui aussi d'argent, quelques peu large mais pas épais, parsemé de touches et d'un écran en son centre. La peau est pâle, presque diaphane par endroits et les lèvres fines, étirées par le sourire. Le nez est droit, surmonté des yeux et de fins sourcils. Des yeux aux tons aquatiques, de bleus et de verts aqueux, et au caractère minéral, de rochers abrupts. Le regard tranchant, sûr, perçant comme une lame, coupant comme un scalpel.


L'aube teinte le ciel d'un rose orangé qui s'étale, goutte de peinture trop liquide sur une aquarelle. L'homme emprunte l'allée plantée d'aulnes et de bouleaux qui descend vers la vallée et la ville. Un peu plus loin est garée sa voiture, fidèle et patiente, qui elle aussi laisse poindre une ouverture lorsque son propriétaire l'effleure. La rosée matinale a été absorbée par la carrosserie afin d'alimenter les réserves d'énergie et l'écran s'éclaire, souhaitant une bonne journée à son propriétaire et lui indiquant les fluctuations météorologiques pour la semaine à venir. Le silence matinal n'est pas brisé par le bruit du moteur qui s'est fait ronronnement, et la voiture glisse en silence vers la route avoisinante.


La longue distance qui sépare la maison de la ville est rapidement avalée par la vélocité du véhicule, que l'homme gare dans une ruelle. Puis il se dirige vers le parc de l'immense cité, capitale des terres qu'elle ronge petit à petit. Aux yeux de l'homme, ici, tout semble tissé de métal, de plastique ou de pierre volcanique, sombre et dense. La ville s'étend comme une plaie noire et fumante d'un bout à l'autre de l'horizon, mais il ne la déteste pas pour autant. Les hautes tours semblent creuser les nuages et déchirer le ciel, et des balafres qu'elles laissent au dessus d'elles, comme des cicatrices à vif, s'échappent parfois de longs rideaux de pluie, grisâtres et épais. Les rues se croisent, coupées à angle droit, telles des arrêtes, qui séparent en cases définies les habitations, les commerces et les lieux de vies courants. Ainsi, tout est répertorié et classifié, chaque numéro d'arrondissement s'étale, bien visible, au coin de chaque rue, comme une marque au fer rouge sur la peau de la cité.


C'est un grouillement incessant de travail, de production. Dans la rue, les gens ne regardent même plus autour d'eux, et comment leur en vouloir, quand leur regard ne pourrait effleurer que la dureté du béton et la froideur de l'acier ? Toujours l'oreillette portable au garde à vous, prête à ruiner les réserves neuronales du cerveau dans de veines discussions. Il s'avance et certains lèvent la tête sur son passage, lui jetant un regard aussi froid qu'un glacier, le même que gratifient ces personnes là de tout ceux qui semblent échapper à leur monde clos. D'autres semblent admiratifs et fascinés par l'intemporalité qu'il dégage, par sa prestance naturelle et son rythme de pas, de regard, différent en tout point de celui de la ville, fixé sur les pulsassions des repas et des rendez-vous urgents. Il marche comme un souffle, comme une brise, posé, lointain. Son regard effleure le haut du dôme en verre qui se profile à l'horizon et la peau au coin de ses yeux se fait riante, un sourire vient éclairer son visage.


Les égouts d'un quartier proche ont débordé et une odeur méphitique s'est répandue aux alentours. Cela ne terni pourtant en rien la beauté des jardins à ces yeux. Un grand dôme sphérique s'étale devant son regard, reflétant les rayons du soleil à l'extérieur, et agissant à l'intérieur comme un prisme, brisant la lumière en sept couleurs. C'est là que sont lovées les pleines verdoyantes, immenses, au milieu de la ville, un cÅ?ur d'émeraude. L'homme s'avance et plante son regard sans ciller dans le scanner d'iris, sensé vérifier son identité. Les portes s'écartent, et une grande bouffée d'air vient caresser son visage, apportant des effluves de terre et d'herbe, des senteurs végétales. Au détour des jardins, il se fraye un chemin entre des saules pleureurs, des chênes centenaires, des frênes. Les feuilles des arbres forment des voûtes ombragées et les racines serpentent hors de terre avant de replonger profondément, afin de trouver les ressources nécessaires à leur étirement sans fin. Plus loin s'étendent les vergers, des immensités de pommiers et de fruits rouges, verts et jaunes, des bananiers, des bosquets de baies, de mures et de framboises. Dans la zone tropicale, c'est à côté de ginkgos et de baobabs qu'il se promène, parmi les géants d'écorce qui lui renvoient sa propre taille, ici où il est si petit.


Depuis longtemps, il a prit l'habitude, comme l'eau se jette à la mer, de venir fredonner parmi les arbres et les plantes luxuriantes, de cueillir des fruits et des baies, non loin des cerisiers aux feuilles parsemées d'écarlate. Mais sa partie préférée n'est pas ici. Celle-ci est encore trop à l'image de ce que veut être la pensée humaine, ordonnée, triée, classée. Trop à l'image de cette ville et de ces habitants, ternes, usés, qui ont délaissé la chair pour des corps de plastiques et des cÅ?urs électroniques. La limite est visible, même pour le visiteur qui n'a aucune connaissance des jardins. Au nord, au plus profond du dôme se cache l'écrin, l'endroit, le seul, où est conservé le bien le plus précieux de la cité, à ces yeux. Soudain, la lisière des champs et des rangées d'arbres si rectiligne est brisée par la force impassible d'un ordre différent, vague houleuse qui se heurte à la falaise impassible. Un ordre puissant, ancestral et pourtant qui par son essence même réfute le mot ordre. Le chaos de la forêt se dresse, là , majestueux, d'un vert sombre, là où s'entremêlent toutes les espèces déjà croisées auparavant, là où seule la nature décide des fils et de la trame. Elle est immense, tissée de pins, d'érables, d'oliviers, de houx, de peupliers, et des sureaux, dont les fruits nourrissent les déités habitant cet océan de verdure.


Alors qu'il suit les chemins de fées, ces chemins où les arbres forment une petite voûte juste au dessus des têtes de ceux qui les empruntent, il parcourt avec impatience les quelques foulées qui le séparent de son temple, perdu au cÅ?ur des bois, isolé, noyé dans la masse. Son pas n'en est pourtant pas rapide, et ses yeux n'en sont pas fébriles. Il reste minéral, égal à lui-même, comme si tout autour de lui n'était qu'un manège hurlant, et que, sortant d'une stase millénaire, il découvrait à nouveau le plaisir d'être. Enfin, après avoir dépassé des arbres recouverts de lierres, des bougainvilliers entrelaçant des ormes, il aperçoit au loin un fin crénelage dans le décor. Une ouverture, simple, creusée par les années et les vents, les pas des animaux sauvages et les siens. Une ouverture qui amène à une clairière, nimbée de vert pâle et des reflets dorés du soleil, qui descendent pour venir caresser le cercle que forme la forêt, comme arrêtée d'elle-même. Alors, approchant, il peut sentir le long cheminement de la sève sous l'écorce, le bruissement du vent dans les feuilles et le miel du soleil qui coule, réchauffant les 7 arbres du bosquet qui se dressent devant lui.


Le premier, symbole du renouveau, se hisse vers l'astre solaire, exposant à sa Lumière son écorce blanche. Le second, au tronc puissant et imposant, symbole de sagesse et de majesté, étend ses racines jusqu'aux abords du troisième, dense et touffu, symbole d'immortalité et des terres d'Hyperborées. Le quatrième, porteur de la dualité jusque dans la couleur de ses feuilles, s'élance, replié sur lui-même, vers l'immensité du dôme. Venant en cinquième, le gardien de protection, arbre aux feuilles en forme de cÅ?ur, et le sixième, au tronc fin et au feuillage épais, symbole d'onirisme. Vient le dernier, le plus éclatant, porteur du fruit écarlate, symbole ancestral du savoir puis celui, perverti, de la tentation. Ainsi, ils allongent leurs branches vers les hauteurs et tendent leurs racines dans les abysses, les arbres du bosquet. Bouleau, Chêne, If, Peuplier, Aulne, Orme et Pommier. Et c'est ici, au centre de cette symphonie d'écorces, de senteurs, de couleurs et de feuilles qu'il s'allonge, dans l'herbe piquante de la clairière.


Il s'endort, et d'aucun de ceux du dehors ne pourrait connaître l'ivresse de ses rêves, et les chimères qu'il y rencontre. Il voyage, apprend, découvre et revient à lui, étonné du temps qui a passé, mais les yeux flamboyants d'étincelles. Alors il repart, sous l'éclat de la lune qui a supplanté la brillance du soleil par son aura de nacre. L'homme s'éloigne, retrouve sa route parmi les taillis et les buissons impénétrables de la forêt, (sauf pour ceux qui en connaissent la langue), et revient aux abords du dôme. Près d'en sortir, il se retourne une dernière fois, pour figer le souvenir et le garder, étoile en son cÅ?ur. Il retourne dans les rues, où les lueurs blafardes des néons s'enfoncent dans ses yeux et les écorchent. Quelques personnes saoules traînent en chantant, tandis que d'autres disparaissent dans leurs cages d'ascenseur, pressées de rejoindre le papier peint et la moquette de leur appartement. S'il ne s'étonne pas de n'avoir croisé aucun de toutes ces copies humaines dans les jardins, c'est parce que leurs yeux se sont depuis longtemps voilés à la vue de leur splendeur, et que leurs esprits ont oubliés, jusqu'à la caresse du vent et à la corolle parfumée d'une fleur.


Ils demeurent, enfermés dans leurs cages aux barreaux métalliques et tranchants, attendant encore, mais ils ne savent pas quoi. Attendant que l'eau les ronge, ou que les lianes les étouffent. C'est ce qu'il se dit en arpentant la route escarpée qui remonte par chez lui. Et du haut de son balcon, dévisageant la ville et l'éclat argenté de la lune sur les façades des immeubles, son regard dérive toujours, comme aimanté, vers la transparence cristalline du dôme. Le seul vestige d'une unité depuis longtemps noyée sous le pétrole et le béton.



Souffle la bise...

Pâle Septembre



Camille








Pâle septembre,
comme il est loin,
le temps du ciel sans cendres
il serait temps de s'entendre
sur le nombre de jours qui
jonchent le sol
d'octobre


Mâle si tendre
au debut de novembre
devint sourd aux avances de l'amour
mais quel mal me prit
de m'éprendre de lui ?


Sale décembre
comme il est lourd le ciel
sais-tu que les statues de sel
ont cessé de t'attendre ?


Pâle septembre
Entends-tu le glas que je sonne ?


Je t'aime toujours d'amour
je sème l'amour


Les saisons passent mais de grâce
faisons semblant qu'elles nous ressemblent


Mais qui est cet homme qui tombe de la tour ?
Mais qui est cet homme qui tombe des cieux ?
Mais qui est cet homme qui tombe amoureux ?


Pâle septembre,
comme il est loin,
le temps du ciel sans cendres
il serait temps de s'entendre



De Septembre à Décembre...
A mes mois de douleur.

lundi 6 mars 2006

Détours sous terrains.







Ca n'est partit que d'un jeu dans ma tête. Une de toutes les nombreuses contraintes imaginaires que je m'impose un peu trop souvent à mon goût. Comme : « rentre dans leur tête », « Ã quoi ressemblent leur famille ? » ou même « imagine-les en train de déjeuner ». A quoi ressembleraient les rails du train avec des fleurs peintes dessus, ou comment serait le ciel si de gros ballons orange flottaient de tout bord ? Et la tasse de café, là , si elle pouvait marcher, où irait-elle ?


Autant de choses que ma psyché tordue s'évertue de connaître, de trier, de découper et de comprendre, pour finalement les réassembler et les regarder s'éloigner, avec un mince sourire, en épingle.


Cependant, un de ces jeux à tant marqué mon esprit qu'il n'en sort plus. Il reste là , comme une porte ouverte, une fine ciselure dans ma tête. Et à mieux y regarder, la lumière semble se faufiler, s'infiltrer, faire briller les contours de ce minuscule trou qui m'échappe encore.


Je suis dans la cours du lycée. Cigarette à la main, avec ma tonne de bracelets habituels. Je ne sais plus qui en parle mais quelqu'un aborde le sujet des acteurs de cinéma cannons. Il y en a tellement, de ces Ken en plastique, ces idéaux qui s'éloignent au fur et à mesure qu'on veut les saisir. Même les plus beaux ne trouvent pas grâce à mes yeux. Ils n'ont pas la finesse de l'anonymat, et eux qui doivent être si exceptionnels ne trouvent à mes yeux qu'une figure plus commune, plus ancrée dans le musée des images de notre société. Au final, c'est encore mes pensées qui me traînent et me poussent loin du sujet et loin de mon corps qui grelotte et va finir par se brûler les doigts avec autant de cendre.


« C'est partis, cherche, cherche, mets y toute ta concentration, tous tes sens, tout ton esprit, toute ta volonté, où est-il, ton idéal ? »


Les contours du lycée et des nuages qui glissent dans le ciel disparaissent petit à petit. J'ai les yeux ouverts et pourtant il fait noir. Puis la scène se remplit, d'abord le décor. Les couleurs et les textures coulent comme sorties d'un pot de peinture, elles se déversent dans tous les sens autour de moi. Il y a du gris, du bleu, du rêche, du plastique, du métallique, des néons blafards, des tissus, vieux, usés, brûlés par des cigarettes ou balafrés par des marqueurs. Une rame de métro. Vide, entièrement vide. Petit à petit, ce sont les sons qui s'ajoutent et coulent dans ma tête. Des conversations, en français et en espagnol, des murmures, des toux, des bruits stridents de freins, le frottement de l'air sur le wagon et le bruit du ballotement qui me donne l'impression de marcher sur l'eau. Une sensation de vitesse s'accroche aussi à moi, le wagon avance, dans cette lancée interminable qu'ont tous les métros, comme si jamais ils n'allaient s'arrêter, comme si le souffle du vent poussait par l'arrière. Des contours se forment au dessus des sièges de plastique et de tissu râpeux et grossier, près des vitres et de leurs tags, près des barres grises qui ressemblent à des piliers soutenant le toit de la rame. Ca y'est, je ne suis plus figé, j'ai l'impression de me reconstituer petit à petit, grain de matière après grain de matière, j'apparais. Et les utilisateurs de la rame apparaissent aussi. Des personnes âgées qui sentent la lavande et qui sont déclinées dans les mêmes tons de bruns et de sable pour les hommes, de vert, de violet et de rouge pour les femmes. Des cheveux tressés et des tissus bariolés pour les femmes africaines qui tiennent leurs enfants par la main, en leur parlant dans la langue de leur pays. Une bourgeoise, qui pince le nez d'avoir à se confondre à la foule, au fond du wagon. Toute vêtue de rouge et de faux or, avec ses lèvres écarlates et ses cheveux au brushing impeccable, tournés en boucles discrètes sur son front. Du velours et du tweed, et des montagnes de sac signés Dior ou Gucci soutenus uniquement par son auriculaire.


Je suis à côté de la double porte métallique. Celles qui se referment et vous mordent les jambes avec leurs mâchoires automatiques qui ont oubliées la présence même de leurs créateurs. Juste posé sur ces petits sièges qui se déplient afin de prendre moins de place. En face de moi, le même petit siège est baissé, mais personne n'est encore apparu dessus. Mes yeux se plissent et mes lèvres se resserrent imperceptiblement, je crois que j'ai trouvé. J'essaie de percer l'air, de voir au-delà du vide.


Je scrute toujours le siège, son usager invisible, et la texture de l'air semble se distordre, prendre du volume, tracer des contours. De la couleur, noir, blanc, des textures, du cuir, la douceur des cheveux, le grain de peau. Les sons dans un souffle, qui s'avance et se referme comme la houle, et un parfum de vent froid, un matin d'hiver. Un long manteau qui pourrait traîner sur le sol mais qui se contente d'y flotter, évanescent et léger. Des bottes qui montent, avec des semelles fines, ni grossières ni pesantes. Un pantalon qui vole, en toile, serré à la taille par une lanière attachée de côté. Une tunique courte, blanche, en lin, surmontée par un t-shirt noir. Des bracelets d'argents qui tintent les uns sur les autres doucement, mêlés avec des cordelettes noires tressées. Une bague, une seule, au majeur de la main gauche, elle aussi en argent, avec une opale noire sertie, ronde. Un corps élancé, félin, gracile, fait pour la vitesse et la tempête. De grandes mains, longues et fines, des mains de caresses et de chuchotements. Le cou est bien tracé, droit, comme le port de tête, noble, le menton bien arrêté, de dédain et de défiance. Des lèvres fines et étirées, d'un rose pale, et le nez dans la continuité des sourcils, élargi vers la bouche. Deux grands yeux d'eaux profondes et d'abysses, de puits. D'obscurité et de ténèbres. Des sourcils qui allongent le regard, qui lui est un regard de prédation, de chasse, d'ivresse et de métal. Le front est haut, couvert par de longues mèches noires et raides, plumes de corbeau. Les cheveux se déversent en rideau noir, en arrière plan, lorsqu'il tourne la tête, fixant son regard ailleurs. Ses jambes sont croisées, il est assit vers la porte d'en face, mais sa tête se tourne vers moi. Des mouvements lents et avisés, presque tranchants tant ils sont sûrs. Et ce charme, presque palpable, qui change d'un regard l'atmosphère qui m'entoure, comme un vertige qui me sert la poitrine et fait tourner ma tête, brouille mes sens� m'étouffe� me serre.


Il est là , assis, avec un sourire qui découvre ses dents, carnassières et prédatrices. L'air de celui qui connait son charme et son pouvoir est depuis si longtemps ancré sur son visage que ceux qui prenne son expression pour de l'assurance se trompent. C'est du défi. Comme si tout son être susurrait, lentement, dans un bruissement, dans un claquement de langue « pourras-tu te détourner de moi ? ».


Il s'appelle Keith. Comment pourrait-il en être autrement ? Un nom qui tranche pour une dague de séduction. Il ondule, aquatique, tentateur et flamboyant d'un reste d'innocence qui se peint sur son visage lorsque son regard s'égare à travers les vitres sales de la rame.


Voila pourquoi je l'écris, Keith. Pour le faire sortir de moi, l'extraire de mon âme avec mon exutoire. Pour laisser le garçon brun aux cheveux soyeux et aux yeux aussi infinis que des rangées de miroirs sur son siège, penaud, vaincu.


Regarde, Keith, ce qui sort du bout de mon pinceau mental, des milles couleurs que mon esprit déploie sur les touches du clavier. Regarde un peu mieux, juste à côté de toi, un autre fauteuil ouvert, mais personne dessus. Tu es sur ? Fixe l'air, à l'endroit où il semble ce distordre. Regarde l'or des cheveux, ni doux, ni beaux, presque rêches et abîmés, la simplicité du regard, le bleu azur qui l'habite. Attache toi un instant sur le corps qui est loin d'être parfait, mais qui respire la simplicité, loin de ton ancestralité dégoulinante. Toi, l'ange, tu ne souris plus ? Regarde la peau claire et douce, regarde les mains, un peu rugueuses, un peu rudes, mais pleines de la chaleur qu'il te manque. Là , ce sont les vêtements qui cachent la chair mais découvrent les formes fines et courbes, ils sont sables, bruns, calmes. Regarde l'ondulation des mèches sous le vent, le nez curieux et la bouche pleine. Un peu de laideur, un peu de grâce, de vice, de qualités, d'innocence, de candeur et de beauté. Vois un peu un humain, dans toute son imperfection et sa beauté, sa beauté humaine et imparfaite, comme son âme, comme son esprit, comme tout ce qu'il est.


Regarde un peu l'entier.
Ma main prendre la sienne.
Et disparaître dans un plissement du regard.



Adieu, Keithâ?¦





T'es beau,
T'es beau parce que t'es courageux,
De regarder dans le fond des yeux,
Celui qui te défie d'être heureux.

T'es beau,
T'es beau comme un cri silencieux,
Vaillant comme un métal précieux,
Qui se bat pour guérir de ses bleus.

J'ai beau,
J'ai beau me dire qu'au fond c'est mieux,
Même si c'est encore douloureux,
Je n'ai pas de recoin silencieux.

C'est beau,
C'est beau parce que c'est orageux,
Avec ce temps je connais peu,
Les mots qui traînent au coin de mes yeux.


vendredi 3 mars 2006

Lazarus, Lazarus...


Il est étrange de voir à quel point la recherche de soi même représente une quête longue et difficile. La Dame au Faucon m'en parlait justement hier, l'étincelle réside à l'intérieur, dans notre univers, au fond de nous. L'extérieur n'est qu'un appui, quelque chose qui peut faire de cette étincelle un brasier ou un charbon mort.





J'ai pu voir récemment que je ne connaissais pas tout de moi, quand bien même aurai-je eu la prétention d'y croire. Notre âme est si profonde et complexe qu'en une vie, pouvons nous nous connaître réellement? Entièrement? Connaître ne serait-ce que quelques temps la plénitude entière d'un être accomplis, qui fait un avec lui même et donc avec tout ce que son esprit peut embrasser.

C'était il y a quelque jours, j'étais absorbé par mes travaux de filage, je fondais le tissu en un, créait le support de mes dessin lorsque j'ai sentis le fil de la trame dériver et se séparer en deux. J'ai sentis le choix que l'on posait à mes pieds, la toile des tisseuses qui se séparait de nouveaux en deux trames différentes. Arrêter ou continuer, même vers le danger et l'onde d'une eau noire. J'ai choisis de continuer. Le tissu s'est fait argile entre mes doigts, et l'aiguille a mordu profond dans le coeur que je visais. J'ai perdu le contrôle total de moi-même et une transe m'a emporté durant presque deux heures.


L'aiguille passe, repasse, rassemble les parties séparées et mord l'âme profond.
Elle fond la haine dans la trame.



J'ai joué sans me soucier. Sans penser à rien d'autre qu'à ma proie et qu'a mes griffes lacérant les fils de ses toiles. L'aiguille a demandé son tribut, son dû. Elle s'est faite sinueuse, prédatrice de silence. Il a fallut qu'elle morde la chair pour apaiser ses fureurs et ses soifs. Pas de regrets, je suis aussi un fils de l'ombre.

Oui, ma bouche a parlé par folie selon les yeux de ceux qui n'entendent rien au souffle du vent. Mes yeux se sont fait fous, et mes gestes compulsifs menaçants. Ainsi parlent ceux qui ne savent rien être qu'eux, qui ne savent pas lâcher le bord de la rive pour se laisser emporter par le courant, qu'il soit fort ou non, au risque de se noyer. Je n'ai jamais pu comprendre toutes ces accroches qui chez moi n'existent pas.