dimanche 28 mai 2006
It's been... a long way.
Par Adrail, dimanche 28 mai 2006 à 17:25 :: Labyrinthe des mots

Voila bien longtemps que je ne me suis plus assis ici, sur mon fauteuil, bien ancré du regard sur la lactescence de l'écran, les contours des caractères, suivant avec passion la danse de mes mains sur les touches blanchies par l'usage. Car s'il me fallait y revenir, la raison seule de l'habitude et du manque n'y aurait jamais suffit. Non, il fallait plus, il fallait mieux. Des nouveaux contours, des aperçus de vie, voila ce a quoi mon âme soupirai calmement, attendant son heure pour se coucher à nouveau sur une des facettes de mon art, sur l'écriture et son ivresse jaunie par les ages. Et, alors que je ne m'y attendais pas, ces perles d'instant sont venues à moi, avec la surprise qui les définit. Ces quelques jours qui se sont écoulés ont été pour mes des heures de révélation, des minutes d'extase, des secondes d'éternel arraché de la trame du temps.
Suffisait-il de se lever un matin, de prendre du temps pour soi, pour ses besoins inutiles et sommes toutes un peu futiles, pour voir s'ouvrir un nouveau barrage et déferler des eaux parmi les plus cristallines et fragiles ? Qu'en sais-je ? Mais cela est arrivé. Arraché à mon sommeil, j'ai grappillé le temps, le faisant mien, et seulement mien. J'ai vu passer les minutes avec la délectation de les avoir toutes savourée, et puis, lorsque le vent de mes envies a tourné, lunatique et soudain comme il est, je me suis habillé, et, musique dans les oreilles, suis sortis. J'ai descendu la route qui me mène au lycée, à pied, dans toute sa longueur. Le soleil se reflétait dans les feuilles des arbres, tissant des contours d'ombres sur l'asphalte et le bitume, le vent caressait doucement les branches des végétaux, donnant à mon chemin l'apparence d'une Å?uvre d'art en mouvement, pleine de vie, pour ceux qui savent voir au-delà du terne. « Home made religion » dans les oreilles, j'ai souris, ris, tourné sur moi-même et savouré chaque parcelle du spectacle que m'offrait la nature, comme à quiconque qui se serait trouvé ici, avec moi, alors que j'étais seul. On pouvait lire la surprise dans les yeux des rares conducteurs, qui, au volant de leurs monstres mécaniques, croisait cet étrange garçon, presque porté par le roulis du vent, souriant comme un enfant. A ceux qui se demandent si je suis fou, je dis que oui, oh, oui, la folie est une partie de mon âme, douce comme une liqueur ou violente comme la tempête. Le Fou, c'est aussi parfois un des noms que l'on me donne, mais à défaut d'être l'Amadan, je serait autre, l'enfant Fou, emprunt et fait de cette bizarrerie que je leur vole, mon délire juvénile. Alors j'ai volé, emporté par cette symphonie de couleurs et de myriades d'images, de tableaux, dans une des plus belles galeries d'art qui soit dans notre monde, celle que l'on voit chaque jour et qui, au détour d'un jour, nous dévoile toute son exception et sa beauté violente, brute. Les arbres se sont courbés sur mon passage, chantant pour un de leurs enfants, et c'est ainsi que je me suis sentis prince, revenir au titre que nous portons tous. Je me suis vu le centre de cette scène, l'enchantement des végétaux, des minéraux, de toute cette vie dont nous faisons parfois peu de cas. Porteur de printemps, enfant du Dieu.
J'ai retrouvé mes amis, discuté de banalités qui m'ont paru être les plus intéressantes et délicieuses du monde, bu les reflets de leurs regards, et apporté un peu de ma lumière soudaine, qui s'était emparée de moi, sinuant dans mes pas. L'après-midi s'est déroulé avec la même ardeur, et j'ai encore refais le monde, selon mes attentes, mes envies, sachant de mon expérience du matin que sa perfection, née de ses défauts, n'était qu'une chose qui ne demandait qu'à être vue.
Puis, l'évènement du soir est enfin arrivé, pointant son nez et sa vêture malicieuse. La fête de la majorité d'une personne n'est ni plus ni moins un soir comme un autre, porté par des considération crées par notre société, notre culture, le départ du cercle familial, le début d'une vie axée sur un seul pilier, en attendant de fonder un nouveau groupe solide, un nouveau foyer. Cela dit, et au-delà de la désillusion, il peut s'agir d'un soir, d'une fête, où chacun est présent, où tous se retrouvent dans un échange dont les fruits seront autant offerts à chacun qu'à la personne ayant atteint cet âge-charnière. Voila, les 18 ans d'un ami, d'un très bon ami à moi. Après ça, rien de plus, et pourtant tout. Autre que mon propre cercle d'amis, étaient là d'autres, que j'avais pu déjà croisé, voir, apprécier, mais jamais autant que je ne l'ai fais durant ce soir. Des sonos partout, des instruments, des voix, quoi de plus pour voir dans les âmes et pour connaître sans connaissance précises ? De la musique à l'état originel, sans travail, sans fignolage, sans précision, mais avec spontanéité, improvisation et âme. C'est ainsi que nous nous sommes rencontrés, autour de nos instruments, de nos voix, de nos références communes et créant de nouveaux mélanges. Ce soir là , une partie de moi-même s'est ouverte, des glaciers ont fondus en moi pour venir se répandre dans mes yeux, faisant briller mon regard dans la pénombre du crépuscule. J'ai chanté. Et bien que j'aie toujours eu aimé chanter, faire voler ma voix dans l'air, la façonner comme une sculpture, ce soir là fut comme un éblouissement de moi-même. J'ai découvert que moi aussi, je pouvais, et cela s'inscrit dans la longue ligne de la reconnaissance de ce que je suis, dans la révélation de mes talents, de mes qualités, de ce que je peux faire, et faire bien. Ici, une des mes nouvelles passions qui s'était petit à petit éveillée durant plusieurs mois à pris son envol.
Mais il n'y a pas eu que cela, et bien que ceci soit la cause première de la valeur de ce jour, cette dernière ne s'est pas forgée que par moi. Apprendre à m'accepter et m'offrir ma propre reconnaissance est la chose la plus longue et difficile que j'ai accomplis dans ma vie, et cela n'est pas encore fini.
Il y a eu aussi l'échange, le mélange, l'ivresse de l'assemblement des paroles et des âmes, la cause même de mon existence, l'une des seules choses pour lesquelles je vibre, dont je me saoule avec délice et gourmandise. L'admiration de la beauté, la découverte d'autres horizons, d'autres contours d'esprit et de façon d'envisager ce qui nous entoure, encore et encore, mon cÅ?ur ne bat que pour cela. Et ceci, je ne peux l'écrire, mais je sens sur mon plexus, bien ancré dans le chakra du cÅ?ur, une radiance qui pulse, qui chauffe, qui me rappelle combien j'ai pu confronter mes paysages à d'autres ce soir là , et combien j'en suis aujourd'hui grandis, et remplis.
Vais-je me lancer dans cette description là ? Raconter comment j'ai été transporté par les notes, planant doucement dans l'air des guitares, vu, discuté et écouté avidement des personnes du double de mon propre âge, voire du triple ? A vous d'imaginer ce que ce fut, aussi beau et intense que possible. A vous d'imaginer cette fille, faite d'autres terres, d'autres rivages, chantant de sa voix de miel des chansons que nous ne pouvons comprendre mais dont la signification nous touche au cÅ?ur, tellement évidente. Et cette autre, éblouissante, éclatante comme une gemme noire, forgée dans l'éclat de la nuit et de l'ombre, magnifique de beauté pure, transportée par le seul fait de tenir son instrument en ces mains. Encore une, discrète, invisibles, immobiles, qui en sait bien plus qu'elle ne veut le montrer. Un garçon, timide, gauche, hésitant et sans assurance, qui, quand on peut le voir sans sembler le voir, alors que tous sont partis, jouer et s'illustrer dans sa solitude, n'en est que plus attachant.
Encore une fois je vous conte ici tous les contours et les fils si précieux que les Dieux me donnent à boire jusqu'à la lie. Tâchez de vous souvenir, à défauts d'autres, que nos vies sont toutes des joyaux d'exception. Les yeux ouverts, on peut voir� bien plus.








