vendredi 28 juillet 2006

Lammas.



Je sens venir les temps de Lammas.

L'heure où la feuille est à son apogée, l'heure où le grain devient bourgeon mur.










Nous marchons vers le retour au repos, vers la fin de la croissance des germes et le replis de la Déesse. Si en ces jours se récoltent les fruits murs et les dons de la Déesse, bientôt le Dieu perdra ses forces et préparera ainsi le son du glas de sa mort et du retour des ténèbres. Enfin va revenir Grianan, le petit soleil.

A cette heure où nous récoltons les bienfaits de la nature, à la fête païenne des récoltes, je ne peux m'empêcher de sentir un déséquilibre dans les forces. L'ombre avance, je sens le grondement de la tempête, il est temps de rentrer le blé et le foin dans l'étable, de ramasser les graines car les vents qui agiteront les plaines ne laisseront au nouvel an rien derrière eux.

Vers un Mabon, un Samhain noirs et une nouvelle roue de l'année aux tristes chants, aux sombres chants et aux transes écorchées.





A moi Morrigane,

A moi Andrasta la guerrière, à moi Kali, à moi Fenrir,

A moi la marche de la sombre Déesse, à moi le pas du sombre Dieu,

A moi l'Ombre des jours et le Nadir.

A moi les aiguilles aux rainures emplies d'obsidienne liquide, contenue au fond de l'ardente.

A moi l'Esprit Vengeur, l'Eshelin,

Et que ceux qui déclenchent ma haine soit trois fois maudis,

A Mabon, je vous balayerai comme autant de cadavres sur mon chemin.




La folie d'un chat devenu trop clair est impétueuse, Couvrez vos yeux d'un voile de satin pour ne pas voir la déchirure des chairs et la morsure des âmes.

jeudi 27 juillet 2006

Au Xanax de mes nuits...










Image du moi et du contre moi.





J'me sens en stase. Ancré, profondément dans un sentiment délétère et vertigineux d'immobilisme. Comme une statue pétrifiée par le regard d'une gorgone à la longue chevelure serpentine. Je l'ai déjà dis, sourire au lèvres « oui, c'est un peu dur, j'ai perdu mes repères ». Non, le sourire était faux et s'est fait lame, scalpel, ça n'est pas un peu dur, c'est dur.


J'ai perdu de vue les ports, les attaches d'amarrage et les grandes voiles qui peuplaient mon horizon, et c'est ainsi que je dérive, patiemment, en égrainant les heures de ma supplique au ciel pour une nouvelle terre. L'océan de mes pensées clapote autour de moi, tantôt rieur, doublé de milles farces, tantôt merveille d'éclat ou tempête mesquine. Le sentiment brûlant de ne plus avancer brûle mes entrailles comme un venin dardant sa langue, je suis perdu sur un îlot dérivant au grès des brises et des courants.



Je n'ai jamais su être totalement en accord avec mes pensées. Lorsque j'étais enfant, je m'allongeais près de l'aspirateur de ma grand-mère, alors qu'elle faisait le ménage, et je me laissais bercer par son bourdonnement redondant. Combien de fois ai-je répété ce rituel ? Je me couchais, en chien de fusil, à même le sol et la moquette rêche d'avoir trop servie, et je fermais les yeux. Le rempart de mes paupières a toujours été durant mes années de prime jeunesse la seule protection inviolable. En fermant les yeux, je fermais mon esprit, et qui peut prétendre pouvoir vous forcer à ouvrir vos pensées au monde ? Alors, affluait en moi un flot de voix, de paroles désordonnées, de chants, d'images, de sensations et de couleurs. Je ne pouvais endiguer ces assauts perpétuels, et c'est comme ceci qu'à un jour commencé le combat intérieur qui me lacère encore aujourd'hui. Allongé, je luttais pour faire place nette, pour m'abandonner au silence, à la contemplation sourde d'un néant mental. Mais jamais je n'avais de répit, toujours revenaient, moqueuses, narquoises, les voix de mon esprit, dans des cascades de paroles inutiles et nuisibles, ralliées au seul but de ne pas m'accorder la sérénité que je recherchais avidement.


C'est peut-être ça qui m'a forcé à ériger, nuitamment, perdu entre mes songes et ma conscience d'enfant des blocages et des barrières au sein même de mon esprit. Ces houles intérieures qui m'ont poussé dès mes 11 ans à méditer, sans savoir comment entrer dans une voie qui s'ouvre à ceux qui la recherchent sans instructeur, par l'intuition. Alors j'ai commencé, à chercher le silence, un silence de plus en plus profond et clair. Au début, bien sur, je me débattais contre d'immondes oiseaux, les cris, et leurs cohortes aiguisées qui fondaient sur moi, sans pouvoir les mettre en fuite et gagner ma paix intérieure. Puis, petit à petit, j'ai gravis les marches d'un long escalier pour trouver de moins en moins de rafût au fur et à mesure des années. J'ai pu laisser fondre les barrières érigées, mais en libérant de plus en plus mon esprit, il est de plus en plus ardu de le laisser au calme.


Voila contre quoi je me bats tous les jours. L'impétuosité du cours de mes pensées, le remue ménage qui se loge dans ma tête et le vacarme qui n'en sort jamais. Aujourd'hui j'ai réussis à grappiller des instants éphémères et fragiles où, perdu dans la contemplation d'un paysage ou par le calme d'un soir, je peux échapper à ces légions amères. Alors j'essaie, je lutte, je cherche le silence comme une île nacrée emplie de trésor pour y vivre en paix. Je le trouve parfois, mais pas encore complètement, je prends conscience du travail qui me reste à faire, mais je ne parviens pas à le commencer. Il me manque le courant d'air venu du ciel et de son immensité étoilée qui viendra me pousser et me ruer à bas d'un nouveau rivage.


Ici je rattrape le début de mes divagations, mon exil sur une mer de pensées, sur un lac d'esprit. J'attends encore que les Dieux me poussent à dériver ailleurs, mais je présents la vague fougueuse qui viendra me plaquer sur mes nouvelles terres. Je sens son roulement gargantuesque dans mon ventre, sa vibration aquatique dans ma poitrine, et la prémisse du tremblement de sa brisure. Sa brisure qui balaiera tout ce qui fut avant, qui me poussera vers de nouvelles pentes à gravir, qui de sa houle fera place nette aux nouveaux desseins.



J'arrête donc le vertige qui me saisit lorsque je regarde en moi. Hier, il a fait orage. C'est anodin, un orage, c'est une tempête qu'on essuie et dont on ne garde aucun souvenir après, c'est la colère des Dieux qui s'abat, repars, et reviendra de tout temps.



L'orage gronde, il traîne douloureusement sa longue suite de courtisans : éclairs scintillants aux reflets éblouissants, gros nuages qui roulent des mécaniques sous un revêtement électrifiés qui inspirent le respects, tant leur noirceur ne semble pas feinte. Accompagné de ses chiens hurlant le tonnerre, et du déferlement de la pluie sur les terres humaines, le monstre céleste passe sans se soucier de ceux qui supportent sa terrible humeur. Voici ma réflexion lorsqu'un coup de tonnerre éclatant, comme une déflagration de toute évidence trop proche fait trembler le lait dans lequel nagent insoucieux, mes chocapics. La bougie que j'ai disposée sur la table a faillit se renverser sur la nappe, l'ornant d'une nouvelle auréole de cire. Je suis en train de me faire un une heure du mat', à défaut de quatre heure manqué. La maison replie sa carcasse bourrue et solide de bâtisse campagnarde sur moi mais étrangement je me sens nu au milieu de l'orage, exposé à la pluie. Comme si j'étais en caleçon, sur une chaise, devant une table en vieux bois, trempant un cookie à la noix de coco et aux pépites de chocolat sensé être délicieux, selon l'emballage, au beau milieu d'un champ tandis que gronde la tempête autour de moi.


Il est étrange de voir comme ici les orages forment un roulis contre lequel seul la patience demeure arme acceptable. Alors qu'ils claquent dans l'air comme des fouets sur une chaleur trop sèche de par chez moi, ici, perdu dans l'estuaire de la Garonne, ils remontent depuis l'Océan le fleuve. Ce qui explique leur force, et leur redondance. Un premier passe et évite le petit village dont on pourrait presque entendre le ouf de soulagement, s'échappant des volets rabattus de chaque maison. Mais c'est alors, après dix minutes d'un repos trop court pour humains et animaux, rendus fous par la force du tonnerre, qu'un second arrive, paraissant le père du premier, de par la taille de la boursouflure noire qu'il impose au ciel. Il n'est point alors de précautions suffisantes pour s'en prévenir, et c'est dans ces rares moments que l'on entend de la bouche des plus silencieux, assis souvent près de l'âtre de la cheminée, « si Dieu le veut ».


Pour ma part, que Dieu, dont je me fiche royalement pour l'avoir déjà vu sur son trône d'ivoire, avec son air sénile et ses anges trompeurs empêchant les pauvres âmes prisonnières du paradis (qui devient alors un nom erroné ou sa propre antithèse) d'en sortir, m'accorde ou non sa bénédiction, je savoure avec plaisir l'orage et la déchirure du ciel qui se répercute comme une faille dans du verre dans toute sa grandeur. Le chien couine près de moi, et je ne peux m'empêcher de penser « stupide animal, peu importe la force de la tempête, lève la tête pour la regarder au lieu de lui tendre l'échine ». Mais ces propos, j'en concède après, seraient déplacés d'humain à chien. Et ne sachant pas transcrire cette maxime en langage canidé, je préfère me replonger tout entier dans l'admiration du ballet aquatique de mes chocapics, tentant d'éviter la cuillère comme mû par une véritable pensée. Saloperie de chocapics, pensai-je, alors que la lumière au dessus de moi grésille et que le plafond de bois émet des craquements sinistres. Je n'ai pas peur de l'orage, mais cependant la possibilité de l'effondrement du plafond sur ma tête m'inquiète quelque peu. Après avoir lancé un regard noir à l'intéressé, traduisant un « tombe moi dessus et ça va très mal se passer », je m'absorbe tout entier à la capture de chocapic, dans le but de finir mon bol, et, aha, d'achever la conquête maritime de mon bol de lait.


En remontant dans ma chambre, j'ai la grande surprise d'être transporté dans un navire. Le plancher semble flotter, et à travers le hublot, grand ouvert, je sens le souffle de la tempête sur moi et la pellicule aqueuse déposée sur le sol de bois par les embruns de la mer. En m'arrachant de mes rêves, je perçois enfin que cette maison est de celle construites il y a bien longtemps, vestiges d'autres temps et d'autres modes de construction. Elle est de ces vieilles bâtisses habitées presque de conscience (qui sait�) et dont le bois recouvre la majeure partie, charpente, fenêtre, porte, sols, en somme, tout sauf les murs. Cependant, il arrive qu'avec le temps, le bois se gondole, pourrisse, s'émousse, suivant sa nature de végétal. Et c'est grâce à ce genre de caprices du temps que je me retrouve dans une chambre inondée car la fenêtre s'est ouverte sous l'assaut du vent, laissant entrer les bourrasques chargées d'eau de pluie. Les trois quarts de mon matelas sont mouillés, et je retrouve avec humeur mon carnet dans lequel j'écris le déroulement de mes journées noyé dans une flaque. Après avoir mis tout ce qui méritait de l'être à sécher à avoir épongé sans relâche le parquais devenu lac, je tente de contenir mes membres sur l'espace qui n'est pas détrempé.


Le grondement familier résonne encore au dessus de ma tête, rugissant comme un fauve. Plus tard, il se calmera, deviendra un vent léger pour ensuite laisser ce goût étrange dans l'air, celui du calme après la tempête. L'air semble redevenu neutre, la terre purifiée, comme si après la colère céleste s'étendait comme un drap sur les plaines un air de nouveau départ. Dans les habitations, même si beaucoup sont parvenu à trouver le sommeil au cÅ?ur de cette agitation, certains veilleurs, comme moi, goûtent à leurs fenêtres d'une quiétude retrouvée. Qu'il est bon d'exposer son visage à la brise fraîche et légère qui succède les tempêtes, comme un signal de sécurité et d'apaisement. Je glisse dans le sommeil.




Désorde mental.
Psyché en reconstruction.
Veuillez sortir de vous même, s'il vous plaît.








mercredi 26 juillet 2006

When did you leave heaven?




J'aime arracher mes paupières, la nuit...
Quand tout le monde dort.
Pour mieux voir les étoiles.




Je m'occupe tant que je peux,
Saoulé de chaleur, assomé de soleil
Attendant le retour de Grianan,
Le petit soleil d'Hivers.




Je nage entre les sons,
Je voyage dans mes propres méandres,
Vers le silence, l'obscurité et l'esprit
Comme compagnons.




Je lis, je dévore l'encre des lignes.
Je m'enivre aux étoiles du Magicien,
Et des pensées de la Fille au Cheveux Rouges
Je file des rubans de couleur




Et ensembles, moi drapé de mes regards de nuit
Et Elle de son incandescente chevelure,
Hurler au monde notre enfance précieuse
Qui se débat pour ne pas s'envoler.



Le Chat voudrait tant retrouver
Le pelage bleu qu'il a perdu.
La glace au fond de mes yeux devient ruisseau,
et réchauffe mes lueurs.




Des immeubles, des glaces, des baies
Entièrement formées de verre et de Béton
A perdre l'âme, à découper la chair.




Il s'avance, en Prince couvert d'Argent
En Cavalier ou en Fou,
Près à renaître, à se relever.
Pour le frisson de la chair et le murmure de l'esprit.




Un escalier qui monte, éclatant au parvis
Son indiscible lumière, son excellente matière
Délaissant les nuages, la grisaille et la pluie
Accrochant les rivages de nouvelles Terres.








dimanche 16 juillet 2006

High Hopes.









J'étais un chat. Pas un chat d'apparat, un véritable chat sauvage, instinctif et alerte. Un chat aux yeux mordorés et au pelage d'un bleu éclatant, presque métallique. J'étais libre, je venais de m'extirper de mes chaînes si lourdes et blessantes. Le vent soufflait par-dessus mes oreilles des promesses de mondes nouveaux, d'éclats retrouvés. J'étais alors un chat heureux, un joyau vivant. Une couronne qui n'attendait qu'une tête à couronner. C'est alors que je t'ai rencontré, toi, le Crapaud. Comment un chat peut-il s'arrêter lorsqu'un crapaud passe à côté de lui pour autre chose que satisfaire sa faim? C'est un mystère qu'aujourd'hui encore je n'ai pas pu percer. Toujours est-il que si terne et imparfait que tu étais, je me suis étouffé à ta vue et j'ai senti des larmes piquer mes yeux. Je me suis arrêté dans ma course au soleil et je suis venu près de toi.


Je me suis alors intrigué de l'énigme que tu étais, je me suis convaincu que tu n'étais pas si laid, et qu'au fond ton être n'était pas si nauséabond. J'ai pris en pitié la boule de chair écorchée et douloureuse que tu étais, tentant de lisser les plis de ton esprit pour rendre à tes pensées une surface lisse, ordonnée, j'ai voulu t'offrir une nouvelle mue, une peau plus douce et éclatante, arracher tes pustules et tes plaies et ouvrir tes yeux à d'autres choses, que toi, en tant que crapaud, ne pouvais voir. J'étais un chat comblé, et du haut de ce que je pouvais apprécier, je n'ai pas vu les montagnes d'argent qui m'appelaient par delà les campagnes, non, je me suis arrêté pour te regarder, toi, un misérable crapaud. Je t'ai pris entre mes pattes et je t'ai serré fort contre moi, sans user de mes griffes, si ce n'est pour t'amuser. Les questions se sont enchaînées dans mon esprit, libérant leurs flots insidieux et acides. Alors j'ai voulu ta confiance, et j'ai un jour fini par l'obtenir. Je me suis penché vers toi, sans savoir que pour me relever il me faudrait goûter à ma propre chute.


Enorgueilli que tu étais de l'intérêt que je te portais, tu as voulu gonfler pour te donner de l'importance, car, au fond, le crapaud, même s'il n'est qu'une chose misérable, souffre d'un honneur et d'un orgueil sans pareil, ou de la douleur de sa banalité. Il se tisse des vécus et des fables qu'il conte à tout vent, dans lesquelles il est tour à tour héros et observateur. Alors je t'ai écouté, et, persuadé qu'un crapaud pouvait receler une brillance insoupçonnée, j'ai eu foi en toi et en tes fables. Tous mes espoirs t'ont enserré comme des bracelets et des diadèmes, pour te porter plus haut et te donner une nouvelle force. Pour te faire croire que tu n'étais pas que Crapaud, mais bien plus. Espoirs vains, car on ne change pas une nature.


J'étais un chat bleu. Bleu comme les étoiles qui brillent au fond des yeux des rêveurs, et qui ont illuminé mon regard lorsqu'il se posait sur toi. J'ai tellement voulu te rendre grand et meilleur que tous tes contes m'ont séduis, que j'ai désiré une autre image de toi, et que mon esprit l'a inventée. Bien qu'aujourd'hui il se réfute à les retrouver dans sa mémoire, bien que je t'efface petit à petit comme une crasse sur une chaussure, j'ai souvenances de certaines choses. J'ai souvenir de ces nuits où j'ai serré de mes pattes le petit crapaud contre moi et qu'il m'a rendu mes étreintes, j'ai souvenir des espérances qu'il m'a donné, toutes fausses, car un crapaud ne peut changer de peau sans se l'arracher de lui-même. Alors a commencé la lente descente aux enfers où je n'avais d'emprise sur toi que ce que tu voulais bien croire, alors que tes pattes ignobles menaient une danse qui te reflétait, une danse de boue.


Tour a tour tu m'as loué et ignoré, et j'ai arraché mon pelage pour te l'offrir, et te donner de cette noblesse dont je ne savais quoi faire. J'ai crevé mes yeux pour y prendre les étoiles et en sertir ton front. Et milles rivières de larmes ont mouillé et délavé le bleu qui était mien par ta faute, par ton mépris ou ton ignorance envers moi, pour un mot, un geste ou un malaise que je ne sentais que trop. Jamais tu ne l'as su, jamais le doute ne t'as pris à la gorge, tellement tu étais tout entier absorbé par le reflet de ton nouveau costume dans l'onde. Et alors, de ta laide figure qui me volait une respiration lorsqu'elle se tournait vers moi, tu pleurais car je n'étais pas encore assez à toi, pas assez sale pour pouvoir te ressembler totalement, encore trop chat, trop bleu. Alors je suis devenu blanc et aveugle, vidé de larmes et de désespoir, de douleur, crevé comme un ballon par trop de passion.


Et un jour, l'aube fut différente. Me levant, je suis allé vers le ruisseau pour m'y regarder, chose que je n'avais pas fais depuis longtemps. J'ai vu mon pelage immaculé et terne, mes yeux vides. Alors un grondement s'est fait en moi, annonçant l'orage et le déluge des mes espoirs perdus, de ma douleur exultée, de la venue de la dame qui te fit tant souffrir, petit Crapaud, impassible et cruelle, ma Haine. Je t'ai haïs et je te déteste encore, reste ce mépris acéré qui m'a arraché à toi, qui à fait pourrir ce que j'avais pu te donner mais dont tu n'avais su que te vêtir, et non pas te nourrir. J'ai brisé les liens qui s'étaient fait chaînes, et je t'ai éloigné, tant que j'ai pu. Alors tu es revenu penaud, comme toujours, baissant la tête et courbant l'échine sous chacune de mes colères, promettant un changement que tu ne pouvais pas accomplir car un crapaud jamais ne change. Tu es condamné aux marécages et à la boue, aux pustules et aux plaies, à l'immuabilité de la glaise sèche.


Mon pelage à reprit couleur, une couleur différente, bleue comme la nuit, et parfois noire, ont susurré craintivement certains. Dans mes yeux sont revenues des étoiles de glaces, cristallines mais tranchantes pour ceux qui voudrait les saisir. Tu m'as appris, petit crapaud, appris que la boue ne devient pas argent, ni or, et que certains ont pour peine éternelle de rester les mêmes, toujours, gangrené par la lâcheté et la faiblesse.




Et depuis le jour où j'ai arrêté de croire en toi, triple fois maudis, voilà maintenant plusieurs mois, dans un lit entouré de montagnes enneigées, je me suis juré que si un crapaud croise à nouveau ma route, je ne m'arrêterai que pour l'étriper de mes griffes.



Si je n'ai pas crevé tes yeux c'est que je t'ai trop aimé. Mais attention, les miens ne sont jamais loin, et un labyrinthe de fils est tendu autour de toi. Compte sur la Dame araignée pour y veiller� Que le Mana t'accueille, ou ce sera le néant qui te noiera.



mardi 11 juillet 2006

A song to say...




Paris...

Et j'emmerde la gravité.


jeudi 6 juillet 2006

We're no Here. Mogwai.

Je m'envole dans quelques jours pour Paris, en laissant véritablement derrière moi mon Ardèche.

Je suis si impatient de cette nouvelle année, je ne parviens qu'à m'en réjouir, au fond. Pas de peine, pas de douleur, plus de tristesse.

Après une longue discussion avec l'homme-cerf, je n'en retire que ce que je savais déjà enfouis au creux de mon esprit. Non, je n'ai pas de peine à les quitter, j'en suis même heureux.








Je laisse loin de mes pas un sentiment qui m'a trop longtemps pesé, celui que nous pouvons sentir lorsque ce qui nous porte fini par nous enchaîner. Cette année et la précédente furent merveilleuses, et ma gratitude est immense envers ceux qui ont contribué à me faire grandir et évoluer. Mais un Magot, qui plus est un fils d'air, ne peut que se défaire de ses entraves lorsqu'elles enserrent ses chevilles de lourdes chaînes de fer. J'ai fini par ne plus me sentir grandir, mais par être enfermé dans une coque, dans un cocon qui n'aboutirait qu'au pourrissement, et pas à l'envol d'un papillon. Enfermé dans un rôle, conscrit par ma propre image, celle que je m'étais forgée, et qu'on m'avait forgé.

Je m'étais confié à une personne de ce sentiment, qui peinée, avait voulu de moi que je le chasse et m'apprendre à voir plus loin, penser au futur, et aux nouveaux changements. Je ne suis pas ainsi. Je n'ai jamais pu l'être, je suis un souffle, je suis une brise, on ne peut me retenir sans que je m'essouffle et que je m'éteigne, comme une flamme à l'agonie.

Cinq années, cinq longues années où je me suis perdu et trouvé tour à tour, bercé par ce qui restera mes terres et mon pays, cette région que j'ai tant détestée et adoré. Lorsque mes pas ont foulés pour la première fois ces terres, c'était entre les éclairs d'orages incessants, comme des feux d'artifices célébrant ma venue, et je soupirais à ma fenêtre devant la beauté tranchante du ciel en furie.

Mais à présent, c'est une ouverture sur le ciel, brodé de possibles, que je vois, et que je bois à m'en rendre saoul. L'opportunité merveilleuse de découvrir d'autres facettes de ce que je suis, au contact d'êtres nouveaux, d'autres horizons, de façon de penser différentes des miennes. Je ne suis et ne pourrais jamais être que moi, alors je me réjouis de pouvoir découvrir enfin de nouvelles choses blotties au fond de moi que je ne soupçonne pas encore. Au dernier soir dans ma maison, c'est un orage qui m'a salué, faisant à nouveau trembler la terre, comme aux premiers temps que j'avais vécus ici. Je me suis alors assis sur le rebord de ma fenêtre, laissant la pluie glisser sur moi, savourant le grondement des cieux, la déchirure du serpent qui se mord la queue.




Ainsi je clos véritablement cette suite d'article longue et peut-être inutile sur mon départ, on peut dire qu'il m'aura bien chamboulé celui-là � très certainement pour mon bien, je veux y croire, et croire, c'est encore ce que je fais le mieux.




Ma plus grande conquête, c'est moi.

mercredi 5 juillet 2006

Selon St Jean!!

Il est des choses...






Qui nous semblent vides tant elles demeurent lointaines, qui nous semblent trop diaphane pour un jour être, où trop discrètes pour devenir un rêve éclatant, et vécu.

Pourtant il arrive qu'un jour, s'arrachant à elles-même, ces choses nous rattrapent, nous plaquent au sol, et nous font sentir toute la force avec laquelle nous les avons désirées, des pieds jusqu'à la tête, du coeur jusqu'aux couilles.

A ceux qui suivent mes écrits depuis ces quelques mois déjà (pauvres de vous, fuyez avant que ma folie ne vous gâte) , vous connaissez déjà la déchirure de mon coeur pour ses passions, l'échange, la rencontre, l'expérience. Alors je ne vous dirai qu'une chose : mon coeur est en morceaux d'avoir trop rué dans ma poitrine.

Eurockéennes 2006 terminées.
Aux suivantes.