samedi 30 septembre 2006

[ Comptine d'un autre été ]







Comment vous direâ?¦


J'ai plus d'année que vos épaules ne pourront jamais en porter. J'ai bien plus de rides que tous vos visages réunis, et ma peau est si sèche qu'on pourrait presque la croire faite de roche et de rocs acérés. Je coule, flot impétueux, comme le ruisseau qui traverse et crève la montagne, pour toujours revenir s'écouler à l'air libre.
Je suis si vieux, comment pourriez vous me comprendre ? J'ai tant de vécus qu'ils vous en donneraient le tournis, le frisson glacé d'un vertige éternel. Et pourtant tout nous rapproche, au moins une fois, nous n'avons fait qu'uns. Au moins un jour, une minute, une seconde, j'ai coulé en vous comme vous continuez de couler en moi. J'ai roulé en vous, serpenté dans vos veines me suis insinué dans vos esprits. Ne croyez pas que je vous ai forcé, non, car ce n'est pas moi le fautif. Celle qu'il faut blâmer, c'est celle qui étale ses longs cheveux de cuivre sur l'herbe riante des campagnes, qui trempe les longs pans de sa robe, parfois blanche et éclatante, parfois déchirée, rapiécée de tant d'étoffe que son gris n'en est plus une couleur. Celle que vous appelez parfois la vie, vous qui ne me comprenez ni ne me voyez vivre à vos côtés. Vous qui vous saoulez de néant, de poussière à poussière, d'éphémère à éphémère, et tant de pensées rassurantes qui font que vous osez encore tenir tête à l'inconnu de vos faibles sourires, dont la franchise est l'arme la plus tranchante.



Je suis le souvenir des amours perdus. De ceux qui ont tenus vos mains et qui un jour, l'ont lâchée. Je suis vos remords, je suis votre peine, celle qui vous tiraille mais que vous tentez de renflouer dans vos méandres incréés, vos subterfuges pour fuir et détaler toujours plus vite, plus loin. Car tous vous m'avez connu, vous avez tous goûtés à mon baiser amer. Un jour, vos pierres se sont fendues de soupirs imprononçables si ce n'est par le corps, et vos yeux se sont ternis d'ivresse. Un jour, vous avez aimé, et détesté le faire. Vous rappelez vous ce sentiment ? Vous sentir arraché à vous-même mais avoir enfin une raison ? Une raison de faire taire toutes vos questions, d'hurler silence à vos regrets, de tourner le dos à votre vide. Une raison de voir l'été, de courir entre les arbres et de jouer à cache-cache avec les rayons mielleux du soleil. Une raison de vivre l'hiver, de supporter sa froideur dans la chaleur que cet amour vous apporte. Et quels soins vous y avez donné. Même si vous pensez vous en être mal occupé, n'est-ce pas vous qui l'avez fait grandir ? N'avez-vous pas transformés l'étincelle en brasier ardent ? A travers vos espérances, vos rêveries, le soir, juste avant le sommeil, à travers vos efforts, vos sanglots ravalés, votre fierté étouffée. Et vos penséesâ?¦ N'y voyez vous pas la le plus drôle ? Vous, pauvre choses, qui accordez tous tant d'importance à vos pensées, à leur ordre, à leur valeur, à leur vérité et leur puissanceâ?¦ n'est pas ironique ? Vous vous fendez peut-être d'un faible sourire, tâché de mélancolie, mais vous savez. Vous savez le cours impétueux de vos pensées lorsque l'amour vient faire céder les barrages que vous avez mis tant d'années à construire. Même les plus solides, les plus durs, les plus profonds. Vous sentez encore la force des ces flots, immaîtrisables, indomptables.



Voyez alors. Voyez que dans ces forces, vous êtes enfin. Voyez que la valeur de la pensée n'est rien, et que c'est en elle-même qu'elle se suffit. Vous êtes le tumulte hurlant du vent, la brisure impitoyable d'une vague, l'appétit insatiable d'une flamme et le grondement sourd de la terre. Voyez vos joues qui s'enflamment, vos langues qui se cambrent, vos yeux qui brillent et vos cheveux qui volent. Que n'êtes vous, amoureux, que pure nature ?



Et que n'êtes vous, quand vous n'avez plus que moi ? Quand les rivages doucereux de celui qui fait tant écrire vos poètes, chanter vos voix, travailler vos esprit et continue de jouer des tours à vos philosophes vous ont quittés ? Quand perdus dans la tourmente d'une mer d'anthracite, vous n'avez plus d'aller, ni de retour ? Qu'êtes vous donc, pauvre hères, lorsqu'il ne vous reste que moi ? Moi qui n'ai ni la force, ni la patience, ni l'attention de l'amour, qui ne suit que son faible et blafard reflet. Voyez comme votre être hurle. Comme votre âme s'ouvre aux vents et semble avaler l'univers qui vous entoure. Comme soudain, vous vous étalez sans véritable but, en tous sens, en toutes directions. Vos semblez glisser, couler, vous perdre, sans véritable chemin, sans cadre.



Comment vous dire, mes pauvres enfants, que je serai votre seule fin ? Que votre vie se heurtera à mon tourment, si l'amour ne vient pas vous en sauver.


Comment vous dire que je suis l'été perdu, et l'hiver retrouvé ?



Que Je suis la comptine d'un autre été.









mercredi 27 septembre 2006

Dès les premières lueurs...


Fleur de Chakra








De Socrate, d'Alcibiade et de Platon

Ou de nos longues heures fânées

De la Vérité et de l'Opinion

D'une étude délaissée



lundi 25 septembre 2006

La terre n'aime pas le Sang



Des souffles Eshelins.



Mabon est passé et ma colère ne s'est pas déversée, puisqu'elle n'existe plus. J'avais promis la malédiction et la douleur de l'âme, j'ai opté pour le pardon et l'amour. Certains y verront la faiblesse et d'autres le courage, je suis de crépuscule, je tends à la lumière.

Mais Mabon n'est pas passé comme une feuille soufflée par le vent passe sous un pont. Mabon est passé dans le grincement entêtant des portes de Samhain qui s'ouvrent, dans le murmure terrifié du vent, dans les rugissements des souffles Eshelins, qui serpentent les terres de Magie.

J'ai marché dans un vieux village, entouré de vieilles pierres, et je me suis arrêté, au milieu de la rue, surpris, éparpillé, ailleurs. L'espace de quelques minutes, d'anciennes portes se sont entr'ouvertes pour moi, et j'ai pu voir l'état des terres de Magies. L'arrivée du grand sabbat et du jour de communion avec les morts. J'ai pu voir l'agitation, un frisson inattendu de puissance et d'ancestralité.



Les forces de Magie reviennent, et bientôt seront là .



Ce que j'ai interprété de prime abord comme un nouvel an mauvais et dangereux sera sûrement celui où nous nous retrouverons.




Ecris sur Elend



A Samhain, pour l'ouverture des portes
A Samhain nous danserons
A Samhain, le feu au cÅ?ur et au chaudron
A Samhain nous écouterons
A Samhain, par l'encens et l'athamé
A Samhain les souffles se feront voix
A Samhain, entre nos mains liées
A Samhain la roue tournera
A Samhain, Le Vieux devient la Vieille
A Samhain, le Dieu laisse la Déesse

A Samhain, l'ombre nous couvrira d'un voile si dense que nous peinerons à nous mouvoir dedans.
A notre gloire retrouvée.



A Samhain, pour l'ouverture des portes, je me tiendrai debout sur la pierre. Entouré du cercle minéral, qui si il n'est pas, fera foi dans mon esprit.
Heliarck, j'invoquerai les puissances des abysses qui régissent et ressurgissent dans notre monte en cette nuit. L'ombre sera ma robe et la nuit ma cape, les étoiles en parure.
Nous chanterons, des chants sombres de ceux qui parlent aux sources de vie, et qui en répandent la volonté et l'engeance. Et notre pouvoir coulera, comme coule le chant, ondulera comme le fait le serpent, nouant ses anneaux autours de nos corps. S'élevant, entre les pierres et le cercle, comme le cône et la couronne, touchant aux forces du ciel pour transcender et traverser la terre.
Et notre pouvoir portera loin, soufflera ses vécus d'anthracite et d'obsidienne dans toutes les terres voisines. Nos voix porteront dans milles et milles contrées et nous seront entendus.
Nos chants traverseront le temps et ce seront nos aïeux qui chanteront avec nous.
Le ciel comme couverture, nous serons, en cette nuit, de l'essence même de la nuit. Et le nÅ?ud de nos voix sera le nÅ?ud entre terre ciel, entre notre monde et celui de magie.



En cette nuit de Samhain, nous serons dans les deux mondes, gardiens immuables des portes éternelles, semeurs d'étoiles et porteurs de souffles, gardiens des cris, maîtres des hurlements.



Peut-être serons nous morts, peut-être serons nous vie.






Parler ou le silence



17/09/06

Parler ou le silence.










J'ai peur de mon monde. J'ai peur de tous ces endroits où j'ai grandis qui deviennent petit à petit des cages de béton vides de sens et d'émotion.

J'ai peur, car aujourd'hui, on ne nous entend plus, et plus grand monde n'écoute. Qui écoute encore le souffle du vent, le vertige chanté par les nuages?

Qui se donne encore la peine, simple mais nécessaire, de tendre l'oreille au monde autour de nous? Au sons, aux bruissements, aux souffles. Si les hommes en sont venus à se point de suffisance qu'ils ne savent plus écouter la nature et l'univers qui nous entoure, comme espérer de nous même une écoute mutuelle?

J'ai peur de voir des politiques et des directeurs de presse, qui, comme le sujet fut abordé hier soir sur France 2 dans la nouvelle émission de Ruquier, s'adressent avant toute chose à Monsieur et Madame tout le monde. Qui sont-ils? Jamais je n'aurai cru dans mes rêves les plus fous que des personnes si banales puissent exister. Monsieur et Madame tout le monde sont des fantasmes, des délires crées pour satisfaire des besoins qui sont aussi crées pour "les gens normaux". Je ne veux pas voir des personnes prétendre à diriger mon pays avec de simples promesses d'apaisement, je ne veux pas d'un choix limité entre deux candidats principaux, je ne veux pas d'une démocratie au cas par cas, où l'on régularise 6000 et où l'on s'autorise "éventuellement" à déborder jusqu'à 6500 personnes. Où sont nos valeurs de démocratie, avons nous tués la Dame de l'égalité? je voudrai un recours au référundum plus souvent, comme cela se fait dans les pays du nord, pour véritablement savoir ce que les populations veulent. Mais qui irait encore faire porter sa voix? Dieu sait que je n'aime pas et que je suis inculte en politique, mais mes valeurs sont belles et bien là , bien présentes.

Qu'en est-il ensuite? Qui ose aujourd'hui proclamer sa folie et sa non normalité en en étant fier, de façon vraie? D'autres osent. Mais bien trop peu. Qu'allons nous devenir dans un monde où il faut être ce que l'on veut de nous?

Je vois des pensées vides et des corps creux, bouffés par le néant. Qui, de nos jours, croit encore? Croire en quoi, en qui? Le mélange des horizons n'aurait-il pas du apporter une diversité des croyances et des cultures au lieu d'une désillusion? Comment réagir lorsque les valeurs de sa terre ne sont pas celles du pays qui nous berçe et qui nous exclu? Je ne veux plus d'un peuple qui refuse par peur du changement, qui préfère sa médiocrité à la chute qui promet le nouvel envol. Je ne veux plus voir des yeux percés de la peine des rêves perdus, bouffis par l'acceptation parce-qu'il "faut bien vivre et ainsi va la vie". Je ne veux pas de fatalité, ni de capitulation.
Je réfute d'accepter un monde de plastique et de "vécu pour vécu". Trop simple et trop artificiel. Y'a-t-il encore des âmes sous nos chairs? Y'a-t-il encore des rêves sous nos coeurs?




Je rêve encore.

Je crois encore.

J'espère encore.





[[ Nous reviendrons aux racines pour nous en faire des couronnes. ]]



Réscuciter le silence perdu de l'écoute.

Redonner ses pouvoirs à la parole.




C'est penauds que l'on se penche sur le nid de nos détresses
Couvant nos instants de tristesse
Paranoïa de la paresse

J'ai brisé des roseaux pour dessiner mon sentier
Sans le vouloir déraciné l'espoir de ceux qui veulent croire
Dehors il y a la nuit, qui me murmure qui je suis
Sans être rassuré je ris
Sur la corde raide je vis
Je ne suis pas encore aveugle, pourtant
Je ne proteste pas tellement, trop souvent
Je me laisse porter par le vent,
Je me laisse porter par le vent,
Ligoté par derrière et bailloné par devant.


dimanche 24 septembre 2006

Sooooon!



La Glace et la Nuit,
première partie ( suite de la Sève et le Givre ) sortira en Avril 2007 aux éditions "les moutons électriques".



Je suis déçu d'un tel contre-temps du à la fermeture de l'Oxymore, mais très impatient. En attendant, cette magnifique image d'Angharad et de Finstern.




dimanche 17 septembre 2006

Tous dans Anges



- C'est vraiment le genre de journée qui ne sert à rien.
- Oh le pauvre cheval il a passé la journée sous la pluie !
- � oui et donc j'ai cherché hier soir, y'a pas mal de trucs à faire
- Dactylo à la maison ?
- J'en ai marre de ce rhume à la con
- Prend plutôt les autres boudoirs.





Seigneur, ayez pitié,
je me suis pourtant suffisamment masturbé,
donnez moi la délivrance de la surdité.
Awen











Il pleut, il pleut tant qu'on entend dans les maisons aux volets calfeutrés et aux gros rideaux de velours épais tiré que tous les anges pleurent. Un vieux poste de télévision passe une émission banale et inintéressante de notre magnifique panel audiovisuel national, mais c'est bien suffisant pour la vieille mamie avachie dans son fauteuil, à moitié endormie, la tasse de café posée sur la table dont la nappe synthétique est marquée de ronds bruns. Le chat qui ronronne et dort sur les jupons, et les charentaises au pied, les bottes habituelles disposée devant la cheminée où un tout petit feu crépite encore. La face semble affaissée par les années et la douleur, comme si l'eau l'avait érodée et creusée, une vieille falaise marquée par les griffes du temps.

Dehors, les voitures dorment aussi, tous phares éteins. Elles ont quitté leur ronronnement pour un silence implacable, garée sur les petits pavés rosé du bourg, qui subit le déluge. Tout semble dormir, les oiseaux se sont enfermés à double tour dans leur nid, et leur chant s'est tu, essoufflé au fond de leur gorge. Seul la pluie reste maîtresse des lieux, occupant l'espace.

L'épicerie reste ouverte, et c'est presque la seule animation du village. En retrait derrière la rangée de platane qui borde la rue, sa petite vitrine luit faiblement, encore allumée. Dedans, le mari est la femme ne sont plus aux fourneaux, personne ne viendra aujourd'hui. Après avoir nettoyé les carreaux salis par les chaussures pleines de boue, remis à jour les livres de compte et fait un peu d'ordre dans les étals, le couple est assis sur le canapé de l'arrière boutique, les yeux clos, écoutant le 45 tours qui râpe et sort parfois de ses gonds, un reste de cerveau toujours en alerte pour guetter le tintement agaçant, lorsqu'on le supporte depuis 10 ans, de la porte. Une gitane finit de se consumer dans le cendrier jaune en plastique, et l'odeur du vieux tapis et de la pisse de chat se mêlent à celle du tabac froid. Le poêle en fonte noire veille à la relative chaleur de la pièce, ou plutôt à empêcher le gel à l'intérieur de la maison. Il faut faire des économies.

La cour de l'école semble étrangement vide. Le métal du carrousel se gorge d'eau, et finira de s'effriter dans la semaine, vaincu par la rouille. Le bois de la balançoire et tant gondolé que c'est une épreuve pour les enfants d'y tenir assis. En peu plus loin, en dessous des arbres, les escargots s'en donnent à cÅ?ur joie et se dépêchent de sortir du seul endroit où le bitume est épargné de la pluie pour se lancer dans des glissages dignes des meilleures courses de bobsleigh. Les pieds de tomates et de radis plantés par les élèves de Cp et de Ce1 soupirent d'aise, enfin de l'eau, les enfants auront droit à leur misérable récolte, cette année, et pourront agiter sous le nez de leurs parents leur précieuse récolte en poussant des « ces moi qui l'a fait » si communs. Quant à la frise en pâte à sel qui orne la devanture de l'école, il semblerait que la cuisson n'ait pas été totalement au point, à en juger par son état de déliquescence avancée. Cela ne manquera pas de faire rager les maîtres et maîtresses et de faire pleurer les enfants, les uns parce qu'il va falloir recommencer, les autres parce que leur éléphant jaune à poids verts est tout caca bouda.


C'est alors, dans ce tableau grisonnant et statique, que si l'on tend l'oreille, on peut entendre un petit tintement de clochette. En courant au coin de la rue, on peu apercevoir une petite fille, maigre, la peau clair, perchée sur son vélo. C'est de la sonnette mal fixée que provient ce « giling giling », un ravissement sonore. Le bas de son jean est trempé, et ses chaussures vernies noires qui laissent apparaître ses chaussettes à flanelle aussi. Son manteau sombre et son béret noir, contenant l'épaisse masse de ses cheveux blonds et bouclés font encore plus ressortir ses pommettes rougies par le froid et ses grands yeux verts. La peinture violette de son petit vélo est peu écaillée, et les pneus dégonflés, mais cela ne l'empêche pas d'user de toute sa force pour avancer au plus vite dans le bourg. Elle aperçoit la grande église au loin, où fut déposée la Sancta Terra dans l'autel, ramenée de Jérusalem par les pèlerins. Le monument le plus ancien de la petite bourgade de Sainte-Terre, en Gironde. Les grands platanes sombres de devant l'église lui confèrent un air morbide, et elle n'a pas oublié qu'un cimetière se dressait ici, les esprits des morts encourageant son imagination fertile de gamine à fuir ce lieu.

Elle traverse le bourg aussi vite qu'elle le peu, en jetant un dernier regard au cloché délabré du haut de l'église, abritant cette immense cloche en bronze venue de Bordeaux, lui a dit la maîtresse. C'est aussi ici qu'elle a faillit mourir écrasée par une voiture, un jour, et où l'homme, non content de rouler trop vite et de ne pas avoir vu son vélo, l'avait insulté de tous les noms. C'est ce jour là qu'elle comprit la fragilité de sa petite vie. En face du salon de coiffure « Hélène Beauté » , tenu par une grosse madame toujours souriante et drôle, qui n'oublie jamais d'approvisionner sa panière et osier de bonbons, ce qui, lorsque l'on a 7 ans, est appréciable, se dresse une façade blanche aux vieux volets en bois. La boîte au lettre délavée indique « Conchou » écris au marqueur, jaunis par le soleil.


Elle rentre dans le petit chemin, ouvre le portail et range son vélo. Elle frappe à la porte, sous la véranda, ce qui lui permet de ne pas se mouiller. Béret à la main, elle attend qu'on lui ouvre. Cela ne tarde pas, et c'est une jeune mamie qui le fait, les cheveux à peine grisonnant, gardant des traces de leur ancienne blondeur. Les grands yeux bleus délavés par les années se plissent et la dame lui souri.



- « Léa ! Entre, tu dois être gelée »
- « Bonjour, est-ce que Thomas est là  ? »
- « Bien sur, tu connais le chemin, demandes lui si vous voulez quatre heure ».




Elle passe devant la cheminée fumante, comme chez elle, tend une main vers la chaleur de l'âtre et se glisse dans le couloir. Long et effilé, au fond se dresse la grande porte qui donne sur la rue, toute en verre et en bois, avec une sorte de vitrail arrondis au dessus. La plante sur le côté de la porte, les vieilles tentures et les tapis sombres donnent à la pièce et à toute la maison cet aspect de vieux manoir, bien que, pas plus ici qu'ailleurs, on ne soit fortuné. A Droite il y a la grande salle à manger avec l'autre cheminée blanche et grande, où une immense armoire trône, au fond de la pièce, fabriquée sur place, lui a-t-on dit. A gauche, le chemin qui l'intéresse, et le salon, avec l'immense tableau qui monte jusqu'au plafond, les vieilles fenêtres et les fauteuils en cuir usés par le temps. La bibliothèque en bois sombre accueille les photos, des pierres ramenées de voyages et des livres, et trône au fond de la pièce un piano.

Un petit garçon aperçoit la fillette et jette son livre en s'écriant « Léa ! ». Il semble heureux d'accueillir la visiteuse, car, à cet âge, une vieille maison protectrice et une mamie aimante sont tout, mais un peu de distraction autre que sous forme de livre est toujours la bienvenue. De plus, n'avoir pour seuls compagnons de jeux les chats de la maison, nombreux, avec lesquels il tente de converser depuis tant de temps, fasciné par leur magie, finit par être ennuyeux. Il avance, ses cheveux bruns en bataille, avec cet épis qu'il ne parvient jamais à faire partir, ses grand yeux noirs et son pantalon en velours, surmonté d'un pull hideux, ce dont les enfants n'ont pas conscience, tricoté avec entrain par la mamie, ce qui lui donne valeur de trésor. Il dépose amoureusement un bisou sur la joue de son amie, et se lance la grande explication du nouvel alphabet qu'il vient d'inventer, en lui montrant une feuille cartonnée où des dessins surplombent les lettres connues, le « Thomasien » parce que, dit-il, « comme ça pour pourra écrire tous nos messages secrets ! ». Il cherche encore un grimoire de magicien pour mettre son précieux alphabet dedans, mais il le trouvera, assure-t-il, et comme ça, ils pourront faire le plan du château et du souterrain. Car son père et sa grand-mère lui on souvent racontés que cette maison, qu'il aime tant, fut celle du gardien du château, la bâtisse voisine, et qu'un souterrain passait sous la maison pour ressortir près de l'église, en cas d'attaque. Il en fera son obsession d'enfant.

La petite fille aime et se laisse embarquer avec délice dans les mondes imaginaires de son camarade de classe, et grand ami pour la vie avant tout. Qui sait, ces deux là sont ils peut-être même amoureux, de l'amour qu'on les enfants, plus pur que le nôtre, mais si incomplet. Aujourd'hui, ils iront fouiller le grenier à la recherche d'un trésor, sous le regard bienveillant de la mamie. Ils s'éclaireront aux bougies, et pour justifier ceci, alors que l'électricité est là , ils se diront que la lumière du feu révèle les mystères cachés. Ils trouveront une vieille lampe qui fait fuir les fantômes, un bout de bois qui est une baguette magique et des vieux carnets vides, qui seront des grimoires et des livres secrets. Ils entreposent toutes leurs trouvailles dans leur endroit, que la mamie ne manquera pas de ranger à leur place originelle, collaborant ainsi au mythe et à la légende de l'endroit « les objets magiques disparaissent ».


La petite fille retournera chez elle, après son expédition dans le grenier aux merveilles et un bon quatre heures une fois que la pluie aura cessé. Le petit garçon, quant à lui, retrouvera les genoux de sa mamie pour qu'elle lui lise encore une légende. Bien qu'il sait lire depuis longtemps, plus longtemps que nombre de ses camarades, un conteur vaut toutes les lectures du monde, et surtout quand l'odeur de son parfum vous berce. Il continuera ensuite à jouer tout seul, mais tout seul il se plaît, car il peut cultiver le silence de son âme. Il continuera à chercher les objets magiques de la maison, ses passages secrets et à s'entraîner à jeter des sorts, comme il l'a vu dans tous ces livres. La nuit venue, il aimera marcher aux frontières des zones d'ombre, appelant le Croque Mitaine et les Korrigans, courant vers la porte de la salle de séjour éclairée, où sa mamie tricote, lorsque le vent de l'hivers semblera lui souffler des mots étranges, et que les ombres des murs se mettront à danser.




Fou, Sorcier, Chaman, Mage ou Magot.
Voilà pourquoi.










Tous Des Anges
Zazie



Moi je roule
Et je file
Dans une auto
Sans mobile
Pas la mienne
Pas la peine
D'en faire un plat



Quand on roule
Pas sur l'or
On s'conduit mal
Et alors
Allez-y
Arrêtez-moi
Si j'ai tort



A vous de cogner plus fort
Même que ça fait même pas mal
On volera encore
Même pas morts même qu'on est



Tous des anges
Drôles d'oiseaux dans le gris du ciel
Tous des anges
De là -haut cette vie est belle
Tous des anges



Je me roule
CÅ?ur en boule
Ventre vide
Et vie dehors
Sale et saoule
Le vin coule
Entre mes doigts
Vous vous saoulez
de vitesse
D'or et d'excés
de richesse
Belle ivresse
que l'or coulant de vos doigts



On accélère encore et encore
Morts de honte, ou morts de peur
On fonce dans le décor
Morts de rire, puisqu'on est ...



Tous des anges
Drôles d'oiseaux dans le gris du ciel
Tous des anges
Tous voleurs de nos propres ailes



Mains en l'air
Dans le dos
Je prends tout
Ã?a de haut
Tue le temps
Coule ma peine
Là , derrière
Les barreaux




vendredi 15 septembre 2006

I mean Lalalalala










Quelques cheveux soufflés dans l'air, 3 ou 4 brins d'automne, parcourus de reflets de cuivres lorsque le soleil vient les réchauffer sous l'angle adéquat.





Certains vous diront que nous laissons des marques, des griffures, des signatures tout autour de nous, pour nous extirper du néant qui nous prend tous un jour à la gorge comme pour nous faire vomir dans le vide. Et bien cela est faux, car nous laissons des cheveux. Evidemment, ils tombent. Non, ils ne tombent pas, ils se détachent, pour embellir le paysage de tous leurs reflets et leurs éclats. Comment font alors les chauves, me direz vous ? Et bien, par syllogisme, il est évident de constater que si tous ceux qui laissent des cheveux derrière eux arrachent en leur être une touche de couleur, les chauves, qui n'en n'ont pas, ne ressentent aucun besoin de laisser une trace. Mais laissons cette espèce étrange, qui m'est inconnue encore.


Où en étais-je ? Oui, nous laissons donc tomber derrière nous des cheveux. Avez-vous déjà vu un cheveu de prés ? Ces millions d'écailles qui pourtant, à l'Å?il nu, semblent former un fil plus lisse que le marbre polis et plus doux que la soie. Je suis bien d'accord avec vous, vos cheveux ne sont pas forcément aussi doux que la soie, ainsi est notre mère nature, elle a tenté de faire de son mieux, et pour parer à cette espèce étrange et malformée, de toute évidence, que sont les chauves, elle nous a donné l'impulsion lumineuse de l'invention qui les rends bien plus humains : la perruque. Mais croyez vous, que si vous avez une chevelure digne du paillasson de votre voisin d'étage, les cheveux que vous laissez derrière vous en soient aussi moches ? Laissez vous donc le droit à la beauté ! Vous n'imaginez pas l'élection capillaire qui se déroule chaque jour à la surface de votre crâne. Seuls les meilleurs cheveux, beautés parmi les beautés, gagnent le droit de tomber, délicatement, et de se déposer là où il est important que vous participiez au dessin du monde.


On a bien tord de considérer les cheveux comme des ustensiles de mode où des bouts de laine anémiés sur lesquels nous avons tout pouvoir. Les cheveux sont notre propre prolongement, ils renseignent sur ce que nous sommes, ils définissent nos contours, et protègent, gardiens inflexibles, notre crâne de l'horreur chauve, ce monstre hideux, qui, si vous veniez à vous couper une mèche de cheveux trop court, pourrait, d'un simple touché du doigt, transformer votre crâne en simili d'Å?uf dur. Ne prenez pas peur si vite, un bonnet vous protègera amplement le temps de la repousse. Et pensons à l'aspect pratique, vous n'aurez plus à exposer aux personnes disposant d'un minimum de goût l'horreur de votre masse capillaire réduite à un néant partiel.


C'est de cette continuité sur le corps qu'ils tirent leur pouvoir. Seuls les cheveux prennent leur source en vous et s'exposent, comme des fruits, au soleil pour révéler toute la beauté qui les a fait grandir. On ne laisse pas pousser ses cheveux, on les cultive. La différence est notable, bien sur. Engrais, complément nutritifs et apports essentiels, qu'ils soient appelés Shampoing, Soins du cheveux ou après shampoing, sont nécessaire à la culture du cheveu.


Mais revenons à nos moutons, à moins qu'ils ne se soient enfuis si loin qu'ils touchent l'horizon, nous parviendront à reprendre le cours de ceâ?¦ discours capillaire, fort intéressant, vous en conviendrez. Vous ne soupçonnez pas l'intuition de vos cheveux. Dire qu'ils sont en vie serait de trop, mais en tant que prolongement du corps, n'est-il pas logique qu'ils soient aussi prolongement de conscience ? Car vos cheveux vous aident, et chaque jour qui passe ils oeuvrent pour vous. Auront-ils capté un regard intéressé, de loin, vers vous ? Alors ils luiront de leurs plus beaux éclats, de leur plus profonde brillance, pour servir vos intérêts. Et proche d'une personne, ils pourront, parfois, libérer le parfum suave de l'engrais avec lesquels vous les aurait nourris, délice odorant. Mais assez parlé des cheveux serviables et agréables, qui s'ils sont enviables, ne sont pas lot commun pour autant. Qu'en est-il des autres ?


Sont recensés cheveux battus, cheveux cassés, cheveux mordus, cheveux peins à l'acrylique (mais où donc s'arrêtera l'horreur en ce bas monde ?) cheveux pourris, cheveux délaissés, cheveux détesté, méprisés, coupés à tord et à travers, rasés, arrachés, et, fléau d'entre les fléauxâ?¦ gelés. Ne voyez pas en ce dernier mot une promesse hivernale, qui serait bien plus douce à nos oreilles. Non, voyez y l'hérésie de ce monde, le Gel ! Cette substance immonde et collante que tant de personnes appliquent avec d'autant plus de soin qu'ils détruisent leurs cheveux sur leur crâne ! Crêtes, pics, et autres houppettes de tintin viennent, en plus de défigurer les visages, arracher des cris aux pauvres brins esseulés et emprisonnés. Mais quelle ne sera pas leur vengeance, doublant de volume et plus ternes que jamais, lorsqu'ils seront enfin libérés ! On vous aura prévenu, on ne plaisante pas avec les cheveux !!


Certains sont excentriques, d'autres classiques, d'autres encore narcissiques, et autres échos tels qu'exotiques (ah� il me semble que je mange des souvenirs disait Baudelaire). Les cheveux reflètent la diversité du monde, notre portée culturelle, subversive, artistique même, ou esthétique.




Maintenant, arrêtons nous dans une rue. Si ce sont des fils dorés que nous apercevons ici, d'autres au noir d'ébène et encore d'autres roux tel un goupil, c'est en regardant de plus près que nous pouvons mieux les voir. A chaque reflet qui brille au soleil, à chaque éclat sur la carrosserie d'une voiture, dans les feuilles d'un arbre, à même le sol ou dans les airs, c'est autant de cheveux rassemblés pour offrir au monde ce qui nous différencie du terne et du sombre. Nos cheveux sont une couleur, un éclat passager qui s'offre au monde. Et il est si agréable d'en trouver un, à terre, et de le regarder briller au soleil, qu'on en ferait presque collection.




A toutes mes heures de débats capillaires, pour tous ceux qui les ont partagées avec moi :)


lundi 11 septembre 2006

Il est là , le ciel sans cendres.







Extrait du livre de Traverses



11 Septembre 2006


« Alors qu'aujourd'hui tout le monde commémore le grande attaque de l'ombre portée à l'humanité, il y a 5 ans, et le triomphe de la vie, j'ai le visage baigné de larmes. Ce ne sont pas des larmes de tristesses ou de peine, mais des larmes de joies, les premières de ma vie.
Mes larmes pour le triomphe de l'humanité, pour le retour de la lumière.
A présent, je ne suis plus le porteur de cette déchirure béante qui m'emplissait de néant. A présent, je peux revenir à moi, je suis libre, je renais à moi-même. Plus de chaînes, plus de cicatrices. Seulement la clarté de la lune sur mon visage et mes larmes qui roulent et étincellent sur mes joues.
Il est fou, comme parfois, il suffit d'écarter un voile pour voir que les symboles de nos vies se donnent à une course effrénée pour se rassembler, tous, à l'heure, et s'accorder dans la plus parfaite harmonie. Et je me dis que le destin des Dieux est si visible que pour trop d'aveugles, j'y vois clair. »




J'ai tant attendu qu'il est trop tard. J'ai trop maudis notre manque de courage et du culot pour le faire encore. J'ai espéré dans mon silence, reflet de son silence.

Aujourd'hui je lui pardonne, et je peux enfin me pardonner.




Il me l'a dit. Il m'a aimé.



[ Et pour le retour de mes étoiles, je suis Prince, plus que jamais. ]

jeudi 7 septembre 2006

Collapse the light into earth.




I won't shiver in the cold
I won't let the shadows take their toll
I won't cover my head in the dark
And I won't forget you when we part
Collapse the Light Into Earth
I won't heal given time
I won't try to change your mind
I won't feel better in the cold light of day
But I wouldn't stop you if you wanted to stay
Collapse the Light Into Earth



[ Porcupine Tree ]












J'aime certains endroits pour l'atmosphère qu'ils dégagent. Ce mélange d'épice et de mémoire qui sent le souffre et qui fait le mythe urbains de certains lieux, de certaines destinations, de merveilleuses partances. J'aime les gares, les grandes gares de cuivre et d'airain avec leurs téléviseurs d'affichages qui s'illuminent de lettres oranges la nuit. J'aime les grand panneaux affichés dans le hall avec les lettres qui tournent, tournent comme passent nos larmes, comme passent nos vies et notre temps. Ces promesses d'ailleurs, ces défis aux temps et à nos attachent qui nous fixent comme dans du béton. Toutes ces choses qui font des gares des lieux de magie, d'exotisme, où l'on se sent comme dans un écrin ouvert aux quatre vents. En sécurité mais exposé à tous les possibles, à tous les choix.


J'aime les vieilles horloges des gares. Vous savez, celles qui se dressent avec leur cadran rond et épais, avec une face ternie et jaunie par le temps, et où deux grandes aiguilles en métal se battent et s'arrachent des bribes de temps qui s'écoulent. Ces horloges qui semblent être bien plus, gardienne d'un immuable mouvement, antithèse en lui-même, les filles de Chronos nous rappellent que nous ne seront encore pour cette fois que de passage. Et tout semble alors se liguer contre nous. Les sifflés du contrôleurs assourdissent notre esprit, les crissement des roues déchirent le silence retombé et l'odeur des monstres mécaniques est si forte que l'on pourrait presque les goûter du bout des lèvres. Les escalators semblent accélérer leur course, et les portes automatiques s'ouvrir et se fermer sans plus d'ordre que les passagers pressés qui nous heurtent, de peur de ne pas pouvoir attraper leur futur.


C'est là qu'il faut se poser. Faire taire les horloges et le temps qui nous triture toujours, chuchoter aux panneaux d'affichages de devenir noir, teintés de néant absolu. Regarder autour de soi avec le calme du premier regard que nous avons posé sur le monde, et, narquoisement, dessiner un sourire dans les commissures de nos lèvres pour leur montrer que non, nous ne sommes pas encore tout à fait leurs esclaves. C'est ceci une gare, c'est un défi au temps qui passe, une myriade de possibles qui se croisent et se tissent, comme dans un sac de nÅ?uds gigantesques. La gare ne gâche pas son parfum aigre d'éternité par son vide impersonnel, et c'est ici qu'il est bon de savoir qui l'ont est. Ce ne sont pas des inconnus au visage parcheminés que nous croisons, ce sont des souvenirs, des destinations, des mémoires, des pièces uniques qui nous rapportent toujours à notre histoire. Et il peut parfois nous sembler, pris dans le tournis des possibilités, accroché sur un coin de la Tamise, hurlant de bonheur dans les rues de Paris, souffrant d'un silence d'admiration dans la ville des anges, au pont rouge où s'effilochent les nuages, que notre esprit s'étourdis de tant de saveurs, de tant de vies à voir et à tenir.


Le temps reprend alors son cours cruel. Et c'est à ce moment qu'il faut partir. Saisir sa destination comme on saisit un sourire lancé au hasard d'une foule. Sans se presser, du pas qui fait que même si on ne le savait pas avant de l'adopter, on sait à présent où l'on va. Du pas qui se refuse à la peur, de la démarche qui nous détache de nos chaînes. Le dernier pas est celui du Seuil, où il faut franchir la porte métallique d'un monstre rugissant. Le train et le wagon s'ébranlent, vibrant chaudement d'impatience, avant de dérouler sa fureur au travers des champs et des paysages si verts que l'on pourrait y croire des mers.


Nous nous sommes tous promis, jurés, scellé un morceau de pensée dérisoire au fond du cÅ?ur, qu'un jour, un beau jour, nous adopterions ce pas. Celui qui nous portera vers un ailleurs, un lointain, dont nous ne savons rien, mais que nous connaissons pourtant. Et encore celui qui fera que l'on descendra, d'un coup, arrivé à destination. Nous nous sommes tous donné comme serment d'effleurer l'inconnu, qui ne l'est jamais vraiment, de partir, un jour, une nuit. Comme ça.




J'ai pris un train. Vers un ailleurs, vers un lointain, vers un peut-être. Je sais où je vais, car je vais toujours vers moi. Mais que sais-je des lieux qui seront les miens ?




Parce-qu'on est toujours deux.



mardi 5 septembre 2006

Slowly










Parce-que j'ai mon silence.

Et qu'ils en savent tous les contours.









dimanche 3 septembre 2006

Des dits, du siècle, du genre.



Et des plaintes et pensées vaines et surtout inutiles du prince-Chat.
Mais quand fera-t-il taire son esprit?










Je hais les cloisonnages. Les normes, les valeurs soi-disant morales admises de tous et acquises par la masse moutonneuse la plus grouillante ayant jamais foulé le pied sur terre: les abrutis.




Je m'en vais vous expliquer ce qui me fait dire ça. Ce matin, après m'être levé, réveillé par une migraine ( vous savez, ce genre de réveils immondes qui vous donnent envie de vomir et de vous rendormir grâce à votre ami Xanax? ) je suis descendu au salon. J'ai annoncé à ma mère ma décision de me faire couper les cheveux aujourd'hui, car nous sommes en lune ascendante. Je lui ai clairement spécifié que vu ma peur phobique du coiffeur, il s'agirait de deux centimètres maximum. A quoi ma mère s'est elle sentie obligée de répondre, dans une tentative ridicule de manipulation:



«Oh, non, il faut faire couper sur toute la longueur abîmée, qui est longue ».



Je lui ai véhément signifié que ses tentatives pathétiques pour que je revienne à une coupe de cheveux «plus acceptable » selon elle et donc plus courte ne changeraient rien à ma décision. Sur quoi elle a rétorqué:



«Oui, et bien moi j'en ai assez qu'on me dise que mon fils ressemble à une fille. »



Vous devinez aisément ce qui dans cette phrase me met hors de moi. Ce n'est qu'une façon détournée de me dire que pour elle et tout son entourage, amies, etc., je ressemble ainsi à une fille avec mes cheveux longs. J'ai répondu à ma mère que ces considérations préhistoriques ne m'importaient pas le moins du monde, et encore moins les mammouths dont l'esprit pouvait être assez stupide pour avoir ce genre de réflexions. J'ai continué en lui rappelant que je n'étais absolument pas responsable de son éducation moyenâgeuse voir préhistorique, et que de son avis, ou de celui des autres, je n'en avais rien à foutre.

Mais ici se cache pour moi un problème plus grave. Depuis ma toute petite enfance, ma mère n'a cessé de me réprimander si je jouais avec un jouet de fille et au contraire de m'encourager à jouet avec des jouets de garçons, plus tard, on retrouve les reproches incessants alors que je suis en primaire car un garçon ne doit pas jouer avec des filles. Au collège, le harcèlement constant pour savoir combien d'individus de sexe masculins seront présents à chaque sortie avec des amis, et au lycée, les premiers «maman, je t'emmerde » libérateurs. J'ai passé ici les crises communes à chaque époque si il m'arrivait par malheur de passer une seule journée avec des files, exclusivement. Commencez vous à cerner l'ampleur de la chose? Ce problème n'est pas grave dans les griefs qu'il m'a infligé, mais dans la pauvreté de tolérance et d'acceptation qu'il démontre.

Ceci m'a forcé à traverser plusieurs étapes importantes dans ma vie. Premièrement, dans ma toute jeune enfance, la naturelle incompréhension du pourquoi ne faut-il pas jouer avec des jouets de filles, alors qu'ils sont aussi marrants que les jouets de garçons? Devant l'insistance de ma mère, j'ai finis par me rendre coupable, me disant que mes actes étaient répréhensibles et que c'était uniquement de ma faute. En ceci j'ai failli me diriger vers le chemin de conneries normalisées tracé par ma mère et ses parents avant elle. Puis, j'ai finalement décidé de cacher les choses pouvant déplaire à ma mère, ressentant les prémices de ma réflexion la plus importante : ces considérations sont un acte stupide. J'ai ainsi découvert deux choses très tôt : le mépris que m'inspirait la bêtise profonde, et ma fuite inconditionnelle de l'étroitesse d'esprit.

J'ai beau employer tous les moyens, hurler, rester de marbre, lui dire combien je la méprise, rien ne fait céder ma mère. Ne dit-on pas que la bêtise est un roc ? Rien ne semble capable de la faire à défaut de changer, au moins se taire, et elle continue, jour après jour, de me rabâcher ses sornettes. Je finirai par lui expliquer que ce comportement justifiera le peu de fois ou nous nous verrons dans les années à venir. Car une fois quitté le «cocon » qui fut plus pour moi un environnement apte à tester mes capacités de survie, je compte bien mettre le plus de distance possible entre moi et mes géniteurs.

Je n'aborderai pas ici la question de ma sexualité, je laisse à chacun le libre choix d'y voir ici une corrélation, ou non. Moi, je n'en vois pas, ou peu, dans la généralité, mon cas est sûrement différent, et les agissements de ma mère sont de façon certaine liés à mon homosexualité. Je ne parlerai donc pas ici de tous les problèmes auquel j'ai du faire face lorsque j'ai pris conscience que, � Dieux, je n'aimais pas les filles. Ceci est une autre histoire.

J'en viens alors à ma véritable réflexion, qui m'a frappé. Chaque génération, vous en conviendrai, se plaît à déblatérer à la suivante son infériorité. Ainsi, pour mon père, notre génération porte en son sein des branleurs, des bons à rien, des futurs fonctionnaires, des pollueurs, des violents, et j'en passe. Je m'amuse à lui rappeler que le monde, ce sera nous, d'ici 20 ans. Mais outre le «ah, de mon temps, notre génération était bien mieux que la votre » j'ai entendu et lu un fait avéré : la génération de nos parents fut celle de la libération sexuelle. Les mÅ?urs se sont détendues. Et alors que mon grand père et ma grand-mère sont issus d'un mariage arrangé, mes parents, oncles, tantes, amis de la famille sortent tous d'un mariage consentant (du moins les premières années).

Si on se replace dans le contexte, à l'époque, oser coucher avant le mariage ou avoir plusieurs amants était accepté par certaines personnes, mais encore rejeté par beaucoup d'autres.

Eh bien, pour moi, notre génération est celle de la libération des genres. Oui, on voit des hommes habillés en femme et des jeunes garçons qui portent des jupes, je l'ai moi-même fait. On voit des cheveux longs chez les hommes et des cheveux courts chez les femmes. Les femmes n'ont plus de problèmes de morale pour accepter le poste d'un homme, à première vue. On voit des homos, des lesbiennes, des trans, et tant d'autres. Et on ne s'en offusque plus. Bien sur, cela est à mitiger. Autant que la libération sexuelle fut dénigrée dans son époque première, la libération des genres n'est pas encore acceptée de tous, loin de là . Mais dans les pays européens, et je parle ici des moins méditerranéens en excluant volontairement l'Italie encore très chauvine, raciste et machiste (sans tomber dans le cliché) de grands bouleversements sont en marche. On commence à accepter les homosexuels, ils peuvent se marier dans certains pays. La question de l'adoption reste épineuse mais tend à s'éclaircir. Les changements d'état civil sont possibles pour les transsexuels, ainsi que les opérations qui ne sont plus jugées comme hérésies. Et surtout : l'homosexualité n'est plus jugée comme maladie. Bien sur, tout ce que je viens de citer est plus adéquat à la Finlande, La Suède, l'Angleterre ou la Belgique qu'à la France, à mon grand désespoir. Je ne me prononcerai pas sur la tendance régressive de notre pays à bien des égards, ceci sera peut-être le fruit d'une autre réflexion.

Je ne veux en aucun cas jouer les élitistes et les petits prétentieux, mais force est de constater qu'évidement, cette tolérance de plus en plus accrue est présente en majorité chez des personnes pourvues de réflexion, et non qui, comme ma mère, se contente de suivre aveuglément les conneries qu'on leur a dictées. Notre génération verra d'ici 20 â?? 30 ans les fruits de son Å?uvre, et peut-être pourrons nous alors espérer une acceptation de toutes les sexualités. Tous ces problèmes sont dépassés. Je me suis maquillé, de façon sérieuse parfois, pour faire ressortir mon regard, oui, j'ai porté des jupes, oui, j'ai les cheveux longs, oui, je fais des tresses et des chignions, oui, je porte des bracelets, une bague de pouce et des collier, oui, j'aime les hommes, oui oui oui. Je n'en demeure pas moins un individu de sexe masculin. Je reconnais et accepte ma part de féminité mais je demeure une polarité masculine, même si pour moi je suis avant tout une vie, une âme et une pensée égale aux autres.

Je pourrai aussi vous parler de la république du Cuba, ou l'on interdit els fêtes homosexuelles, et ou on peut se faire arrêter et emprisonner sans parler des amendes exorbitantes. Je ne vous parlerai pas des nations américaines qui considère encore la sodomie comme hérésie passible de prison, et encore moins des états musulmans dans le monde ou l'on meurt encore lapidé ou brûlé pour être né homosexuel. Je ne vous parlerai pas des insultes, des coups, de la douleur. Ni de la haine de soi.

Je vais rester positifs, et vous dire simplement que nous avançons, et que je condamne tout ceux qui pourraient avoir des pensées à l'image de celles de ma mère. Ouvrez les yeux, quitte à arracher vos paupières. Ils sont tournés vers l'intérieur.



samedi 2 septembre 2006

Le chat tigré à miaulé, trois fois.











Macbeth, Acte IV, scène I




Alors, dansons autour du chaudron,
Jetons-y des tripes pourries,
Et d'abord, dans le pot magique,
Faisons bouillir le crapaud
Qui, dormant sous la pierre froide
Trente et une nuits et journées,
A bien exsudé son venin.




Grouillons double pour double trouble,
Qu'Ã feu sifflant chaudron bouille !




Ajoutez à cuire au chaudron
Un filet de serpent des mares,
Un Å?il de triton, un doigt
Coupé d'un pied de grenouille
Et du poil de chauve-souris,
Une langue de chien, la fourche
D'une vipère, le dard
D'un orvet, et la patte et l'aile
D'un lézard et d'une chevêche.
Pour un brouet de l'enfer
Dont le charme ait force d'embrouille,
C'est là ce qu'il faut qui bouille




Grouillons double pour double trouble,
Qu'Ã feu sifflant chaudron bouille!




Ecaille de dragon, dent de loup,
Pour de momie de sorcière,
Mâchoire et profonde goule
De vorace requin des mers
Ciguë de nuit déterrée,
Foie de Juif qui a blasphémé,
Bile de chèvre, repousses d'if
Brisées par éclipse de lune,
Nez de Turc, lèvres de Tartare,
Doigts de bébé qu'étrangla
Dans la fosse où elle accoucha
Quelque pute, c'est ce qui fait
Epairs et gluant le brouet
A quoi nous ajouterons
Juste un peu d'entrailles de tigre
Pour épicer le bouillon.




Grouillons double pour double trouble,
Qu'Ã feu sifflant chaudron bouille