lundi 27 novembre 2006
Marvellous Pills
Par Adrail, lundi 27 novembre 2006 à 17:06 :: Brèves
mardi 21 novembre 2006
Par Adrail, mardi 21 novembre 2006 à 22:01 :: A la réflection...

dimanche 19 novembre 2006
Par Adrail, dimanche 19 novembre 2006 à 19:30 :: Labyrinthe des mots
En vain. Oublies ce que tu crois, papillon. Ce sont mes doigts qui courent, qui courent et qui s'affolent. Qui se déplient comme des rayons de soleil, aussi. C'est un peu ça, cette chose que je n'arrive pas bien à expliquer. Une sorte de symphonie d'automate, qui nous fait courir, courir, puis nous allonger pour reprendre haleine. Des portées, des blancs. Des blanches, rondes et vides, accompagnées de silence, puis des noires, et la course frénétique des croches. La façon dont nous courrons dans les rues, doubles croches galopantes au travers d'une mélodie sans nom, la mélodie des villes. Je vais peut-être arrêter de penser que les villes sont des endroits morts. Des ventres béants qui vomissent des vies et des misères, à ne plus savoir où les déverser. Peut-être que mon oreille n'était pas faite, et pourtant d'aucuns pourraient dire que j'entends bien. Alors j'étais sourd, est-ce cela ? Sourd et délité, étiolé, attendant patiemment que les morceaux de moi me reviennent. Que les lignes de la partition se refondent, que la clé s'annonce, en grande coordinatrice des sons. Il n'est jamais rien d'autre que des questions de clés. Après avoir appris de dure guerre à délaisser les sons discordants et à tendre à la justesse, il nous faut lutter encore pour chercher la clé qui nous convient. Je ne vous demanderai pas si vous êtes plutôt La ou Sol, car après tout quel importance ? Il convient que notre note, comme notre vrai nom, reste connu de nous seuls. Et si je connaissais déjà mon nom, que l'on m'a soufflé entre des vapeurs d'origan et des odeurs de cannelle, sous une neige collante et moutonneuse, je ne connaissais point ma clé. Et si mon esprit ne m'abuse pas, car vous savez comme il est farceur, j'avancerai peut-être encore, targuant mes notes et mes accords face à ceux qui sont définitivement morts. De ceux-ci, je ne veux point parler, car il est vrai qu'ils peuvent ternir nos vies, éclater nos yeux et faire saigner nos mains. Peu importe tout cela. Laissons les de côtés. Ici, en rebord de ce chemin qui nous serpente.
Revenons en aux villes. Grandes, majestueuses, luminescentes, et qui peut dire si dans toute notre humanité, nous qui cherchons tant à nous créer un égal, nous n'avons pas créé ces monstres de fers, ces berceaux de pensées ? Regardez les, ces métropoles, immenses, ignobles et si élégantes, parées de couleurs et de bruits. Perdez vos yeux dans leurs vitrines alléchantes, dans leurs éclairages féeriques. N'est-ce pas vous, que vous retrouvez dans cette petite boutique au coin de la rue ? N'est-ce pas votre propre dépeuplement qui point sur le visage de ce vieillard ? Et dans ces enfants qui s'agitent, ne voyez vous pas votre insouciance ? Et à ceux qui ont fait vie de la magie, ne sentez vous pas tous ces courants, tous ces souffles qui vous parlent, vous prenant au ventre avec leur force de murmures ? On tourne la tête pour ne rien voir, on s'enferme dans son baladeur pour ne rien entendre, et on clos son nez en relevant son écharpe pour être sauf. Aveuglement. Sottises. Foutaises. C'est aussi vain que de se crever les yeux, et, tel un Van Gogh ivre d'amertume, de trancher ses deux oreilles. Si nous cherchons un reflet de l'humain, c'est ici qu'il faut aller le trouver. C'est ici, que muni de son pinceau, il faut repeindre les murs, arracher le morose, chasser le désespoir. Là , et là seulement, insuffler la patience, le discernement, et toutes ces valeurs au nom desquelles nous serions prêts à mourir. S'éclater en morceaux, et les donner à bras ouverts, car c'est ainsi qu'on se fait. Qu'on se construit.
Maintenant, je n'ai plus tant de temps. Ni tant de regrets. Je commence à comprendre les accords, à cerner les harmoniques, à voir du coin de l'Å?il tous les fils, même les plus petits et cristallins. Et de bon droit, n'est-ce pas ce que je cherche depuis toujours ? Percer les mystères, délier les langues des secrets, arriver à comprendre.
Des milliers restent à dire et des milliards à trouver.
Quelle importance alors ?
Mythophormae
De la forme des mythes

dimanche 12 novembre 2006
Par Adrail, dimanche 12 novembre 2006 à 13:59 :: Brèves

jeudi 9 novembre 2006
Par Adrail, jeudi 9 novembre 2006 à 17:44 :: Des autres dits.

des pierres qui vous roulent, roulent
et qui vous coulent
sur les joues
j'aime mieux que tu m'aimes
sans dépenser des sous
moi je m'en moque
j'envoie valser
les truc en toc
les cages dorées
toi quand tu m'serres très fort
c'est comme un trésor
et ça
et ça vaut de l'or
j'en vois des qui s'lancent des regards
et des fleurs
puis qui s'laissent quelque part
ou ailleurs
entre les roses et les choux
j'en connais des tas qui feraient mieux de s'aimer un peu
un peu comme nous
qui nous aimons beaucoup
et d'envoyer
ailleurs
valser
les bagues et les
cÅ?urs
en collier
car quand on s'aime très fort
c'est comme un trésor
et ça
et ça vaut de l'or
moi pour toujours
j'envoie valser
les preuves d'amour
en or plaqué
puisque tu m'serres très fort
c'est là mon trésor
c'est toi
toi qui vaut de l'or
Par Adrail, jeudi 9 novembre 2006 à 12:54 :: Labyrinthe des mots

mardi 7 novembre 2006
Par Adrail, mardi 7 novembre 2006 à 18:10 :: Labyrinthe des mots

- Pourquoi ma mère, pourquoi ne puis-je rester ici ? Dans les Cours de Lumières, d'Ombre ou de Crépuscule, là où se tissent les vies des nobles et des fées immortelles. Pourquoi ne puis-je, mère ? Rester et m'étrangler encore de bonheur aux délicats et colorés habits des fées, à leur démarche fière, à tous leurs arts. Car mère, ce sont des artistes. Tous plus beaux les uns que les autres. Ici, une dryade aux longs cheveux blonds qui joue de la harpe, là , un groupe d'unseelies, sombres et ténébreux, figés dans ces positions de raffinement et de finesse, atteints par la grâce d'un poème. Mère, m'arracher à tant de beauté, moi qui sent, loin, en moi, mes racines, mon sang de fée qui devient braise, ou lave, et qui rue à l'intérieur pour se répandre dans mes veines. Mère, pourquoi renier cette nature ?
- Tu le sais pourtant, mon enfant. Tu sais de quel châtiment je suis victime, tu sais quel est le destin que l'on me laisse. Tu sais par quelles sombres actions je me suis privée moi-même de lumière, que les lys de mon jardin ont fanés, et que ne pousse désormais sous mes pas que des violettes, fleurs de prison. Moi qui fut jadis une de leur parente.
- Je sais cela mère, et entendre à nouveau votre voix tremblante et voir vos yeux s'embuer et perler me rend triste. Comme j'aimerai revenir dans le monde des hommes d'où vous m'appelez pour vous serrer contre moi. Mais vous savez bien, Hen Nyma, ma mère, que j'ai atteins mes 17 printemps. Et que comme tous ceux, mi fée, mi homme, qui ont atteint cet âge sacré, je peux choisir du monde auquel j'appartiendrai. Je peux vouloir vivre parmi les fées, m'éblouir de lumière ou d'ombre parmi elles, ou me contenter de la pâleur des humains. De votre propre pâleur. Alors dites moi, mère, vous qui n'êtes plus que l'ombre d'une Dame Fée, vous que le temps à cabossé, à fait couler, à ridé et enlaidie, ternis vos yeux, grisé vos cheveux, dites moi donc pour quel forfait fûtes vous maudite, exilée de ses royaumes et enfermée chez les hommes, condamnée à un amant humain, et à une fille déchirée entre deux univers.
- Ecoute, ma fille, le récit d'un bannissement sans retour. Ecoute et juge, si ton cÅ?ur s'en sent capable, sans faillir, les raisons pour lesquelles seules ces fleurs détestables, les violettes, ne peuvent encadrer mes pas. J'étais une fée, une dryade, comme tes grands yeux en amande verts et tes cheveux d'une blondeur indécente peuvent en témoigner. Vois comme ils brillent, et pourtant, tu n'es pas au mitant de ton été, mais bien à ton printemps, et quand, par sapience, viendront s'ajouter à ton visage les premiers signes de temps, ta beauté éblouira alentours, et tu sera Dame, comme je le fus. Dans mes pas aussi, on pouvait lire l'art, la beauté, la distinction et la folie. Pourtant, un jour, mon cÅ?ur se voila. Tu connais déjà , malgré ton jeune âge, les ravages d'un amour trompé. Sache bien, mon enfant, que jamais ton âme ne sera à l'abri de ces blessures là . Alors j'ai abusé de mes dons de fées. J'ai cherché sans relâche comment me venger, comment blesser, et détruire ce seigneur unseelie, qui, son cÅ?ur soupirant pour un autre homme, me laissa, au milieu de mon jardin de lys. Comme salie par son uranisme, chose m'étant alors inconnue, de surprise, et de rage, j'ai arraché toutes mes fleurs, et parcourus tous les royaumes de féeries, tantôt corneille, tantôt pie, pour briser les tiges de ces fleurs, vestiges de notre amour emporté. Il arriva que je m'écorche, et que mon sang, un sang de fée, un sang noir, coule et éclabousse le sol où poussèrent jadis les lys immaculés. Par ce sang, par le mélange du noir de mon sang, du blanc des lys, et de l'ocre de la terre naquirent les premières violettes. Et mes robes se tintèrent de ce moirage, presque noir, secoué de pourpre et de violet sombre. Je ne fus plus qu'une ombre. Car sache, ma fille, que jamais une dryade ne devient une Dame Unseelie. On dit que cela arriva par le passé, mais il s'agit d'épreuves et de sortilèges trop puissants, même pour des fées, pour faire cas. Lorsque le cÅ?ur d'une dryade se salit, elle porte au monde un malheur. Et l'on dit, que de toutes, je ne fus pas la plus létale, car l'on chuchote encore les craintes des ravages causés par ton ancêtre, Pandora. Au monde des fées, j'apportai un péché. Inévitable et ravageur, le péché d'intolérance se répandit. Il ferma mes yeux, étourdit mon cÅ?ur à jamais. Et je tuai, et chassai la différence, jusqu'à être chassée du monde des fées, envoyées dans le monde humain, là où s'échoue tout mal. Prisonnière, je ne puis à jamais revenir, et plus aucune violette n'a jamais poussée en Féerie depuis mon départ.
- Veux tu dire, mère, que ta folie incontrôlable, créée d'amour, d'amour perdu, à lâché dans le monde cette chimère détestable ? Ce montre qui rend aveugle l'âme, qui prône la convenance en règle, qui refuse l'inconnu, détruit l'amour et le partage ? Veux tu dire, mère, que c'est toi qui sépara les hommes dans des races, dans des choix qu'ils ne font pas ? Veux tu dire, mère, que tu as salis nos terres et semé le tourment dans le cÅ?ur des humains à Jamais ?
- Oui ma fille. Et aujourd'hui le remord ne me ronge plus. Il m'a déjà dévorée tout entière. Ne me vois-tu donc ? Je suis vieille, laide, et je ne peux cacher sous le faible glamour qu'il me reste les ravages de ce venin sur mon visage. J'étais solaire, lumineuse, éclatante, me voici aujourd'hui fanée, érodée comme calcaire. Presque morte, sans pouvoir mourir.
- Alors je partirai, mère. Je quitterai ce monde et m'arracherai à cette souillure que vous avez portée à bas. J'irai dans les Cours de crépuscule, car tâchée par votre folie, je ne sais si la lumière pourra faire de moi une Dame Dryade. Et je lutterai, toute l'éternité que m'offrira ma vie de fée, pour trouver moyen d'échange. Pour avancer mon pion sur l'échiquier, Moi qui ai souffert par saphisme, sans relâche, pas avant que mes chairs ne s'effondrent, je chercherai comment briser vos mals et répandre lumière pour faire reculer les ténèbres dans lesquels vous avez plongé le monde. Honte à moi, d'avoir souffert pour les pêchés de ma mère, et honte à vous, d'avoir ensemencé le monde de votre perfide engeance.
- J'accepte donc ma fille. Et te libère de toute responsabilité quant à mes fautes, sois en sure. Pars le cÅ?ur léger, Emeryn, et n'oublie pas que mon corps vidé, arraché, n'a pu tenir debout que par toi, ma fille. A jamais, car les voyages pour Féerie sont éternels, et les adieux dérisoires.
- A jamais, mère impie. Sacrilège et blasphème porté au monde en un seul corps. Ne verse pas de larmes, car ma colère s'apaisera avec le temps. Voila que mon esprit s'embue que je ne sais point où je vais, ni qui je serai. Je change mon choix, car de nouveaux dessins s'échouent sur la grève de mes pensées. Je n'irai point en Féerie, et c'est ma place que je te laisse, car les serments solennels le permettent. L'exil que tu croyais sans retour ne l'est pas, et je peux obliger, de par ma volonté de printanière, n'importe qui à franchir le Seuil à ma place. Va, ma mère, je le veux, et pense à ta fille, restée au monde pour avancer tête haute parmi les siens, pour faire reculer ce qui ne fut que le fruit d'un amour blessé. Tâche d'être pardonnée, et de redevenir une dame, même si tes yeux, j'en fais le serment, resteront de la couleur des violettes, pour montrer à tous ce que le désespoir de l'amour peut engendrer.
A jamais, ma mère.
samedi 4 novembre 2006
Par Adrail, samedi 4 novembre 2006 à 22:51 :: Labyrinthe des mots
mercredi 1 novembre 2006
Par Adrail, mercredi 1 novembre 2006 à 20:44 :: Labyrinthe des mots

- Sais tu, bien aimé, que cet homme étendu là , les entrailles en linceul, éclaté comme un fruit trop mûr, prévoyait de se marier ? Sa femme a accouché il y a bientôt 1 mois. Qu'il est drôle de voir comme ils sont si peu sûrs de leur présent, mais confiant en leurs futurs, ignorant tous les possibles qui se dressent autour d'eux.
Et tandis qu'il lâchait ces mots, muets aux oreilles des humains, un geste nonchalant de la main montrant la carcasse morcelée d'un homme, il planta ses yeux d'automne, sombres mais tissés de lumières dans ceux, brouillée de larmes, de son promis.
- Ne sera tu jamais las de leurs malheurs, toi qui les arrache et les délie de leurs vies ? Toi qui a vu leurs premiers pas et leurs premières erreurs, leurs premières guerres et batailles, toi qui ferait pâlir ceux qu'ils nomment leurs historiens, alors que tu es le gardien de leur savoirs, de leurs secrets, de leurs possibles ?
- Et toi, Bien aimé, quand cessera tu jamais de les pleurer ? Il me semble qu'alors, ce jour, je pourrai me défaire de l'aimable curiosité qui me pousse à les avaler, à les vouloir. On t'appelle Le Larmeur, celui qu'ils ont tissés de leurs espoirs, tout comme ils m'ont créé par leurs craintes. Ton visage est de marbre, il se plante face au vent de leurs peines et ne cille plus. Seules ces larmes éternelles, ton fardeau, continuent de rouler sur tes joues, de déborder tes yeux, d'empourprer tes lèvres. Tu sais tout cela, bien sur. Tout comme tu sais que je suis leur ange, et que mon admiration pour leurs vécus, et non leurs malheurs, comme tu le prétend, ne cessera qu'avec la disparition de mon propre fardeau.
Il pointa le pendentif accroché à sa chaîne. Il sembla alors que cet objet, ce minuscule bijou, pesait le poids du monde. Il émanait de cette pièce d'argent pur, modelée par les esprits des hommes, une densité extrême. Il donna un petit coup sur la minuscule faux en argent, et le son qui en sortit fit vibrer toute la rue. Un son lourd, pesant, dense, étouffant comme une éternité.
Puis, d'un geste gracile, il s'approcha du visage baigné de larmes amères qui lui faisait face, et déposa un baiser lent sur les lèvres humides. Repoussant une mèche de ses cheveux, il murmura quelques mots avant de s'évanouir dans l'air. Des mots qui, si l'on tentait de les traduire dans nos langues, qui ne savent rien de ces êtres immortels, pourrait ressembler à : Nous n'aurons rien de plus, encore.
Le Larmeur rabattit les pans de son manteau brun et baissa la tête. Ce faisant, quelques longues mèches noires ondulèrent et glissèrent devant son visage. Si l'on ne pouvait plus discerner les lacs bleus profonds de ses yeux, les traînées lacrymales paraissaient encore. Il resta là , tête basse, jusqu'à la tombée du jour. Il vit passer les ambulances, les passants avides et curieux, venus faire pétiller leurs yeux de la couleur rouge de l'asphalte. Il vit les proches, abrutis de douleur, se recueillir sur le lieu qu'ils allaient passer leur vie à maudire. Il pleura pour eux. Il pleura pour la peine qui vint s'incruster dans les cÅ?urs, comme cristallisée par le froid de l'hiver, éclatant en une infinité d'échardes meurtrières. Il vit, sans bouger, immobile, statique, les répercussions du drame. Les enterrement, les familles éclatées, les vies bouleversées, les projets et les espoirs raturés rageusement. Il ne discerna plus que le noir du néant, du vide. La grisaille de la tristesse.
Mais aucun grimace ne tordait son visage. Aucun masque de souffrance ne vint s'inscrire sur ses traits, même lorsqu'il s'agenouilla et ramassa un morceau de verre coloré par le sang des victimes. Et si sa tâche était de pleurer, d'être la mémoire des douleurs humaines, de ne jamais oublier la dureté de la perte, la honte du crime, l'horreur de l'accident, à ce moment, il aurait tout donné pour savoir que cette pointe de verre aurait pu l'entailler, et faire couler son sang. Pour briser son rang, briser son être, et ne plus avoir à tourner sur le carrousel sans fin qu'était son devoir.
Rien ne vint. Pas plus que toutes les fois où il avait voulu croire, espérer à une douce libération. Rien de plus que le souffle gris de l'aube et la rosée du matin. Il marcha encore, des visages baignés de larmes hantant ses pensées, et cracha entre ses lèvres qu'il maudissait la mémoire des humains.
D'autres jours vinrent, et d'autres rencontres entre la Mort et le Larmeur, entre les garants des mémoires humaines. L'un né de leurs peurs, l'autre de leurs espoirs. De la peur de disparaître, et de l'espoir de ne jamais être vraiment oublié, et toujours pleuré. A jamais.
Puis, un jour, alors que le soleil venait de poindre à l'horizon, et qu'une jeune femme venait de se jeter d'un pont, tâche immaculée dans le lit de la rivière asséchée, ils se retrouvèrent encore. L'un déchiré de douleur et de peine, l'autre émerveillé de la vie des hommes. Et on ne saurait dire si le vent l'avait voulu, ou si l'esprit des hommes était prêt, mais une goutte, une unique larme se déposant dans le cou du promis parvint à briser la chaîne qui retenait une petite faux d'argent, qui tombant à terre, s'effrita comme poussière. Alors, relevant la tête, le Larmeur n'eut plus de larmes, et ses yeux purent s'ouvrir en grand, de surprise.
D'aucuns racontent que ce jour, les hurlements des corbeaux parlaient de cassure dans l'ordre du monde, de chaos, et peut-être même, dit-on, d'un amour éternel.