lundi 27 novembre 2006

Marvellous Pills






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mardi 21 novembre 2006

Les liaisons dangereuses. [ Deep Inside ]








J'aime à m'étonner du peu de choses que nous sommes aussi souvent que mon ego le permet. Argument fallacieux, c'est un peu délétère, mais la piqûre finit toujours par se montrer moins cuisante une fois la leçon apprise. Ou entrevue. Et si je ris de notre insignifiance surannée, à l'heure où l'homme est grand et où les philosophes de tout poils se sont tus, malgré leur arrogance, je réalise nos capacités d'adaptation. L'humain comme animal, ou l'animal travestit en humain, nous sommes des métamorphes, des jongleurs de rôles et de places. Au prix de notre survie, c'est ce que l'on apprend par la vie. Si nous nous laissions dépérir, comme des îlots rongés de concupiscence à l'égard de ce que nous n'avons plus, il est facile de parier sur notre perte, à tous.
Comme toute chose à bien fait de se développer et de se mûrir, tout art mérite que l'on exerce, dit-on, et c'est bien vrai quant aux efforts que nous devons déployer pour réussir notre intégration, qui nous apparaissent, une fois apaisée la douleur et la peine, comme des entraînements. A quoi ? Mais à la survie, bien sur. Que gagnerions nous à nous laisse couler, sans vouloir passer la tête au dessus des flots pour arracher au ciel la bouffée d'air qui nous montrera que non, pas encore. Pas encore morts, même si on l'aurait souhaité de toute âme. L'abandon. L'oubli, aussi doux soit-il. La Dame qui agence nos morts claque alors trois fois de sa langue âpre et râpeuse pour nous rappeler son pouvoir de nature. Il lui revient la décision de faire et contrefaire nos destins. Pas encore, pas encore. La leçon n'a pas finit d'être apprise. Se lever, ou se relever, donc. Puisqu'on nous arrache le choix, et qu'il en sera ainsi, quoi que l'on veuille. Se contempler dans le miroir encore, et voir, les années passantes, nos carcasses s'affaisser et se creuser, l'expérience se lier au traits, et la vie ronger ce qui de droit, lui appartient, puisqu'elle l'a enfanté. Voir l'amour s'en aller, passer son chemin, et nos précieux souvenirs n'être plus que souvenirs, défaits de toute vérité. Vivre dans son passé. Avons d'autres choix, quand on y pense, que de nous voir réduits à ces extrémités ? Des questions auxquelles je ne peux pas répondre, grand bien m'en fasse.
Un angle à changer, peut-être. Avoir la certitude enivrante que de poussière, nous retournerons à poussière, pour vivre une autre genèse, dans un ailleurs. Si ailleurs il y a. S'émécher des premiers cheveux grisonnants de la sagesse, tout en sachant que jusqu'à notre mort, nous lutterons, comme nous avons lutté pour cadrer nos esprits, pour en trouver l'utilité juste. Connaître le néant, et s'endormir dans le satin couvrant ses bras. Se sentir réduire, revenir à l'originel, et notre fil devenir plus fin, plus juste, plus essentiel.
Plus essentiel.



« Alors nous voilà seuls,
Cancer, mon amour�»

dimanche 19 novembre 2006

Mythophormae


En vain. Oublies ce que tu crois, papillon. Ce sont mes doigts qui courent, qui courent et qui s'affolent. Qui se déplient comme des rayons de soleil, aussi. C'est un peu ça, cette chose que je n'arrive pas bien à expliquer. Une sorte de symphonie d'automate, qui nous fait courir, courir, puis nous allonger pour reprendre haleine. Des portées, des blancs. Des blanches, rondes et vides, accompagnées de silence, puis des noires, et la course frénétique des croches. La façon dont nous courrons dans les rues, doubles croches galopantes au travers d'une mélodie sans nom, la mélodie des villes. Je vais peut-être arrêter de penser que les villes sont des endroits morts. Des ventres béants qui vomissent des vies et des misères, à ne plus savoir où les déverser. Peut-être que mon oreille n'était pas faite, et pourtant d'aucuns pourraient dire que j'entends bien. Alors j'étais sourd, est-ce cela ? Sourd et délité, étiolé, attendant patiemment que les morceaux de moi me reviennent. Que les lignes de la partition se refondent, que la clé s'annonce, en grande coordinatrice des sons. Il n'est jamais rien d'autre que des questions de clés. Après avoir appris de dure guerre à délaisser les sons discordants et à tendre à la justesse, il nous faut lutter encore pour chercher la clé qui nous convient. Je ne vous demanderai pas si vous êtes plutôt La ou Sol, car après tout quel importance ? Il convient que notre note, comme notre vrai nom, reste connu de nous seuls. Et si je connaissais déjà mon nom, que l'on m'a soufflé entre des vapeurs d'origan et des odeurs de cannelle, sous une neige collante et moutonneuse, je ne connaissais point ma clé. Et si mon esprit ne m'abuse pas, car vous savez comme il est farceur, j'avancerai peut-être encore, targuant mes notes et mes accords face à ceux qui sont définitivement morts. De ceux-ci, je ne veux point parler, car il est vrai qu'ils peuvent ternir nos vies, éclater nos yeux et faire saigner nos mains. Peu importe tout cela. Laissons les de côtés. Ici, en rebord de ce chemin qui nous serpente.

Revenons en aux villes. Grandes, majestueuses, luminescentes, et qui peut dire si dans toute notre humanité, nous qui cherchons tant à nous créer un égal, nous n'avons pas créé ces monstres de fers, ces berceaux de pensées ? Regardez les, ces métropoles, immenses, ignobles et si élégantes, parées de couleurs et de bruits. Perdez vos yeux dans leurs vitrines alléchantes, dans leurs éclairages féeriques. N'est-ce pas vous, que vous retrouvez dans cette petite boutique au coin de la rue ? N'est-ce pas votre propre dépeuplement qui point sur le visage de ce vieillard ? Et dans ces enfants qui s'agitent, ne voyez vous pas votre insouciance ? Et à ceux qui ont fait vie de la magie, ne sentez vous pas tous ces courants, tous ces souffles qui vous parlent, vous prenant au ventre avec leur force de murmures ? On tourne la tête pour ne rien voir, on s'enferme dans son baladeur pour ne rien entendre, et on clos son nez en relevant son écharpe pour être sauf. Aveuglement. Sottises. Foutaises. C'est aussi vain que de se crever les yeux, et, tel un Van Gogh ivre d'amertume, de trancher ses deux oreilles. Si nous cherchons un reflet de l'humain, c'est ici qu'il faut aller le trouver. C'est ici, que muni de son pinceau, il faut repeindre les murs, arracher le morose, chasser le désespoir. Là , et là seulement, insuffler la patience, le discernement, et toutes ces valeurs au nom desquelles nous serions prêts à mourir. S'éclater en morceaux, et les donner à bras ouverts, car c'est ainsi qu'on se fait. Qu'on se construit.

Maintenant, je n'ai plus tant de temps. Ni tant de regrets. Je commence à comprendre les accords, à cerner les harmoniques, à voir du coin de l'Å?il tous les fils, même les plus petits et cristallins. Et de bon droit, n'est-ce pas ce que je cherche depuis toujours ? Percer les mystères, délier les langues des secrets, arriver à comprendre.

Des milliers restent à dire et des milliards à trouver.

Quelle importance alors ?

Mythophormae
De la forme des mythes





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dimanche 12 novembre 2006

You fucking Dreamer - He said.



They said "WAKE UP YOU FUCKING DREAMER"...







jeudi 9 novembre 2006

Mystic Square







J'en vois des qui s'donnent, donnent des bijoux
dans le cou
c'est beau mais quand même
ce ne sont que des cailloux

des pierres qui vous roulent, roulent
et qui vous coulent
sur les joues
j'aime mieux que tu m'aimes
sans dépenser des sous



moi je m'en moque
j'envoie valser
les truc en toc
les cages dorées
toi quand tu m'serres très fort
c'est comme un trésor
et ça
et ça vaut de l'or



j'en vois des qui s'lancent des regards
et des fleurs
puis qui s'laissent quelque part
ou ailleurs
entre les roses et les choux
j'en connais des tas qui feraient mieux de s'aimer un peu
un peu comme nous
qui nous aimons beaucoup



et d'envoyer
ailleurs
valser
les bagues et les
cÅ?urs
en collier
car quand on s'aime très fort
c'est comme un trésor
et ça
et ça vaut de l'or



moi pour toujours
j'envoie valser
les preuves d'amour
en or plaqué
puisque tu m'serres très fort
c'est là mon trésor
c'est toi
toi qui vaut de l'or



Je ne sais pas vraiment de quoi sera fait mon chemin. Je ne connais ni les intersections qui me rendront indécis, ni les bosses qui me chahuteront, ni les cahots qui m'enverront voir à droite, puis à gauche. Ma vie sera comme une valse. Elle rebondira, toujours, et même si je ne comble pas toutes les attentes des gens qui m'ont vu grandir, ni même tous mes rêves, je sais que je vivrai, coûte que coûte. C'est comme des certitudes qui se recoupent, des regards de lune et des mots soufflés langoureusement par le vent. On m'a dit que j'étais un rêveur. Je crois. Ca n'est pas tout les jours facile de vivre autant dans sa tête que dans le monde qui nous entoure. Mais jamais, jamais je ne cesserai de rêver, et je valserai dans un horizon d'étoiles. Et si j'aime à dire que ceux qui couperont mes ailes, en riant, ne sont pas encore nés, j'ai la certitude, chuchotée dans ma tête, qu'ils ne naîtront jamais. Un, deux, trois. Trois pas de côtés, et avancer. Ma vie est une valse, un rythme par trois. Et même si souvent elle me grise, si souvent j'ai envie de la lâcher, cette valse entêtante, pour aller m'allonger sur une rive, elle me rattrape toujours. Et je repars, dans de nouveaux pas, dans de nouveaux costumes. Je fais des concessions, je me coupe en deux, mais jamais des barreaux ne m'ont empêchés de danser, jamais. Je sais baisser la tête, je sais courber mon échine jusqu'à presque la casser, mais je garde mes croyances, mes avis, mes erreurs et mes bulles d'art, comme des amulettes de chance. Je sais sourire dans la tempête. Je sais chanter dans le silence. Je sais me jeter, dans le vide, quitte à sauter dans un gouffre de néant. Je n'ai pas tellement peur, au fond. Je sais que ces voix ne me quitteront pas, et quant bien même elles se feraient si faibles que je ne les entendrai plus, parfois, elles guident mes pas, elles font naître mes chimères et mes fantasmes. Je ne vendrai pas ma vie. Elle est insaisissable. J'envoie valser.


Freezing Breathe.







Au fond d'un bois reculé, une petite chaumière se dresse, lézardée par les âges, et pourtant elle paraît inébranlable, comme taillée dans la structure même du temps. Une seule fenêtre brise la monotonie grise de la façade, en vieille et noire pierre volcanique. On peut parfois entendre un raclement de gorge, ou un rire, épais et gras, les deux sourds et graves, comme s'ils arrêtaient le temps. Une ombre aux reflets dorés rode depuis plusieurs jours, et le froid resserre son étau létal sur elle. Elle se décide à s'approcher de la porte. Mais avant qu'elle ne toque à la porte, trois coups, comme il est de convenance en ces terres�


Entre. Crois-tu vraiment que je ne t'ai pas entendu venir? Que je n'ai pas sentis ton air, si précieux et fin soit-il? Es-tu si sure de ton pouvoir, ma soeur? Voilà 7 jours que tu erres aux abords de ma demeure, sache qu'ici, rien n'échappe à ma vue. Ne pense pas à ces épaisses binocles qui pendent, soutenues par un cordon de lin autour de mon cou. Tu sais très bien de quelle vue il s'agit, ne feins pas de te méprendre, bien que mes sens soient usés et cornés par le temps, mon esprit a gardé sa vigueur. Entre donc, te dis-je. Et ne revêt pas ce masque d'étonnement. Tu me connais encore un peu, Bride.

Alors nous y sommes. Suspend ton long manteau de toile grise, qui suinte encore de pluie, emperlée dans l'étoffe. Ah oui, excuse moi. Voici un porte manteau, jette donc un oeil derrière le long rideau de velours noir qui calfeutre ma grande fenêtre. Sais-tu que je me suis osée à l'entr'ouvrir, il y a peu de temps? Ce que j'y ai vu ne m'a pas enchantée, mais le sablier d'airain, posé sur la cheminée, n'a pas encore étendu sa lueur blanche dans l'âtre. La cendre ne s'est pas envolée jusqu'à venir gratter mon nez, mais si tu es là , c'est bien que je ne puis plus compter sur sa ponctualité autrefois infaillible. Que veux tu, ils nous croient tous immuables, dans leurs villes de fer, mais si en apparence, nous le sommes, il n'en est rien de nos chaumières, et de ce qu'elles contiennent. Assis-toi donc près du feu, ta tisane sera bientôt prête. J'ai consentis à l'allumer pour réchauffer tes os gelés, mais rassures toi, ce ne sera plus jamais le cas, la froidure des jours me va mieux au teint, ne crois-tu pas? La chaleur pourrait chasser le gris bleuté de ma peau crevassée et ridée, et pour un peu, elle pourrait se parer, avec ce maudis feu, du même et détestable teint de pêche que la tienne. Esprit de printemps.

La tisane est prête. Sers nous donc deux tasses, ma soeur. Ne force pas mes vieilles chair de nouveaux mouvements, mes rhumatismes ont déjà hurlés lorsque j'ai du me tourner pour te sentir arriver. Ah. Oui. Deux verres, excuse moi. Ils sont là , sur la table. Tu te réchauffes un peu, hein? Je n'ai pas encore préparé mes affaires. Ne prend pas cet air désolé. L'humanité se passera de moi quelques minutes encore, le temps que je prépare mon voyage. Je sais, je sais, Bride. Leur temps n'est pas le même que le nôtre. Ils ne cracheront pas sur cette mi-saison offerte, ne crois-tu pas? Quelques semaines, tout au plus. J'ai presque appris à convertir notre temps avec le leur. Ah, ah, et ils s'imaginent qu'ils peuvent expliquer les climats déréglés par leur pollution pour laquelle ils se déchirent. Crétins humains. Je me fais de plus en plus vieille, voilà tout. Viendra bien un jour où je n'aurai plus envie d'aller accomplir ma tâche sur leurs terres. Il n'y a que cette bonne vieille Ecosse, râpeuse et pleine de roches qui me plaise.

Alors, jeune soeur, qu'as tu vu de neuf, et de changé? Rien, comme à ton habitude. Leurs tours se sont faites plus hautes, et ils s'affolent que leur soleil brille de plus en plus fort. Tu deviens femme, ma soeur, voilà tout. Il te faudra penser à te dégotter un prince, bientôt. Je sais, aucun de leur race n'est assez noble pour t'ensemencer. J'ai pourtant bien du en trouver un, et ma mère avant moi. Hâte toi d'assurer le renouveau de ma tâche, si je les privais d'hivers durant plusieurs années consécutives, ils seraient capable de se faire la guerre. Lâches et stupides bestioles, il fut un temps où ils étaient forts et vigoureux, mes anciennes vies l'ont vu. Ainsi se trouver un mâle n'était pas difficile, et il advenait même que nous nous y attachions. Les rois humains étaient alors nobles et puissants. Vois ce qu'ils sont devenus ma soeur. Que dis tu? Certains le sont encore? Peut-être, peut-être, en tout cas, aucun ne renierait ta beauté, soeur. Tu es aussi belle que ta fille sera laide, comme moi, ne connaissant ni printemps, ni été, ni automne. Unique et froide porteuse d'hiver, crevassée et ravinée comme le sont les glaciers. Et au bout d'un hiver, je reviendrai, tu perdra ta fille et retrouvera ta véritable mère. Il ne me suffira que d'un corps. Et lorsque tu te flétriras, alors, les derniers de tes charmes devront servir à la fabrication d'une autre fille, pour accueillir à nouveau ta radiance et ta lumière, Bride.

Mais il nous reste encore quelques temps, et je me plais à discuter avec toi. Raconte moi, ma soeur, encore, tes visites. Conte moi les endroits où tu as répandu le printemps, puis semé l'été. Raconte moi encore l'or des épis de blé, les rayons de l'astre dans les feuilles des pommiers, la chaleur des vergers, moi qui ne connait que Grianan et sa lumière blanchâtre. Pose ta couronne de feuille, et veille à nourrir le feu en mon absence, où tu mourras de froid, ma soeur. Et tu sais bien que cela ne peut arriver. A présent, je vais m'affairer. Et ne pas faire attendre ces pauvres oublieux de nos légendes et de nos sortilèges. Mon bâton de gel est là posé, près de la lourde porte en frêne.


A bientôt, ma soeur.
L'hiver m'appelle.

Pense à ta vieille Cailleach, qui s'en va geler les terres du monde des hommes. Crois moi, j'ai préparé mes légions de givre, de froid et de gel. Et mes flocons cristallins, pour les fils amoureux de l'hiver.



mardi 7 novembre 2006

Uros et Saphos.










- Emeryn, Emeryn, reviens. Ne te perds pas dans les danses des fées, ma fille. Tu sais pourtant que les royaumes de féeries ne peuvent m'accueillir, moi qui ai péché, moi qui ne suis plus pure. Reviens, Emeryn.


- Pourquoi ma mère, pourquoi ne puis-je rester ici ? Dans les Cours de Lumières, d'Ombre ou de Crépuscule, là où se tissent les vies des nobles et des fées immortelles. Pourquoi ne puis-je, mère ? Rester et m'étrangler encore de bonheur aux délicats et colorés habits des fées, à leur démarche fière, à tous leurs arts. Car mère, ce sont des artistes. Tous plus beaux les uns que les autres. Ici, une dryade aux longs cheveux blonds qui joue de la harpe, là , un groupe d'unseelies, sombres et ténébreux, figés dans ces positions de raffinement et de finesse, atteints par la grâce d'un poème. Mère, m'arracher à tant de beauté, moi qui sent, loin, en moi, mes racines, mon sang de fée qui devient braise, ou lave, et qui rue à l'intérieur pour se répandre dans mes veines. Mère, pourquoi renier cette nature ?


- Tu le sais pourtant, mon enfant. Tu sais de quel châtiment je suis victime, tu sais quel est le destin que l'on me laisse. Tu sais par quelles sombres actions je me suis privée moi-même de lumière, que les lys de mon jardin ont fanés, et que ne pousse désormais sous mes pas que des violettes, fleurs de prison. Moi qui fut jadis une de leur parente.


- Je sais cela mère, et entendre à nouveau votre voix tremblante et voir vos yeux s'embuer et perler me rend triste. Comme j'aimerai revenir dans le monde des hommes d'où vous m'appelez pour vous serrer contre moi. Mais vous savez bien, Hen Nyma, ma mère, que j'ai atteins mes 17 printemps. Et que comme tous ceux, mi fée, mi homme, qui ont atteint cet âge sacré, je peux choisir du monde auquel j'appartiendrai. Je peux vouloir vivre parmi les fées, m'éblouir de lumière ou d'ombre parmi elles, ou me contenter de la pâleur des humains. De votre propre pâleur. Alors dites moi, mère, vous qui n'êtes plus que l'ombre d'une Dame Fée, vous que le temps à cabossé, à fait couler, à ridé et enlaidie, ternis vos yeux, grisé vos cheveux, dites moi donc pour quel forfait fûtes vous maudite, exilée de ses royaumes et enfermée chez les hommes, condamnée à un amant humain, et à une fille déchirée entre deux univers.


- Ecoute, ma fille, le récit d'un bannissement sans retour. Ecoute et juge, si ton cÅ?ur s'en sent capable, sans faillir, les raisons pour lesquelles seules ces fleurs détestables, les violettes, ne peuvent encadrer mes pas. J'étais une fée, une dryade, comme tes grands yeux en amande verts et tes cheveux d'une blondeur indécente peuvent en témoigner. Vois comme ils brillent, et pourtant, tu n'es pas au mitant de ton été, mais bien à ton printemps, et quand, par sapience, viendront s'ajouter à ton visage les premiers signes de temps, ta beauté éblouira alentours, et tu sera Dame, comme je le fus. Dans mes pas aussi, on pouvait lire l'art, la beauté, la distinction et la folie. Pourtant, un jour, mon cÅ?ur se voila. Tu connais déjà , malgré ton jeune âge, les ravages d'un amour trompé. Sache bien, mon enfant, que jamais ton âme ne sera à l'abri de ces blessures là . Alors j'ai abusé de mes dons de fées. J'ai cherché sans relâche comment me venger, comment blesser, et détruire ce seigneur unseelie, qui, son cÅ?ur soupirant pour un autre homme, me laissa, au milieu de mon jardin de lys. Comme salie par son uranisme, chose m'étant alors inconnue, de surprise, et de rage, j'ai arraché toutes mes fleurs, et parcourus tous les royaumes de féeries, tantôt corneille, tantôt pie, pour briser les tiges de ces fleurs, vestiges de notre amour emporté. Il arriva que je m'écorche, et que mon sang, un sang de fée, un sang noir, coule et éclabousse le sol où poussèrent jadis les lys immaculés. Par ce sang, par le mélange du noir de mon sang, du blanc des lys, et de l'ocre de la terre naquirent les premières violettes. Et mes robes se tintèrent de ce moirage, presque noir, secoué de pourpre et de violet sombre. Je ne fus plus qu'une ombre. Car sache, ma fille, que jamais une dryade ne devient une Dame Unseelie. On dit que cela arriva par le passé, mais il s'agit d'épreuves et de sortilèges trop puissants, même pour des fées, pour faire cas. Lorsque le cÅ?ur d'une dryade se salit, elle porte au monde un malheur. Et l'on dit, que de toutes, je ne fus pas la plus létale, car l'on chuchote encore les craintes des ravages causés par ton ancêtre, Pandora. Au monde des fées, j'apportai un péché. Inévitable et ravageur, le péché d'intolérance se répandit. Il ferma mes yeux, étourdit mon cÅ?ur à jamais. Et je tuai, et chassai la différence, jusqu'à être chassée du monde des fées, envoyées dans le monde humain, là où s'échoue tout mal. Prisonnière, je ne puis à jamais revenir, et plus aucune violette n'a jamais poussée en Féerie depuis mon départ.


- Veux tu dire, mère, que ta folie incontrôlable, créée d'amour, d'amour perdu, à lâché dans le monde cette chimère détestable ? Ce montre qui rend aveugle l'âme, qui prône la convenance en règle, qui refuse l'inconnu, détruit l'amour et le partage ? Veux tu dire, mère, que c'est toi qui sépara les hommes dans des races, dans des choix qu'ils ne font pas ? Veux tu dire, mère, que tu as salis nos terres et semé le tourment dans le cÅ?ur des humains à Jamais ?


- Oui ma fille. Et aujourd'hui le remord ne me ronge plus. Il m'a déjà dévorée tout entière. Ne me vois-tu donc ? Je suis vieille, laide, et je ne peux cacher sous le faible glamour qu'il me reste les ravages de ce venin sur mon visage. J'étais solaire, lumineuse, éclatante, me voici aujourd'hui fanée, érodée comme calcaire. Presque morte, sans pouvoir mourir.


- Alors je partirai, mère. Je quitterai ce monde et m'arracherai à cette souillure que vous avez portée à bas. J'irai dans les Cours de crépuscule, car tâchée par votre folie, je ne sais si la lumière pourra faire de moi une Dame Dryade. Et je lutterai, toute l'éternité que m'offrira ma vie de fée, pour trouver moyen d'échange. Pour avancer mon pion sur l'échiquier, Moi qui ai souffert par saphisme, sans relâche, pas avant que mes chairs ne s'effondrent, je chercherai comment briser vos mals et répandre lumière pour faire reculer les ténèbres dans lesquels vous avez plongé le monde. Honte à moi, d'avoir souffert pour les pêchés de ma mère, et honte à vous, d'avoir ensemencé le monde de votre perfide engeance.


- J'accepte donc ma fille. Et te libère de toute responsabilité quant à mes fautes, sois en sure. Pars le cÅ?ur léger, Emeryn, et n'oublie pas que mon corps vidé, arraché, n'a pu tenir debout que par toi, ma fille. A jamais, car les voyages pour Féerie sont éternels, et les adieux dérisoires.


- A jamais, mère impie. Sacrilège et blasphème porté au monde en un seul corps. Ne verse pas de larmes, car ma colère s'apaisera avec le temps. Voila que mon esprit s'embue que je ne sais point où je vais, ni qui je serai. Je change mon choix, car de nouveaux dessins s'échouent sur la grève de mes pensées. Je n'irai point en Féerie, et c'est ma place que je te laisse, car les serments solennels le permettent. L'exil que tu croyais sans retour ne l'est pas, et je peux obliger, de par ma volonté de printanière, n'importe qui à franchir le Seuil à ma place. Va, ma mère, je le veux, et pense à ta fille, restée au monde pour avancer tête haute parmi les siens, pour faire reculer ce qui ne fut que le fruit d'un amour blessé. Tâche d'être pardonnée, et de redevenir une dame, même si tes yeux, j'en fais le serment, resteront de la couleur des violettes, pour montrer à tous ce que le désespoir de l'amour peut engendrer.



A jamais, ma mère.



Uranisme : Homosexualité masculine
Saphisme : Homosexualité féminine



Les gens qui auraient besoin de lire ces mots pour comprendre mon message ne les liront jamais. Et les gens qui liront ces mots n'auront a coup sur aucunement besoin de les lires pour en retirer quelconques leçons qu'ils possèdent déjà .
Quant à ceux qui m'on récemment prouvés qu'ils auraient grand besoin de ces lignes, il me semble qu'il sont déjà punis, et que ma nuit a été courte, trés courte, tellement j'aurai voulu faire riper les âmes plus longtemps sur mes griffes.

L'ardente est rassasiée pour un moment.



Qui a peur du grand méchant loup, méchant loup, méchant loup...
Qui a peur...


samedi 4 novembre 2006

En fermant les yeux.



Tandis qu'entre nous s'emballait l'équilibre...
Plus jamais tranquilles.







A Samhain est mort tout ce qui devait s'éteindre.

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mercredi 1 novembre 2006

I believe the dreams are sacred.






Les gouttes s'envolèrent, cascade suspendue en l'air, terrifiantes projectiles liquides. Autour de lui, tous s'écartèrent, apeurés par cette soudaine pluie, où l'eau, cristalline et diaphane, emportait dans ses sillons les particules de boues envolées. Mais il ne cilla pas. Et il semblait alors, pour celui qui aurait su regarder de plus près, ou de l'angle qui vrille les masques et transperce la réalité, fade et grise, qu'il était un pilier du monde. Droit et fier, ses longs cheveux noirs ondulant comme nombre de serpents dans son dos, pour finir leur course au creux de ses reins, le menton comme un arc d'arrogance, et les yeux brillants de larmes. Des larmes qui se mêlèrent à la boue qui vint éclabousser son visage, laissant des chemins presque noirs sur ses joues blanches.

La voiture finit par s'encastrer dans la devanture d'un commerce, et sous la force du choc, le froissement des tôles fut un horrible grincement. Deux corbeaux s'envolèrent d'un poteau électriques, leur forfait accomplis, éternels accompagnateurs des morts, frères des déchirures et des peines. Les cadavres déchirés des passants fauchés par l'automobile teintaient la scène de rouge écarlate, et les flaques devinrent des rivières sanglantes. La scène fut si rapide que seule l'onde d'effroi qui balaya les spectateur et le bruit fracassant furent vite les seuls vestiges de l'accident, parjure à la routine citadine, raison de la montagne de métal recroquevillées sur elle même et des corps, éparpillés, rougeoyants, comme des charbons ardents crépitants sous la pluie.

Il n'eut pas de cri, pas plus que de nouvelles larmes ne vinrent s'ajouter à celles brouillant son visage d'albâtre et ses pommettes rougies par le froid. Sa bouche s'entrouvrit à peine, laissant s'échapper un filet de buée, vite ravalé. Ses yeux ne se durcirent pas plus, et son cÅ?ur ne soupira pas, emporté par un courant d'empathie. Il resta, figé, aussi dur que l'obsidienne, pas plus libéré par ses larmes qu'il ne l'aurait été par la brisure d'un serment. Il attendit, patiemment, que s'avance, fendant la foule, la silhouette qu'il attendait tant. Le temps vrilla sur son axe, et une légère secousse secoua le monde, comme à chaque fois que son arrivée déchirait le voile du monde humain. Ces derniers, bien trop empêtrés dans leurs peurs, n'eurent de soucis que de plaindre les monticules de chairs qui, quelques secondes plus tôt, étaient encore leurs égaux, vivant et vibrant de leurs soucis quotidiens. Hurlait dans leur poitrine la peur de la mort, de l'effacement définitif de leur être, redouté et banni de leurs pensées.

Comme à chaque fois, il n'entendit pas plus ses pas que le frôlement de ses vêtements. Seulement son rire, tintant dans le froid du matin. Le seul signe d'impatience trahissant son air placide fut la lueur profonde dans ses yeux, une lueur qui parlait de manque et de passion. Puis il le vit. Avançant, félin et mouvant dans la foule humaine qui tournait à présent comme un manège ralentis. Son long manteau jeté sur ses épaules, aussi noir que la nuit, découvrant un col roulé entouré d'une unique chaîne à laquelle pendant un petit bijou en argent, brillant de tous ses feux. Mais rien n'égalait l'éclat moqueur de ses yeux, amusés comme toujours de la fourmilière humaine, se noyant dans leurs chagrins, leurs jalousies, leurs intrigues et leurs joies éphémères, il tourna sur lui même, observant la scène. Le crépuscule se lisait dans la couleur de ses cheveux, qui comme une parure précieuse, étaient une cascade brune aux reflets mordorés dans son dos. Il tourna encore, observant, traquant le moindre détail, le moindre fil de vie qui pouvait lui donner à boire la trame des vies humaines.



- Sais tu, bien aimé, que cet homme étendu là , les entrailles en linceul, éclaté comme un fruit trop mûr, prévoyait de se marier ? Sa femme a accouché il y a bientôt 1 mois. Qu'il est drôle de voir comme ils sont si peu sûrs de leur présent, mais confiant en leurs futurs, ignorant tous les possibles qui se dressent autour d'eux.


Et tandis qu'il lâchait ces mots, muets aux oreilles des humains, un geste nonchalant de la main montrant la carcasse morcelée d'un homme, il planta ses yeux d'automne, sombres mais tissés de lumières dans ceux, brouillée de larmes, de son promis.



- Ne sera tu jamais las de leurs malheurs, toi qui les arrache et les délie de leurs vies ? Toi qui a vu leurs premiers pas et leurs premières erreurs, leurs premières guerres et batailles, toi qui ferait pâlir ceux qu'ils nomment leurs historiens, alors que tu es le gardien de leur savoirs, de leurs secrets, de leurs possibles ?


- Et toi, Bien aimé, quand cessera tu jamais de les pleurer ? Il me semble qu'alors, ce jour, je pourrai me défaire de l'aimable curiosité qui me pousse à les avaler, à les vouloir. On t'appelle Le Larmeur, celui qu'ils ont tissés de leurs espoirs, tout comme ils m'ont créé par leurs craintes. Ton visage est de marbre, il se plante face au vent de leurs peines et ne cille plus. Seules ces larmes éternelles, ton fardeau, continuent de rouler sur tes joues, de déborder tes yeux, d'empourprer tes lèvres. Tu sais tout cela, bien sur. Tout comme tu sais que je suis leur ange, et que mon admiration pour leurs vécus, et non leurs malheurs, comme tu le prétend, ne cessera qu'avec la disparition de mon propre fardeau.



Il pointa le pendentif accroché à sa chaîne. Il sembla alors que cet objet, ce minuscule bijou, pesait le poids du monde. Il émanait de cette pièce d'argent pur, modelée par les esprits des hommes, une densité extrême. Il donna un petit coup sur la minuscule faux en argent, et le son qui en sortit fit vibrer toute la rue. Un son lourd, pesant, dense, étouffant comme une éternité.

Puis, d'un geste gracile, il s'approcha du visage baigné de larmes amères qui lui faisait face, et déposa un baiser lent sur les lèvres humides. Repoussant une mèche de ses cheveux, il murmura quelques mots avant de s'évanouir dans l'air. Des mots qui, si l'on tentait de les traduire dans nos langues, qui ne savent rien de ces êtres immortels, pourrait ressembler à  : Nous n'aurons rien de plus, encore.



Le Larmeur rabattit les pans de son manteau brun et baissa la tête. Ce faisant, quelques longues mèches noires ondulèrent et glissèrent devant son visage. Si l'on ne pouvait plus discerner les lacs bleus profonds de ses yeux, les traînées lacrymales paraissaient encore. Il resta là , tête basse, jusqu'à la tombée du jour. Il vit passer les ambulances, les passants avides et curieux, venus faire pétiller leurs yeux de la couleur rouge de l'asphalte. Il vit les proches, abrutis de douleur, se recueillir sur le lieu qu'ils allaient passer leur vie à maudire. Il pleura pour eux. Il pleura pour la peine qui vint s'incruster dans les cÅ?urs, comme cristallisée par le froid de l'hiver, éclatant en une infinité d'échardes meurtrières. Il vit, sans bouger, immobile, statique, les répercussions du drame. Les enterrement, les familles éclatées, les vies bouleversées, les projets et les espoirs raturés rageusement. Il ne discerna plus que le noir du néant, du vide. La grisaille de la tristesse.

Mais aucun grimace ne tordait son visage. Aucun masque de souffrance ne vint s'inscrire sur ses traits, même lorsqu'il s'agenouilla et ramassa un morceau de verre coloré par le sang des victimes. Et si sa tâche était de pleurer, d'être la mémoire des douleurs humaines, de ne jamais oublier la dureté de la perte, la honte du crime, l'horreur de l'accident, à ce moment, il aurait tout donné pour savoir que cette pointe de verre aurait pu l'entailler, et faire couler son sang. Pour briser son rang, briser son être, et ne plus avoir à tourner sur le carrousel sans fin qu'était son devoir.


Rien ne vint. Pas plus que toutes les fois où il avait voulu croire, espérer à une douce libération. Rien de plus que le souffle gris de l'aube et la rosée du matin. Il marcha encore, des visages baignés de larmes hantant ses pensées, et cracha entre ses lèvres qu'il maudissait la mémoire des humains.




D'autres jours vinrent, et d'autres rencontres entre la Mort et le Larmeur, entre les garants des mémoires humaines. L'un né de leurs peurs, l'autre de leurs espoirs. De la peur de disparaître, et de l'espoir de ne jamais être vraiment oublié, et toujours pleuré. A jamais.




Puis, un jour, alors que le soleil venait de poindre à l'horizon, et qu'une jeune femme venait de se jeter d'un pont, tâche immaculée dans le lit de la rivière asséchée, ils se retrouvèrent encore. L'un déchiré de douleur et de peine, l'autre émerveillé de la vie des hommes. Et on ne saurait dire si le vent l'avait voulu, ou si l'esprit des hommes était prêt, mais une goutte, une unique larme se déposant dans le cou du promis parvint à briser la chaîne qui retenait une petite faux d'argent, qui tombant à terre, s'effrita comme poussière. Alors, relevant la tête, le Larmeur n'eut plus de larmes, et ses yeux purent s'ouvrir en grand, de surprise.


D'aucuns racontent que ce jour, les hurlements des corbeaux parlaient de cassure dans l'ordre du monde, de chaos, et peut-être même, dit-on, d'un amour éternel.


Mais qui pourrait traduire les dires de volatils ?