jeudi 21 décembre 2006

Beth. Elmoth.


Joyeux Yule à tous.








Relève, relève toi, Seigneur aux Bois
Enfant de lumière et homme de Sève frémissante
Délaisse les ombres, Seigneur ténébreux,
Et arrache au tombeau des éclats nouveaux.
Reviens nous, Lugos, Teutates ou Taranus,
Rigisamus, Seigneur du bosquet sacré,
Foule à nouveau les terres des hommes.
Entends nos chants, vois nos brasiers.



lundi 18 décembre 2006

Black Water.






Ma maison du bord du monde.




Ma maison sera au bord du monde. Là où disparaissent les ombres, là où changent les formes. Tout près de ce point d'appui qu'est l'horizon, presque happée dans sa ligne de fuite et dans ses contours étourdis. Lorsque le soleil se couchera, il embrasera le ciel de reflets pourpres, orange et roses, et ce seront ces couleurs qui viendront teinter les vitraux de lumière et découper des ombres chinoises sur les murs. Ma maison ne sera pas celle d'une riche personne, mais elle aura été bâtie avec mon sang. Jour après jour, ou plutôt nuit après nuit, car il n'est, pour les rêveurs, qu'une seule façon de construire en dehors du monde. Elle sera changeante, et son vieux toit en ardoise accouchera certains matins d'une nouvelle tour à explorer. Ses murs seront recouverts de lambris en bois noir, et dessous, luira l'éclat de la pierre d'obsidienne, taillée de nos mains, arrachée à la terre. La porte sera grande, car c'est le seuil qui fait la bâtisse, comme le disait une de mes vieilles connaissances. Elle sera entourée de graphite de d'anthracite, gravée de milles symboles, qui feront réfléchir à deux fois ceux qui voudraient rentrer. Tout en haut, à l'endroit où se croiseront la pierre et le fer, les gravures et les arabesques de ferronnerie, se dressera un unique cristal, octogonal, entouré de trois autres pierres, enchâssées dans l'âme même de la demeure. Et pour ceux qui savent lire ces choses oubliées, cet ornement d'apparence sera signe d'épreuve s'ils pénètrent cet endroit pour la première fois. Pour rentrer dans ce point de fuite, dans cet espace déphasé, il faudra accepter de laisser se dissoudre son être quelques instants. Accueillir en son sein la sensation enivrante de ne plus être, au moins une fois. Et il faudra marquer le perron d'une goutte de son sang. Se soumettre à mes lois, de façon consentante. Car aucun privilège ne se défait de sacrifices.

Les plafonds seront hauts, et les verrières aussi. La lumière et l'ombre se mêleront de si bonne façon que les contours des choses en seront révélés. Il y aura des meubles en if, en chêne et aussi en cerisier. Ma maison sera de ce style de cottages anglais, en plus sombre et élancé, comme croisé de manoir à la dérive. Le vide y sera aussi important que l'espace occupé, et chaque pièce sera un monde, une atmosphère, un recueillement. Dans la pièce centrale, qui sera ronde et grande, se dressera, au centre, un sureau, unique et fleurissant. De grandes ouvertures seront découpées ça et là , sans fenêtre, sans verre, laissant flotter aux vents des tentures mauves. Le sol sera pavé, et les carreaux dessineront des symboles muables, et des cartes défendues. Le plafond sera encore plus élancé que partout ailleurs, targuant de son dôme moiré par endroits et transparent à d'autres son excellence. La nuit, les étoiles transparaîtront comme des lucioles célestes, et les regards d'admiration qui ne manqueront pas de leur être portés les feront luire plus encore.

Les saluts et l'usage ne seront pas à respecter au bord du monde. Chacun devra apprendre à vivre avec les autres, et à être accepté par les murs. Petit à petit, les portes s'ouvriront à lui, et il découvrira que seuls l'effort et la volonté lui permettront de visiter toutes les pièces ouvertes du manoir. Il découvrira la bibliothèque, où s'étaleront livres et contes du monde, et d'ailleurs. Chacun pourra écrire et trouver reflet pour ses histoires. Les lampes diffuseront cette lumière jaunie et studieuse propice à la lecture. Quand à la porte de bois noir qui reste close, et bien, seuls ceux dont l'esprit sera droit et la main ferme pourront abaisser le loquer qui la barre.

Des pièces fleuriront au grès des besoins, mais dans la plus haute tour se dressera, large et aérienne, la salle de musique. Loin des chaudrons et des potions, des poudres et des danses sauvages, c'est une autre magie qui se réveillera sous les mains des visiteurs. Des violons aux guitares, des harpes aux percutions, ici chacun sera de vent, de cuivre ou de corde, et trouvera sa place.

Il y aura bien sur des pièces mouvantes, qu'il faudra savoir trouver, pleines de voiles et de murmures étouffés, couvertes de draps ou comme effacée par les temps. Des criques sombres qui se loveront sous terre, accueillant des cristaux aussi noirs que l'ombre qui les fera naître. Il y aura des endroits pleins de miroirs, des cavernes de pierres, des chambres aux pendules et des éteignoirs de conscience. Des secrets aussi anciens que la nuit. Des évidences aussi claires que le jour.


Toujours le risque de se perdre taraudera ceux qui viendront vivre dans ma maison du bord du monde, mais aussi, et qui sait s'il n'est pas plus piquant, celui de se (re)trouver.

lundi 11 décembre 2006

Musiques tisserandes



Qu'est-ce qui pousse les gens après le bonheur ? Se rendent-t-ils compte qu'ils n'en ont, au fond, que si peu ? Il fut un temps où l'on se suffisait de la vie, et où l'on prenait sa peine en croix, sans y voir de fatal destin ou d'atroce conjoncture. Nous voulons toujours plus, et on se cache derrière nos névroses pour réduire nos marges d'erreurs. Plus rien n'est jamais de notre faute. Ni notre incapacité, ni notre bassesse, ni notre lâcheté.

Je me suis toujours demandé si la véritable intelligente consistait à voir des faits découler des actions à venir ou simplement d'avoir l'intuition de ces faits, comme un oiseau sent le sud. Je crois que je n'aurai pas ma réponse de sitôt.

Cette nuit j'ai eu quelques visites. Ne vous méprenez pas. Il y a rêver et sentir son rêve. J'ai sentis celui-ci. J'ai sentis des danses de givre et de froid, la Petite Cours d'Hivers s'installant parmi nous, elle m'a conviée à sa venue. Les grands froids sont proches. Bientôt la Cours de Neige, celle des chants, et la Cours de Blizzard, celle des chasses et des cris, peut-être, si la nature nous fait un étaux de froid suffisamment létal pour entendre les enfants de la troisième Dame se mettre en selle, à la poursuite des âmes.







lundi 4 décembre 2006

The Cut of Ace








La balle arriva à toute vitesse en direction de sa tête. Elian n'eut le temps de ne penser qu'à une chose : stupides norms et stupide volley avant, qu'en un geste instinctif, sa main ne se lève et arrête la sphère de plastique dans les airs, comme une marionnette suspendue. Certains élèves ouvrirent de grands yeux écarquillés, et plusieurs se reculèrent. « Et merde », se dit-il, sachant qu'il avait commis une bourde qui allait lui demander beaucoup d'énergie pour être réparée. La prof s'avança vers lui, livide, fixant le ballon flottant à quelques centimètres de sa main. « Sâ?¦ sors d'ici de suite et attend moi dans la salle du milieu », le ton de sa voix n'avait rien de menaçant, on y lisait en fait du dégoût. Comme si elle s'était retrouvée face à un rat génétiquement modifié, la fixant avec une 50ène de paires d'yeux sur la tête. Il n'en était rien. Il était simplement un ados comme les autres. Enfinâ?¦ comme les autres. Ses yeux tirant un peu trop vers l'argent en fusion lui valaient beaucoup de remarques, mais on avait vite fait de les oublierâ?¦ comme par magie. Ses cheveux bizarres, comme tout le temps soufflés par le vent d'un seul côté de son visage n'étonnaient plus personne, on croyait à du gel, d'autant plus qu'ils n'étaient pas bien longs. De plus, il avait décidé de renoncer dès le début de l'année à ces étranges robes aux tissus moirés dont on ne savait pas vraiment d'où elle venaient. Personne ne pensait jamais à lui poser la question, leur miroitement était une ivresse pour l'âme.


Mais cette fois-ci, il n'allait pas y couper. Il attendit patiemment l'arrivée du professeur, sachant pertinemment ce qui l'attendait. Elle commença par la première requête, qui ne différait jamais : ta carte, montre moi ta carte. Le tatouage à la naissance ne s'effectuait que depuis quelques années, depuis que l'on savait distinguer la classe des siens par génétique. Alors il lui tendit sa carte, de couleur orange, marquée d'un bêta grec. Le prof reprit quelques couleurs et lui lança un sourire narquois : « ahâ?¦ tu n'es pas bien méchant finalement ». Mais elle voulu s'en assurer :
- Que fais tu dans cette école ?
- Ma classe, la classe bêta, est autorisée à fréquentée les écoles de norms�Le mot lui échappa, et il savait qu'il venait de commettre sa seconde erreur.
Elle le gifla à toute volée.
- Norms ? C'est ainsi que vous nous appelez, bandes de dégénérés génétiques ? Vous vous croyez malin, avec vos tours de passe-passe bidon ? Fais bien attention à toi, gamin, il n'est pas dans tes intérêts que tout le monde sache ce que tu es.
- Excusez moi, grogna-t-il, les dents serrées.
- N'as-tu pas été réquisitionné par les milices, encore ?
- Non, il n'y a que les classes supérieures qui sont contraintes aux milices dès 16 ans. Je ne servirai peut-être jamais.
- Je vois. Tâche à ce que ce genre d'évènements n'arrive plus jamais. Où bien tu seras renvoyé de mon heure de cours, et je veillerai à m'assurer qu'il en soit de même dans toutes tes autres matières. Je parie que tu ne prend même pas les cachets qui sont distribués aux plus faibles d'entre vous, afin de vous rendre normaux. Lâcha-t-elle, tout en attrapant sa mâchoire dans sa main, d'un geste brusque.
Il cracha, changeant d'attitude, et comme un masque sauvage passa sur son visage, ses cheveux ondulant de manière serpentine : - Jamais une seule de ces foutues pilules n'a passé le seuil de mes lèvres, et cela n'arrivera jamais.


Hurlant, elle le jeta par terre, puis le maîtrisa rapidement. "Ah oui? Eh bien nous allons voir!" Elle savait des bêta qu'ils n'étaient pas tant dangereux que les Sigma, les illusionnistes, ou les Upsilon, ces derniers étant les plus terribles. Si ce gamin pouvait arrêter un ballon en vol, c'était bien la seule chose qu'il pouvait faire. Le gouvernement distribuait des pilules sensées neutraliser les « effets kinétiques » des « sujets corrompus ». Elles privaient tout simplement la seconde espèce d'humain de la planète de leurs sens et leurs précieux dons. Elle attrapa la boîte rangée dans une étagère, le laissant au sol. L'adolescent se laissa faire, et avala même la pilule avec une certaine docilité. Le professeur rit, mais déjà , en elle se glissait des tentacules froides et visqueuses, lui susurrant que quelque chose n'était pas normal.


Elle tenta de ne rien laisser transparaître, mais son angoisse, sans qu'elle sache bien pourquoi augmenta. Le tremblement de ses mains se fit plus vif, et de la sueur perla sur son front. L'adolescent quitta la salle et remonta le couloir pour atteindre la sortie. Comme de la bave apparu au coin de sa bouche. Elle enrageait. Ses yeux s'injectèrent de sang. L'énergie du gosse était partout sur elle, piquante, dévorante. Elle avait oublié qu'il ne fallait pas les toucher. Peu à peu, elle se gratta, puis se griffa, tout en hurlant. Reprenant empire sur elle-même, elle saisit un javelot en métal dans les équipements sportifs, se rappelant que ses putains de dégénérés craignaient plus que tout le contact du métal. Elian la fixait, depuis le bout du couloir, à moitié dans la pénombre. Il semblait que ses yeux luisaient et renvoyaient la lumière. Le javelot fusa, et le sourire du professeur masqua son hurlement fanatique. Elle savait que les plus faibles ne pouvaient rien contre le métal. Et que ce gamin immobile s'était résigné à être transpercé par un javelot aiguisé pour se planter dans les sols arides.
Que jamais, jamais il ne pourrait arrêter ce javelot. Que personne ne poserait de questions quant à la mort d'un des leurs. Il lui suffira de dire qu'il l'avait attaquée. Elle en avait déjà tuée un.


Elle n'eut le temps que de sentir l'impact de la longue tige en fer déchirant ses entrailles et le choc, lorsqu'elle rencontra le mur et que ses cervicales se brisèrent, d'un un bruit d'os rompu. Elle mourut en maudissant ces dégénérés. Souhaitant leur mort à tous. Elian lui, frappa contre le mur et lâcha un cri. Si on considérait les Upsilon comme les plus dangereux de sa sorte, bien avant les Oméga, les Phi et les Psi, ce n'était pas tant par la puissance de leurs dons naturels, mais par l'entité indépendante que formait leur énergie. Impossible de les surprendre, ou de se glisser derrière eux. Impossible que le moindre caillou les atteigne, et, s'il était lancé avec haine, qu'il ne soit pas retourné à l'envoyeur. Ils étaient ceux qui gardaient l'ombre, et se tenaient toujours à sa périphérie, jamais loin de son royaume. Il n'avait pas pu maîtriser son entité sÅ?ur.
Il laissa tomber la carte orange qu'il avait dérobée à Colrin, ou plutôt à son cadavre. Un qui n'avait pas eu tant de chance face à cette harpie assassine. Trop endoctriné, il ne savait pas qu'avec ses « misérables » dons classé bêta par ces foutus norms, il pouvait faire imploser la tête de cette mégère comme une pastèque passée au micro onde. Il posa la main dans la marre de sang qui s'étalait au pied du professeur, glissant dans le couloir, comme la trace d'un chemin de pénitence, et écrivit COLRIN en lettres majuscules sur les murs. Pas d'inquiétude, il n'avait pas d'empreinte. Pas plus qu'il n'était fiché.

Il revêtit un masque de glamour qui le rendit aussi invisible que les fantômes des siens, lapidés et brûlés lors des grandes émeutes, mais englués sur terre à jamais, et partit, en laissant en lettres de glace devant l'entrée du gymnase le signe des siens.




Le signe des refusés.