Il y eut un matin. Il y eut un soleil, satiné et éclatant, et le ciel en parure, déchiré de roses et d'orangés. Revenu de ses longs périples qui emplissaient son âme de rêves épars, il revint se blottir dans le creux de son foyer. Mais il fut vite à nouveau repu de son habitude et de ses draps si confortables.
Alors que la lune voyait son ventre dégonfler et sa progéniture croître, il décida de repartir sur des chemins de bohème. Rencontrant des gens divers, et amis de toutes certitudes, pour quelques-uns du moins, il décidé d'écouter et d'adapter ses plans. Il choisit pour destination la cité d'Eau, car d'aucuns si rendaient souvent, et il espérait y trouver ce qu'il voulait. Un apaisement. Une fatigue. Une ivresse presque empoisonnée. Râpeuse et douloureuse.
Il rencontra un jeune Corbeau, épris de voyage et de combines plus ou moins étranges. Leurs goûts, parfois, se reflétaient, et c'est ainsi que naissent les dialogues longs et soutenus. Qu'ils eurent parfois. Ensembles, ils attendirent le moment adéquat, car rien ne sert de presser son pas si l'ont veut arriver à bon port, et, le temps passant, et l'heure approchant, ils se mirent en route vers la cité d'Eau. Leur voyage fut court et aisé. Ils arrivèrent les cheveux encore emperlés de nuit dans la ville aux milles lumières. Les yeux grands ouverts, boire et boire encore aux myriades de lucioles qui volent et passent. Il y avait comme une brisure dans la courbe du temps, une ouverture sur le monde. Il était à eux. Pour la nuit.
Ils retrouvèrent une Princesse d'Aurore et ses amis. Ensembles, ils se mirent à la recherche d'un lieux où apaiser la torsion qui leur brisait le ventre. Après s'être restaurés dans la chaleur fumante d'une cantine aux odeurs merveilleuses, ils se mirent en route, la princesse d'Aurore filant devant sur son destrier de métal. Ils cherchèrent un endroit si plaisant qu'ils pourraient s'y délasser avant d'atteindre le but de leur nuit, la raison de la courbe de la lune, si étrange quand certains êtres sortent et dansent dans les rues.
Mais il ne s'agit pas ici d'une recherche humaine, car les fays ne font pas ainsi. Ils se laissent porter, laissent se dérouler leurs pas et le fuseau de leur chemin comme bon leurs semblent. Ils laissent les lieux les amener à eux au lieu de les profaner sans y avoir été convié. Et c'est ainsi, et ainsi seulement, que les plus beaux endroits leurs sont révélés. Ils arrivèrent alors, parlant sans faire attention aux lieux qu'ils traversaient, dans un endroit qui leur fit faire silence. Un grand jardin, planté au milieu de la ville, surplombé des lumières mourantes des étoiles, et de la Lune, grande coordonnatrice de l'éclairage céleste, entourée de son halo, parée de ses plus beaux reflets d'argent et d'ivoire. Ils vaquèrent ça et là , jouant à des jeux d'échecs géants, filant sur une comète qui faisait le tour des jardins où crachant des flammes. Ils rirent, échangèrent et gravèrent nombres de souvenirs dans leurs mémoires. La princesse d'Aurore et le prince Chat se balancèrent un moment, sous l'éclat de la lune, leur sourire pour toute prière.
Puis ils repartirent, marchant encore, rejoignant d'autres et d'autres qui s'ils n'étaient pas eux, leurs ressemblaient. Si les fays sont lumières, ils sont aussi façonnés d'ombres, et ils désiraient plus que tout étourdir leurs sens avec cette ombre. Alors ils dansèrent, dansèrent encore, vibrant au rythme des sons et des lumières éblouissantes. Durant plusieurs heures, ils firent taire leur pensée pour délirer leurs instincts et leurs corps. Perchés, dirent-ils, perchés sur la lune. Dans le manteau de la nuit, se débattant et hurlant contre la fatalité, cherchant des moyens pour la repousser sans les trouver encore. Et ainsi fila le temps, la musique et les basses assourdissantes. Des transes abusives, qui montent, descendent, s'emballent et reviennent encore. Ils perdirent leur lumière, s'en défaisant comme d'une peau morte pour briller de ténèbres, écorcher leurs cocons de facilité et d'habitude.
Le jour revînt, et les laissant défaits, écorchés, au final, ni emplis de la plénitude qu'ils auraient espéré ni des réponses à leurs questions que ni la drogue ni l'alcool n'ont pu éclairer. Ils reviendront chez eux, ballottés par le vent et le froid du matin, comme ils le pourront. En marchant ou au gré des voyageurs.