mercredi 31 janvier 2007

Action pour la Terre.

Je jugeais trop hatif de publier ici ce billet avant cette date.
Je le fais asteur' que le moment me semble bon.









Action pour la Terre

Le 1er février 2007, dans toute la France: participez à la plus grande mobilisation des citoyens contre le Changement Climatique!

L'Alliance pour la Planète (groupement national d'associations environnementales) lance un appel simple à tous les citoyens, 5 minutes de répit pour la planète:

tout le monde éteint ses veilles et lumières le 1er février 2007 entre 19h55 et 20h00.

Il ne s'agit pas d'économiser 5 minutes d'éléctricité uniquement ce jour-là , mais d'attirer l'attention des citoyens, des médias et des décideurs sur le gaspillage d'énergie et l'urgence de paser à l'action! 5 minutes de répit pour la planète: ça ne prend pas longtemps, ça ne coûte rien, et ça montrera aux candidats à la Présidentielle que le changement climatique est un sujet qui doit peser dans le débat politique.

Pourquoi le 1er février? Ce jour-là sortira, à Paris, le nouveau rapport du groupe d'experts climatiques des Nations Unies.

Cet évènement aura lieu en France: il ne faut pas laisser passer cette occasion de braquer les projecteurs sur l'urgence de la situation climatique mondiale.

Si nous y participons tous, cette action aura un réel poids médiatique et politique,moins de trois mois avant l'élection présidentielle!




lundi 29 janvier 2007

Aeroplanes [ dDamage ]









Hier, je me suis pris à rêver. Ma conscience se battait encore en duel avec ma fainéantise, car de toutes les parties de mon âme, ce sont bien ces deux là les plus belliqueuses. Tandis que l'une me hurlait de travailler, et que l'autre me soufflait doucement et de façon fort bien gentille de m'allonger et de me préparer au voyage, je fis, non sans mal, taire la première de ces deux muses pour profiter de la main que me tendait la seconde.

Alors je m'allongeai, comme le fait tout un chacun lorsqu'il rentre d'une journée effrénée, bien que cette journée si fut paisible et calme. Je me laissai flotter dans le coton vînt alors m'envelopper, duveteux et douillet à souhait. Comme souvent, lorsque je navigue d'un bord à l'autre, entre sommeil et conscience, cet état que l'on apprend à atteindre par volonté et à sauvegarder afin d'y voir certains signes, mon corps n'était plus qu'une simple et minuscule fenêtre sur le rêve éveillé qui me tendait les bras. Les images ont défilées, d'abords lentes et floues, puis petit à petit distinctes. Et j'eu été étonné de me retrouver dans ce coin de forêt que j'appréciais tant près de ma Sablière si cet état n'était pas synonyme de plénitude et de sérénité, loin de toute surprise. J'étais dans la forêt, marchant parmi les pins, sur ma peau la fraîcheur de leur souffle, et au nez l'odeur suave de leur résine. C'était en Mars, ou en Avril. La fraîcheur toujours là mais le soleil haut et éclatant. Cette époque où l'on commence à peine à sortir de nos armoires poussiéreuses d'hiver un mince t-shirt, qu'on double souvent, par prudence, d'une veste. Cette journée là ne souffrait pas du besoin de veste. Elle était chaude et agréable. Le soleil jouait dans mes pins d'Ardèche, et personne ne peut s'imaginer ce miroitement tant il est beau en ces terres là , s'il n'en a pas eu connaissance avant.

La pierre calcaire défilait sous mes pas, recouverte de ce peu de terre qui rend les cultures si dures et les pins si solides, car enracinés profonds pour chercher leur pitance. Les aiguilles de pins formaient par endroit ce tapis solide recouvrant tout, et je m'approchai, l'Å?il en alerte et le pas vif, près du précipice qui surplombait toute la vallée. Les rochers comme en cascade, plantés d'arbres et d'épineux. Et au fond, serpentins dans le creux des collines, les routes, les boyaux des villes. Un grand pont, de pierre grise, une ville petite et bâtie au gré des ans, dont la structure s'est étendue de façon disparate. Puis le Rhône, si faible mais pourtant rétif, clapotant de toute sa fougue sur les rives, avec sa longue chevelure verte d'eau. Parfois bleu, parfois sombre.

Le souffle des grands vents ratissant les pentes des collines, les embruns de l'eau, l'odeur de la pierre et la chaleur mielleuse du soleil tissaient autour de moi cet étrange tableau, que j'ai pourtant vu et revu, parfois avec bien moins d'intensité, des centaines de fois. Car c'est en ces lieux, en haut de la forêt, que j'allais fumer ma cigarette du week-end, parfois seul, parfois accompagné. En ces lieux étranges et si beaux à mes yeux.

C'est alors que, perdu dans ces effluves du temps, le rêve reprit ses droits. Je me retrouvai sur la pierre, transporté par ce courant car je le voulais bien pour maître. Assis sur cette ruine, l'Observatoire, comme elle demeure en mes cartes. Soudain, ma vision vrilla, se brouilla, et c'est comme l'envers d'un monde que je vis.

Le ciel n'avait rien perdu de son azur éclatant, mais de grands oiseaux bleu clair le parcouraient, se détachant seulement par la différence de leurs couleurs. Le précipice de la colline n'était plus celui d'une colline mais d'une montagne immense, recouvert d'hectares de forêt luxuriante et touffue. Et, tracés dans les forêts, des espèces de sillons où ne poussaient aucun arbres, car ils étaient en fait des pistes de décollage pour les oiseaux. Ceux-ci se laissaient emporter par le vide suivant ses rails, déployant leurs ailes immenses quand leurs pattes n'effleuraient plus sol. La ville au loin était étrange. De verre et de cristal. D'un autre monde. Quand, par changement de scène, je me retrouvai à bord de l'un de ces grands oiseaux, qui n'en était pas un. Il s'agissait en fait de deltaplanes, fuselés et tout conçus d'une sorte d'étoffe bleue résistante au possible, mais tout de même douce. Les roulettes de mon oiseau commencèrent à glisser, et, le long d'un grand chemin de terre entouré de forêt dense, je m'élançai vers le vide. Je pus me rendre compte de la hauteur vertigineuse de ces montagnes, plusieurs kilomètres me séparant en fait du sol. Puis, au-delà de la vitesse, je sentis l'appel du vide, happé et attiré par lui. La chute fut douce et tranquille, comme je les aime, enivrantes à souhait. Puis, continuant une trajectoire courbe et logique entre terre et ciel, l'oiseau déploya ses ailes, quand la pensée effleura mon esprit qu'il était bien temps. Alors, deux grandes ailés collées à mon dos, je flottais, emporté dans le vent, traversant l'azur du ciel. Je me rends compte que la ville semble être en hauteur elle aussi. Dans ce monde, plus rien ne vit au sol depuis des siècles. Et chacun apprend à voler. C'est une ivresse impensable, comme une course dans un courant sans fin qui emporterait tout autour de soi, même l'horizon. Un vol immense, tout en flottaison, puisqu'il n'y a pas de réacteur à actionner ni d'hélice à faire tourner. Il n'y a que l'air, et le bleu du ciel. Que la mer des courants. Le souffle secret du vent.





Je suis esprit avant d'être un corps.
Alors à nous, pauvres esprits prisonniers.


A moins queâ?¦



mercredi 24 janvier 2007

Le Palindrome.







10.10.06



Il y a la fenêtre. Et dehors, par ce carré découpé dans le mur, l'embrasure aérée révèle les premières marques de l'Automne. L'automne, on sait tous ce que c'est, la signification palpitante qui se cache derrière les mots décolorés, qui attend de se réveiller tout les ans, et de revenir poser son châle mordoré dans nos campagnes. Je n'ai qu'à tourner la tête et regarder dehors, m'envoler par la fenêtre et planer quelques instants éphémères dans l'air trop humide pour voir l'automne qui s'avance, qui pose un pied dans nos demeures de pierre. Je vois l'herbe, encore verte et gourmande, comme un tapis fournis parsemés de tâches brunes, les premières feuilles qui tombent, se détachent, au bout de leur danse dans l'air, suspendue, glissant lentement pour faire du sol leur pays. Au dessus, il y à l'arbre, et son écorce dure semble s'être foncée, comme tâchée par la nuit de plus en plus hâtive de recouvrir nos têtes. Mais plus que tout, c'est le ciel qui se délie de ses couleurs chantantes pour se ternir, nostalgique. Il est comme blanc, laiteux, impénétrable, comme le sont son fils et sa fille, brouillard et brume, qui à peine éclos, se précipitent tous les matins à toucher la terre.

La terre change, je le sens dans le souffle lent du monde. Silencieuse, comme apaisée, elle donne ses derniers présents avant de sombrer dans un sommeil qui, comme à chaque fois, fera se demander aux fils de natures, si elle se réveillera. Je peux encore sentir un battement redondant, un vas et viens redondant avant le sommeil profond, comme les derniers soubresauts d'un cÅ?ur à l'agonie, les ultimes pas du blessé qui s'effondre. Vas-t-elle mourir, notre mère, qu'elle semble si usée par ses efforts ? Si fait, elle va mourir, et ses derniers souffles, ses dernières respirations haletantes, vibrantes de frissons, nous parviennent encore. J'ai comme une envie de m'allonger dans l'herbe et de me perdre dans le ciel laiteux, enchanteur, enivrant. Je voudrai me saouler à cette liqueur céleste, cette saveur que trop ont oubliés, car qui regarde encore les étoiles pendant des heures, à s'en noyer, jusqu'à l'ivresse ? Dans les méandres de ma mémoire quelques souvenirs remontent, spongieux et gorgés de joie pétillante. Elodie et moi, allongés dans la neige sans pouvoir plus monter cette pente, riant, riant comme des enfants, et mes yeux qui se reflètent dans l'étendue du ciel, dans tout ce blanc, dans cette mer de nuage, cet océan évanescent.

Mais il n'y a pas que ça. Il y aura bientôt les couleurs étourdissantes de l'automne, du cramoisis à l'orange vif, le jaune, l'écarlate. Comme des teintes de sang diluées de rayons de soleil, une aquarelle vive mais accordée, qui ne déborde jamais des tons avec lesquels on a voulu la peindre. Et j'ai comme envie de jeter ma garde robe, de la donner à ceux qui n'en ont point, à ceux qui mendient et qui pillent, pour aller chercher dans la nature de quoi tisser des vêtements pour me fondre dans les éclats d'une forêt automnale.


J'ai comme envie de me prendre à rêver mes mondes parfaits, encore, des mondes où ceux qui ont reçu du sang de fée pourraient l'exploiter sans secret, et vivre de leurs croyances et de leurs valeurs. Je voudrai tant jeter les horloges, et ne jamais avoir d'heure. Il y a des valeurs humaines auxquelles je n'ai jamais pu me faire. L'autorité, la norme, l'obéissance, la hiérarchie, l'heure fixe, et toutes ces barbelés définit et classés qui semblent infranchissable. Je voudrai pouvoir peindre mes glyphes et tracer mes sceaux en toute quiétude, je voudrai pouvoir chanter et faire comprendre par magie ce que parfois je ne peux pas montrer. Je voudrai me défaire de cet ici, et trouver un autre ailleurs, frêle, à composer de mélodies et de couleurs, à fonder, à marteler de nos voix. J'aimerai pouvoir parler aux arbres sans que l'on s'en inquiète alentours, car ainsi est ma vie dans le velours de mon secret.




Et ce fut l'Hiver.

dimanche 14 janvier 2007

Le quatuor de Madras.








[ Violin Awe ]


. Choisir les mains qui passent, se meuvent furtivement ou restent encrées. Savoir reconnaître celles qui nous aideront, qui nous feront autre, bien plus lointain à notre horizon mais si proche de nous-même, celles qui nous feront grands, puissants, sages diraient certains. Je crois en celles qui nous feront simples. Plus proches de nous-mêmes. Quitte à toucher au péché, croquons dedans sans remords ni défaillance, s'il est une porte vers un endroit obscur de notre âme. Ni l'industrie ni l'échange ne le gâtent, il reste en l'humain car c'est l'humain sa principale définition. Et si nous ne saurions, animaux concupiscents, nous repaître que de ce qui est infini, alors c'est en l'art, en l'amour, en l'humain. C'est là ma vision du pur état de nature, et quitte à faire se retourner ce pauvre Rousseau dans sa tombe, alors tant pis. L'était de nature coule et ondule en nous, il est un mercure dans nos veines qui est excellemment bouillant chez certaines personnes, inerte et fade chez d'autres. Quelle marge de choix avons-nous eu ? Je ne veux pas croire que nous avons le choix. Pas en toutes circonstances. Du peu de mes sciences, je suis devenu magot, sorciéron, intriguant dans l'ombre de certaines arcanes, et passeur de voiles. J'ai alors appris à sentir les nuances, à percevoir l'onde de caresse, enfante de ces mains qui effleurent ma peau. Alors, j'entends vibrer en mon oreille les murmures de Lachesis, Clotho et Atropos, coupeuse, fileuse et agenceuse des trames du monde. L'évolution n'est pas le cercle, qui se mord la queue puis redémarre, mais la spirale. Et en cela, notre cercle de vécu ne devient que très rarement spirale. Quand alors il s'élève, qu'il se tend, se cabre comme un cheval capricieux, quelque chose se déchire. Et cette déchirure, pour ceux qui savent la connaître, et une de ces liqueurs amères et doucereuse à la fois dont seuls les dieux tiennent les mystères. Un élixir qui nous façonne.
Alors, à vous, apprentis, à vous, initiés, à vous, sans rêves, je le dis. Lorsqu'un enfant vêtu d'ombre, et agencé dans sa chevelure ondulante, marche au néant avec un délicieux sourire en coin, fût-il un scalpel, voyez là la main invisible qui s'en tendue vers lui. La tension que l'espace arbore sur son passage, la courbure nouvelle de ses desseins, où la brisure de son cercle en spirale.
L'homme devient parfois l'égal des Dieux pour toujours prétendre être son enfant .


[ Marvellous plague ]



dimanche 7 janvier 2007

Listen the Echo.



« Celui qui a des oreilles, qu'il entende ce que l'Esprit dit aux Eglises : Au vainqueur, je ferai manger l'arbre de vie planté dans le Paradis de Dieu. »

Apocalypse, 2, 7.



« Les gens d'ici sont comme cela parce qu'ils ne savent rien d'intime sur eux-mêmes, parce qu'ils traînent une vie qu'ils n'ont jamais pensée. On leur a seulement dit qu'ils l'avaient reçue et qu'ils devaient la garder. Certains la traînent comme un boulet, d'autres l'endurent comme une longue et incurable maladie. Tous sont étranglés par la vacuité de cette vie à garder sans raison donnée, sans raison admise. C'est de vivre pour rien qu'ils mourront un jour prochain et que le monde n'en aura rien à faire. Telle est cette terre première, le fameux berceau de l'humanité : elle n'engendre plus que des faits divers. Parfois, la trace fugace d'un autre temps glisse devant nos yeux. Nous voyons alors, dans le feuillage touffu des grands baobabs et dans les fleurs rouges des flamboyants, qu'un jour d'antan nous avions une destinée. Nous l'avons mise au tombeau. Et lorsque de ce sépulcre profondément enfoui où nous l'avons abandonnée elle crie qu'elle bouge encore, qu'elle est là , qu'il suffit que nous lui laissions une chanceâ?¦ Nous nous appliquons la paume des mains sur les oreilles, pour n'entendre que les cadences déchaînées que nous nous sommes inventées pour nous étourdir et nous défaire de nous-mêmes. Au fond de nous, il n'y a plus que la voix caverneuse d'un dieu de désamour et l'image irréelle d'une Europe à faire. Les baobabs et les flamboyants nous regardent et leur tronc se dessèche, se creuse à l'intérieur. S'ils pouvaient nous parler, ils nous diraient que notre plus grande faute, le blasphème perpétuel que nous commettons, réside dans cette incapacité à nous envisager nous-mêmes. »



« Les jours qui nous attendent ne devront pas mourir pour venger ceux qui se sont enfuis. »



Leonora Miano, Contours du jour qui vient.







samedi 6 janvier 2007

Nouilles sautées. Saute! Nouille!








Il y eut un matin. Il y eut un soleil, satiné et éclatant, et le ciel en parure, déchiré de roses et d'orangés. Revenu de ses longs périples qui emplissaient son âme de rêves épars, il revint se blottir dans le creux de son foyer. Mais il fut vite à nouveau repu de son habitude et de ses draps si confortables.
Alors que la lune voyait son ventre dégonfler et sa progéniture croître, il décida de repartir sur des chemins de bohème. Rencontrant des gens divers, et amis de toutes certitudes, pour quelques-uns du moins, il décidé d'écouter et d'adapter ses plans. Il choisit pour destination la cité d'Eau, car d'aucuns si rendaient souvent, et il espérait y trouver ce qu'il voulait. Un apaisement. Une fatigue. Une ivresse presque empoisonnée. Râpeuse et douloureuse.
Il rencontra un jeune Corbeau, épris de voyage et de combines plus ou moins étranges. Leurs goûts, parfois, se reflétaient, et c'est ainsi que naissent les dialogues longs et soutenus. Qu'ils eurent parfois. Ensembles, ils attendirent le moment adéquat, car rien ne sert de presser son pas si l'ont veut arriver à bon port, et, le temps passant, et l'heure approchant, ils se mirent en route vers la cité d'Eau. Leur voyage fut court et aisé. Ils arrivèrent les cheveux encore emperlés de nuit dans la ville aux milles lumières. Les yeux grands ouverts, boire et boire encore aux myriades de lucioles qui volent et passent. Il y avait comme une brisure dans la courbe du temps, une ouverture sur le monde. Il était à eux. Pour la nuit.
Ils retrouvèrent une Princesse d'Aurore et ses amis. Ensembles, ils se mirent à la recherche d'un lieux où apaiser la torsion qui leur brisait le ventre. Après s'être restaurés dans la chaleur fumante d'une cantine aux odeurs merveilleuses, ils se mirent en route, la princesse d'Aurore filant devant sur son destrier de métal. Ils cherchèrent un endroit si plaisant qu'ils pourraient s'y délasser avant d'atteindre le but de leur nuit, la raison de la courbe de la lune, si étrange quand certains êtres sortent et dansent dans les rues.
Mais il ne s'agit pas ici d'une recherche humaine, car les fays ne font pas ainsi. Ils se laissent porter, laissent se dérouler leurs pas et le fuseau de leur chemin comme bon leurs semblent. Ils laissent les lieux les amener à eux au lieu de les profaner sans y avoir été convié. Et c'est ainsi, et ainsi seulement, que les plus beaux endroits leurs sont révélés. Ils arrivèrent alors, parlant sans faire attention aux lieux qu'ils traversaient, dans un endroit qui leur fit faire silence. Un grand jardin, planté au milieu de la ville, surplombé des lumières mourantes des étoiles, et de la Lune, grande coordonnatrice de l'éclairage céleste, entourée de son halo, parée de ses plus beaux reflets d'argent et d'ivoire. Ils vaquèrent ça et là , jouant à des jeux d'échecs géants, filant sur une comète qui faisait le tour des jardins où crachant des flammes. Ils rirent, échangèrent et gravèrent nombres de souvenirs dans leurs mémoires. La princesse d'Aurore et le prince Chat se balancèrent un moment, sous l'éclat de la lune, leur sourire pour toute prière.
Puis ils repartirent, marchant encore, rejoignant d'autres et d'autres qui s'ils n'étaient pas eux, leurs ressemblaient. Si les fays sont lumières, ils sont aussi façonnés d'ombres, et ils désiraient plus que tout étourdir leurs sens avec cette ombre. Alors ils dansèrent, dansèrent encore, vibrant au rythme des sons et des lumières éblouissantes. Durant plusieurs heures, ils firent taire leur pensée pour délirer leurs instincts et leurs corps. Perchés, dirent-ils, perchés sur la lune. Dans le manteau de la nuit, se débattant et hurlant contre la fatalité, cherchant des moyens pour la repousser sans les trouver encore. Et ainsi fila le temps, la musique et les basses assourdissantes. Des transes abusives, qui montent, descendent, s'emballent et reviennent encore. Ils perdirent leur lumière, s'en défaisant comme d'une peau morte pour briller de ténèbres, écorcher leurs cocons de facilité et d'habitude.
Le jour revînt, et les laissant défaits, écorchés, au final, ni emplis de la plénitude qu'ils auraient espéré ni des réponses à leurs questions que ni la drogue ni l'alcool n'ont pu éclairer. Ils reviendront chez eux, ballottés par le vent et le froid du matin, comme ils le pourront. En marchant ou au gré des voyageurs.