mardi 19 juin 2007

Tiwele is watching you.








J’avais besoin de parler d’une voix un peu plus humaines ici, car ces derniers temps, cela n’était plus trop le cas.



L’année scolaire s’achève, et emporte avec elle cette odeur de marqueur qui a remplacé la craie depuis longtemps, de sueur presque collée aux murs des salles, de cantine graisseuse et de masse impatiente. Adieu, lycée, pas toi, La Versoie, pas toi le Xav’, juste l’idée qui se cache derrière vous. Ca n’est pas vraiment le lieu que je repousse doucement avec mélancolie et détermination mêlée, c’est cette période de ma vie. Alors oui, Adieu, adieu mes années de lycée, adieu mes plus belles joies et mes gouffres les plus profonds. Je me suis pris à écrire, pendant mes épreuves, sur un coin de brouillant « Je suis tombé, par et pour la chute, et j’ai appris à travers le gouffre ». C’est un peu ça mon lycée. Ca et tant d’autres choses. Des joies, des histoires, des rencontres et des tonnes de soirées que je ne peux même plus compter, passées sous les étoiles, dans la fumée, devant un feu ou une table. Des amours aussi, embryonnaires, dévorants, violents et crus, doux, agréables, lumineux. Peu de haine. Pas de haine. Si ce n’est celle dont j’arme parfois mon fuseau. Je suis fier car j’ai toujours marché de mon pas. A travers des danses, des stases certes, mais même dans la chute, j’ai gardé mon pas. Qui m’est si cher.

Ma vie mûrit avec l’été comme mûrissent les cerises, à l’heure actuelle. Elles sont belles, rouges et pleines. J’ai tout ce qui me manquait pour avancer. Maintenant j’avance, et aucun temps ne fut perdu. Un nouveau carnet est arrivé entre mes bras. Je n’ai pas su comment le prendre, qu’en faire, comment terminer l’autre. Et finalement, petit à petit, j’ai trouvé son fil. Et qu’il est beau. Et grand. Ce carnet là est une promesse à la nuit, une promesse à tout ce qui nous tient debout, à nous, magots. Une promesse de sombres messes, de mains liées, de feu haut, de chants clairs, de soleil brûlant, de voyages lointains. A travers lui je vois parfois un futur qui me plaît, et pour avoir trouvé comment le remplir, comment l’embellir, je suis heureux.

J’attise aussi ce fourneau auquel je tiens tant, je le choie et y met toute mon attention, toutes mes sciences, tous mes regards. Bien sur, il y a mes autres chaudrons, plus vieux, plus gros. A chacun son attention. Je n’oublierai plus pour essayer de m’oublier.

J’ai peur de l’hiver qui approche. Peur car depuis trois années, il signifie pour moi stase, replis sur soi, morosité, mal être, et tumulte de l’âme. L’hiver, je ne parle plus tant, l’hiver, je ne regarde plus autant, l’hiver je suis plus animal, plus violent, plus dangereux aussi. Plus coupant, moins compréhensif, moins attentionné. Qu’en faire de cet hiver ? Je ne peux ni le sauter, ni l’oublier. Je ne veux pas, comme cette année, me perdre en lui et oublier ce que je suis, ce que je fais, et m’abîmer à regarder le ciel, et espérer, espérer un autre temps qui, par bonheur, est venu. Ce froid là m’a tué, même si je suis revenu. J’espère que celui qui arrive ne me sera pas si dur. Mais il n’est point là encor’, alors, pour une fois. Oublions le.



Oublions le.





Et dansons.




samedi 9 juin 2007

Sépia d'Ambre










Le vent est rasant. Il se frotte à la terre, soulève une fine couche de poussière et vient faire gonfler mon pantalon thaï marron. Marron, le sont aussi mes chaussures, bien qu’en cuir plus foncé. Ou dans une sorte de daim. Marron aussi ma tunique, tirant vers l’ocre, qui se finit en pointe. De larges manches, qui s’arrêtent à mi-bras. Mes cheveux sont attachés, et mes mèches folles encadrent mon visage. C’est toujours ainsi, depuis qu’ils sont coupés.

Cet endroit est étrange. Je crois que cela fait des mois que je n’ai plus mis les pieds ici. Pourtant, rien ne trompe. La couleur, l’odeur, la sensation, la « pellicule », comme j’aime à appeler la texture de ce réel. L’astral. Alors nous revoilà ici, hein, vent ? Tu me portes dans de bien étranges endroits. Mais peu furent aussi beaux que celui-ci. Une traverse, un exil, un point de fuite du monde. Une île au bord du monde, qui flotte dans l’espace. Pas de nuages, à vrai dire, pas de ciel. Cet endroit est un ailleurs, il faut avoir connu l’ailleurs, avoir dansé avec lui pour comprendre. Le sol est en pierre mais une terre séchée le recouvre. Friable, poussiéreuse. Une fine couche qui se dissipe lorsqu’on marche. Chaque pas pourrait laisser une empreinte, mais je connais les règles.

Puis, autour, partout… des constructions étranges. Toutes en pierres, empilées les unes sur les autres, sans chaux, sans ciment, sans réelle structure peut-être. Des pierres qui poussent. Entre les constructions et la place, un mur percé d’arcades. Il s’étend, perspective fuyante. La pierre est jaunie, d’un vieux jaune, un sépia ambré. La couleur et la lumière semblent émaner des bâtisses elles-mêmes. Mais d’ailleurs, bâtisses elles ne sont pas. Ni habitations. Elles se suffisent à elles-mêmes, ces constructions vivantes. Ce lieu, cet ailleurs, n’a pas de signification, pas d’utilité, pas de marque propre. Il se suffit. Il est un ailleurs.

Des sphères flottent, diffusant une épaisse lumière ocre, chaude, poussiéreuse, comme une tenture, comme un tapis lumineux. Transparentes, comme faites de verre. Et de caramel. Je marche, impassible dans mon ailleurs, le pas sur, les yeux gourmands. Ici pas de bataille, ici pas de magot aux abois, ici pas de magie. Autre que celle de cet endroit. Je marche, encore, en enjambant les morceaux de pierre que les constructions ont perdues, comme des peaux mortes. Il y a comme une respiration lente, comme le murmure qui s’échappe d’une vieille poutre brune, mais ici rien de végétal. Aucun être vivant, pas le moindre esprit, pas le moindre djinn, pas d’arme à créér, pas d’énergie à modeler. Une négation. Une abjuration pure. Un refus du monde, un refus d’existence, pas de pourquoi, pas de raison, pas de conséquence. Simplement le passage du miroir, le vertige de l’ailleurs.