
Le rapport au pouvoir est quelque chose de personnel. Il peut-être douloureux, grisant, nous rendre oublieux de beaucoup de choses. Il peut être enivrant, envoûtant, presque incompréhensible, comme étranger. Mais il est surtout sensuel, presque sexuel, bienfaisant, relaxant, équilibrant. Sentir le pouvoir, le percevoir fluctuer, augmenter, et apparaître, c’est une bouffée chaude d’appréhension mêlée de respect, d’attente et d’excitation. Le pouvoir est un amant. Passé le premier étourdissement, où l’on se dit qu’on avait oublié cette émotion, on ose toucher, goûter, prendre entre nos mains un peu de ce dont on dispose. Si le pouvoir est tumultueux, il faudra se plier à lui, sans s’y perdre pour autant, sans souffrir de rien, ou alors s’y perdre profondément, pour ceux qui savent ces voyages là. S’il est doux, languissant, alors de nos mains nous le façonnerons, pour le faire lien, geis, serment, promesse à la nuit, épines, dons, souffles et murmures. Il n’y a pas de règles, pas de maîtrise de soi à garder, pas de noir vers lequel il ne faudrait pas tendre, il y a le goût du voyage, et sa connaissance, et sa maîtrise, uniquement.
Le pouvoir amène un acte de sens, une création, un art. Un voyage, une chance à tenter, un possible à étouffer de nos mains ou dans lequel insuffler un peu d’existence. Il est un pari, un jeu, avec lequel on apprend à composer, à apprécier les victoires, et peut-être encore plus, la blessure des échecs. Car quoi de mieux que la morsure d’une défaite pour nous emmener jusqu’au pouvoir, et peut-être revenir à soi, à travers, ou contre lui?
Manaz, Hagalaz, Pertho, Thurisaz,
Tournez, et dansez, filles du vent,
Changement et chance sur mon chemin.