lundi 24 septembre 2007
A kind a piano drama
Par Adrail, lundi 24 septembre 2007 à 13:48 :: Labyrinthe des mots

Alors, Vent, mon père, mon amant, comment te portes tu? Regardes tes mains fripées d'avoir trop pétri cette terre, tes yeux crevés d'y avoir chassé et trouvé chaque parcelle d'amour et de courage, et tes cheveux bien trop cassés d'avoir couverts humains et bêtes lorsque le froid était trop piquant. Te voilà bien faible, d'avoir tout donné à ce monde, d'avoir vu, vécu, soufflé et essoufflé les courses de ta vie. Tes combats se sont taris, tout comme ta beauté, et tu n'es plus que deuil, semblant d'existence, bientôt ombre sur les chemins. Il n'y a plus derrière toi que les portes que tu as passées, craquelées et devenues grinçantes sous tes assauts de jeunesse. Combien en as-tu ouvert, père, à ceci personne ne peut répondre. Mais qu'es tu devenu, que d'immortel, te voilà presque disparu de ce monde, que ne t'es tu pas débattu, comme d'autres, au lieu de t'amouracher de ces idiots humains? Au lieu de porter leurs rêves, leurs espoirs, leur foi et peut-être parfois leurs crimes sur ton dos. Comment es tu resté immobile, toi, soufflé, éteins, devant la beauté de leurs corps, devant leurs grands yeux de lagons ou de nuit? Comment as tu pu t'unir à eux, hommes et femmes, sans rien leur demander et leur prendre en retour? Tu as caché ta forme pour ne pas les aveugler, tu as faiblis ton pouvoir pour ne pas les tuer, tu as voué ta vie, car ton éternité est devenue simple et idiote vie, à les aider, encore.
C'est toi qui soufflait dans leur dos, c'est toi qui déliait leurs cheveux. Séchait leurs larmes, et faisait voler leurs voiles. Ils auraient pu être tes pantins, tu as préféré leur donner le choix. Leur permettre de te servir, de se perdre en toi, mais aussi d'être traîtres, perfides et parricides. Et regarde un peu, ne t'ont-ils pas usé? N'es-tu pas comme une bougie presque morte en quête d'oxygène? Que reste-t-ils de leurs espoirs en toi, maintenant que ton départ est proche? Que tu reste-t-il d'autre que ces larmes que tu verses en les voyant marcher au désastre, marcher à la fin, sans ce douter que le coin d'une rue, que laurée d'un bois, que le rivage d'un fleuve leur sera fatal? Pensais tu toujours les sauver? Alors dis moi, Vent, mon amour, que t'ont-ils donné d'autre que ces yeux de verre qui sans cesse ruissellent? Et que ne t'aurais-je donné, si tu m'avais aimé comme tu les as aimé. Une étreinte éternelle, une ivresse d'infini. Maintenant tu vas te tarir, et aucun vent ne soufflera plus sur la terre des hommes. Resteront pour eux les statues, les temples qu'ils ont fait à ton nom. Et tu mourra, les yeux ouvert, comme eux.
Brise.





