mardi 30 octobre 2007

Ciboulette :)







Passeur de nuit, frère, ne sais tu pas?
Que la robe est un chant, et le regard un pas?



Dans l'éphémère de ton pas silencieux,
Dans la fournaise de tes yeux enfiévrés
Où vas tu frère, reflet délicieux
De ma propre image, délicate et brouillée



La tournure de la main est plume d'oiseau
Le regard est un chat, qui l'attrape au vol
Qu'en est il encore, de celle-ci, en biseau
Fichée droite au revers de ton col



Vers quels cieux encor', frère, as tu volé?
D'aussi loin qu'Icare es tu revenu?
Point de soleil pour toi, triste enluné
Car c'est Dame Lune qui fait ta vertu



Mes questions sont hydres, des tortueuses
Qui tombent et repoussent, comme inachevée
D'aussi loin que la Lune, elle, est diseuse
Pauvre frère qui bien mal, est né muet



E si ton retours apparaît pour bientôt
Il n'en est rien, il se montre et se fuit
Gisent morts ton col et ton chapeau
Déposés à terre, par oiseaux de nuit



Point n'est tu mort, frère enchanté
Et tes longues complaintes je chante
A ces humains, émerveillés
De ce que Nuit cache sous sa mante




Image by Sephanie Pui-Mun Law

lundi 22 octobre 2007

Pot pourri - c'est toi le



- Silence -

Il exsude un venin goudronneux par tous les pores de sa peau. De lame, son sourire s'est fait brisure, ses yeux sont éteins et morts, et ses cheveux se sont fait filasses. Qu'il était fier, le protégé des souffles, celui que la dernière dame venait veiller. Et il n'est maintenant que silhouette déchirée, brouillée à travers même l'air. Il est comme une image vieillie de lui même, c'est un sépia déroutant. A le voir, on penserait qu'il va tomber, finir de s'ébranler et disparaître sous nos yeux, comme une ruine qui ne tient plus. Les attaches au monde on ceci de singulier qu'elles peuvent disparaître, bien avant, ou parfois bien après la mort. Lâchera-t-il prise, pour s'en aller flotter, prit au piège entre l'ici et l'ailleurs? Ou alors, faut-il regarder autre part? Faut il deviner la flamme qui ronge le regard, qui le dévaste encore, le reste de folie dans la tournure des lèvres, faut il encore voir les promesses au monde tatouées sur son corps, les anciens sceaux marqués profond dans la chair. Il n'y a pas de diminution que nous ne choisissions, le moindre est un refuge, un replis, une excursion dans un quotidien où l'on se tapis, où, fatigué, on peut errer au gré de nos questions. Et qui n'a pas aimé se sentir réduire, revenir à rien, enlever auras et glamour autour de soi, et, tout illusions dissipées, se laisser dormir à l'ombre? Peut-être que l'entier ne se trouve que dans la diminution. Quant à lui, il attend son heure, avec patience, et sourire de coin. L'heure de renaître au monde, de relever les danses, de rentrer dans les jeux. Car plus que tout, sa vie est jeu, de chute et de victoires, d'appartenance et de départs.

- Croche -

Je m'imagine très bien la scène. Elle pourrait, dans une maison en pierre du bordelais et aux rideaux épais et rouges clairs, commencer par :

"Bonjour, je m'appelle Thomas. Lorsque j'avais 5 ans, après la naissance de ma soeur, mes parents ont déménagés dans votre village de Lamothe Montravel. Nous avons habité dans cette maison, que vous voyez par votre fenêtre, donnant sur la route, sans jardin, un peu étroite, un peu sombre, condamnée à n'être que provisoire. C'est ainsi que j'ai connus votre père. J'étais enfant, et, cet homme, dont le visage me revient parfois, long, flûté, plus larges aux tempes, avec des yeux marrons dilués de vert sombre, des cheveux blancs cachés sous un béret, m'a appris bien des choses. Il m'a accueilli dans son jardin, tous les jours après l'école, pour me faire ramasser les légumes, jouer avec les lapins, apprivoiser la nature et surtout pour me raconter des histoires et des contes pendant des heures. Et je le suivais, guilleret, avec mes bouclettes noires qui flottaient derrière mon visage souriant, à travers son jardin ou parfois, mais plus rarement, sa maison. Ce jardin m'apparaît comme un monde. Peut être à cause de l'enfance, qui nous fait voir un monde dans chaque chose devant nous, à notre échelle. Je ne vois plus la clôture rouillée, je ne vois que les carottes, les pieds de tomates, les laitues et les lapins. Je ne vois plus que ce petit animal trouvé mort, un soir, et que cet oiseau mystérieux, atterrit près de nous. Et plus que tout, je me souviens que cet homme, votre père, ne m'a jamais appelé par mon prénom. Il m'a toujours prénommé Papillon. Viens là, Papillon. Regarde, Papillon. Ecoute, Papillon. Ne pleure pas Papillon, ça s'appelle la mort. Papillon, cours vite, ta maman t'appelle. Je ne sais ni ne saurai jamais qui était votre père, ni quel grand homme ce fut. Je ne saurai sûrement jamais qui j'étais à cet instant de ma vie, mais je sais que cet homme, que sa mémoire, demeure. Et si tous l'ont oubliés, alors sa mémoire ne s'évanouira qu'avec mon dernier regard sur le monde, comme un Papillon rattrapé par l'aurore."

- Noire -

Ces dernières nuits, j'ai pris des trains, j'ai passé des portes. Voilà deux soirs que je recommence à faire le passeur, alors qu'il y avait bien longtemps que ça ne m'était pas arrivé. Peut-être est-ce Samhain qui approche. En tout cas, il est sur que ces portes ne se passent pas sans ambages. Chacun d'elle m'a posé des difficultés, des épreuves. Une sorte d'ordalie imposée par chaque passage. Et cette fois, personne. Cette année personne, aucune présence à l'entrée des Seuils, pas de fourrées qui ricanent, pas d'ombre qui s'interposent. Juste un vide et une solitude glissante qui me ramènent encore à des questions. Des regrets et des mélancolies qui ne trouveront pas de réponse.

La dernière Dame ne couvre plus mes pas, elle me l'a dit il y a déjà quelques temps. Je me demande bien à laquelle des trois je serai jeté en pâture cette année. Jusqu'à ce temps, ce nouveau cycle, j'attend un Samhain que je crois déjà passé. Je n'ai plus peur de lui depuis longtemps, j'attends juste qu'il m'avale.

- Blanche -



lundi 8 octobre 2007

And he loved Arpegius






Non mais. Regardez le, ce pauvre rêveur, ce croyant fou. A ne plus écrire qu'en écoutant "Like spinning plates", de Radiohead, seul sur son lit.


Regardez le, l'incapable, l'aile froissée, le corps gourd mais le regard toujours flambant de fièvre. Impossible de les faire, ces choses, que l'on attend pourtant. Impossible d'être ce qu'il faudrait être pour être bien, pour se sentir entouré, pour s'intégrer vraiment. Non, toujours cette bizarrerie qui colle sa peau. Et au fond, rien d'autre. Impossible de sauter de joie en s'oubliant et en hurlant des slogans aussi drôles que bête, impossible de prendre les gens dans ses bras, impossible d'être drôle, sympathique, compréhensif, correct lorsqu'il le faudrait. Toujours en décalage, comme une horaire défaite, un rendez vous qui se déplace dans le temps. Et puis la gêne, d'être étrange, d'être à côté, de ne pas rentrer dans la veste, d'être trop gros, trop étalé pour ça.


Impensable de ne plus la sentir, cette mélancolie rampante, qui coule, qui serpente et fait tomber ces heures bleues. Impensable de ne plus partir, seul, s'asseoir devant un escalier de roche à pic, plongeant dans la nuit, dans ses cheveux filasses et couleur corneille. De ne pas appliquer ses lois, celle du regard, celle de la main et celle du pas. L'intention, le geste et la posture. Impensable de ne plus aller parler à la rivière, de ne plus rire seul devant l'eau qui clapote, de ne pas marcher, à demi ivre de nature, en se laissant caresser par le feuillage. Impensable de ne plus s'allonger dans les feuilles et la terre devant un arbre aussi vieux que sa lignée. Impossible de ne plus pleurer au son du monde, de ne plus rire à l'écho de l'univers. Impensable, enfin, d'avancer, sans ces yeux qui voient, cette main qui tisse, et ces pieds qui mènent en avant.


Regardez le, celui là. Qui ne peut se forcer à être ou à faire, qui reste là, pétrit de défauts et de failles, qui tombe presque en miette lorsqu'il voit qu'il doit faire ce qui n'est pas de sa nature. Cet incapable de trahir son essence. Cet inadapté trop statique, fier et boursouflé de regrets. Cette poussière qui se prend trop pour Dieu, et pas assez pour rien.


Non mais. Regardez le, regardez ce pauvre lui qui n'est que moi.






Oui, vous me manquez, vous qui ne m'avez jamais demandé d'être quelque chose. Je crève de vous. But don't worry. I'll show them.