lundi 31 décembre 2007

Clinique privée, femme bionique





Se glissent sous sa peau des milliers d'années, et dans ses yeux le triste regard d'aujourd'hui. Il est malade de ce monde, un monde où même aimer ne sauve plus, puisque l'amour peut être fatal. Un temps où la grandeur n'a plus sa place, et où les temples qui ont marchés avant nous finissent imprimés sur des tasses à café. Aux commissures de ses lèvres, des traces sèches d'alcool, de friandises, de chocolat, comme des restes de l'oubli qui seul le tient en éveil. Puisque de toute façon, seul l'oubli est de mise dans une réalité qui s'efforce de ne pas voir, de tourner la tête et de changer de trottoir. Au bout de ses cils, des perles de rosées, témoins silencieux de la beauté naturelle, qui finiront par sécher si le soleil se lève enfin. Il n'y a plus qu'à marcher, arpenter l'horizon comme ultime échappatoire, porteur de ce qui manque viscéralement à ce siècle, un peu d'espoir. Et peut être en ceci mieux vaut oublier, rester ivre le temps qu'il faudra, fermer les volets de notre conscience et prétendre ne pas voir cette infinité de morts sous nos fenêtres. Parce que l'oubli ne peut pas être une fin, et il annonce toujours un réveil. Et peut-être ce réveil sera-t-il celui de nos consciences, attisées par ceux qui, toujours, restent dans les seuils pour prévenir, remuer le monde. Les poètes, les écrivains, les musiciens, toute cette caravane d'artistes que l'on veut oublier pour ne pas trop penser. Penser est leur métier, le façon d'être au monde, alors, laissons les faire, puisqu'ils le font si bien. Et oublions.

Se glissent sous sa peau des milliers d'années, et dans ses yeux le triste regard d'aujourd'hui. Il n'a pas pu oublier l'autour, ni même y prétendre. Il reste assis, dans un recoin de la ville, à dessiner sur les pavés des promesses de jour meilleurs à la craie grasse. Il n'y a pas de promesses, il n'y a que des choix, dit-il, lorsque quelqu'un l'écoute. Puis il se bouche les oreilles, pour ne plus entendre.



samedi 22 décembre 2007

Ma personne.










Sensation


Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, – heureux comme avec une femme.




Arthur Rimbaud, extrait de "Vers".

mardi 18 décembre 2007

It messes you whole head and soul up.



Fable.
La Brise et le Lagon.




Brise n'aurait pas pu l'admettre, mais il y avait bien des jours où les mots n'avaient aucune utilité. Où ils étaient vides, comme des feuilles mortes sous ses doigts, de la chair faisandée. Sûrement parce-que, comme tout ce qui jonche cette terre, ils ont été façonnés comme les humains, vacants, finis. Et cet arrêt net dans l'essence des mots lui posait le plus gros problème qui soit. Lui qui ne vivait que de plume et d'encre, voilà les fils de ses armes les plus tranchants émoussés, les renforts de ses boucliers friables, ses plumes et ses couleurs soudainement fade. Il pensait peut-être qu'une raison de vivre en avait chassé une autre, et en cela il se trompait. Brise n'avait pas encore tout à fait compris tous les travers de son art, mais il s'y efforçait, retenant leçon après leçon, proverbes et vérités. Il apprit que parfois seul l'expérience est une leçon, et en soit si forte qu'elle reste gravée dans l'âme, cette âme qu'il avait toujours imaginée parée de rouleaux de tissus brodés de glyphes. Il prit alors conscience que toutes les magies ne se brodent pas, certaines brûlent, bien plus loin que la glace et le feu.

En soit, Brise n'était qu'un enfant. Un de ceux que l'on retrouve souvent les yeux en l'air, penseur et muet. Pourtant muet il n'était pas, lui qui parlait de peur du silence. Ses pensées, elles, étaient un tourbillon, un ouragan de paroles, de chants et de murmures dans lequel il ne trouvait pas toujours un chemin sur. Vivre sans question est une longue et terrible attente, mais vivre paré de demandes et d'attentes est une épreuve. Malgré sa dureté, ses recoins coupants et ses alcôves glacées, l'esprit de Brise demeurait sa meilleure cachette, le plus bel observatoire du monde qui lui ait été donné. Et peut-être en ceci s'aimait-il un peu trop. Il n'avait trouvé qu'un pont entre les flots qui l'habitaient et la matière, et il se l'était à ce point approprié que parfois l'encre devenait son sang. Plus qu'un pont, l'encre était une intention au monde, un espoir jeté, une encre de papier. Il y plaçait ses espérances, ses peurs les plus basses et parfois même des parcelles de ce qui vivait de plus abject en lui.

Vient toujours l'instant où nous tombons. Le revers du destin qui nous emporte et nous jette au bas de la colline que nous venons de gravir, avec perte et fracas la plupart du temps. Cette chute, lorsque Brise s'y sentit glisser, il s'y jeta en entier. Pas parce qu'il était téméraire, ni fou, mais parce-que la cause de cette chute n'aurait pas consentit à une autre preuve. Quand, au gré de ses voyages, il trouva le Lagon, il n'eut d'autre choix que de tomber pour lui. Il s'y décida car jamais une chose aussi intense n'avait été portée à ses yeux. La plus profonde des mers, les plus brillantes émeraudes ou aigues-marines n'eurent jamais ce bleu, cette eau pleine de flammes, ce brouillard fumant sur des lacs d'hiver. C'est ainsi que Brise perdu ses mots, bafouilla, ne sut plus écrire ou parler, et combla par des gestes ce qu'il écrivait bien avant. Il apprit à mettre les pieds hors de l'observatoire, et couru après le Lagon. Et il le trouva, car ce dernier arrêta sa course pour lui. Alors, face à cette essence qui battait comme un coeur, il plongea. Au moment où il toucha la surface, il fut gelé, mille fois mort au monde. Puis il gagna le coeur du Lagon, et il apprit, sûrement au dépend d'une grande désillusion, que parfois les mots n'ont qu'à se taire, car le monde les à fait imparfaits.




J e m e u r s d e t o i .

dimanche 9 décembre 2007

I'm gonna be brave



Je vais retourner me perdre dans les pentes de la Croix rousses, entre les librairies étriquées et les rues qui font office de galeries d'art. Je vais retourner sur la place des Terreaux avec la pie, et nous rencontrerons encore des inconnus en listant les 7 merveilles de notre ville. Encore, des soirées à déprimer sur un banc de Bellecour, où à rire sur les quais du Rhône, près du pont de la Guillotière. Encore des errances à St-Jean, et des soirées pleines de thé dans la rue de la Juiverie. Des nuits et des journées dans la rue Salomon Reinach, blottit contre un coeur, et des moments tranquilles devant mes fenêtres, sur la place Edgar Quinet. Des visites dans les roseraies de la Tête d'Or, des rencontres inattendues et incroyables près de Fourvière, juste à côté de la basilique, et cette vue impossible. Des cordes, des touches et des cuivres à l'auditorium de la Part Dieu, des concerts près de Villeurbanne. Des repas et d'autres soirées at the amazing 42 rue de Bancel, des descentes dans un appartement en sous sol de l'île. Et aussi la place des Voraces, la fourmi rouges et des verres de bière. La rue Sainte Catherine, les soirées quiz et les mamies brioches. Le vélov' sur la passerelle du Collège, et l'homme qui faisait du kung-fu sur le pont de la Guillotière. Le repère du Smoking Dog, des errances et des errances...


dimanche 2 décembre 2007

I'm gonna be free






C'était un matin de Décembre, très tôt. L'air était presque bleu de froid, et les arbres baissaient les branches en sentant leur sève geler et éclater petit à petit. La gare était pleine de monde, comme une grosse boursouflure grouillante sur le paysage gelé de la ville. Il sortit du train ivre de sommeil, n'ayant pas vu passer le trajet, pas plus que la journée de la veille. Les restes de rêves accrochés dans ses cheveux se mêlaient au plaisir de revenir chez lui, entre Rhône et Saône, et il se souvenait encore de visages retrouvés, et de Paris, morte à ses pieds, crevée et vide. Il attendit sur le quais de la gare mais personne ne vint pour lui. Il poussa son corps jusqu'aux escaliers, et grimpa, indécis quant à quoi faire, puisqu'il n'était pas venu, un reste d'espoir lui papillonnant dans l'estomac. Il marchait dans l'air froid, sans rien voir, puisque son esprit était ailleurs. Dans un détour du regard, il le vit alors, et peut-être eut-il l'impression d'ouvrir les yeux au monde à ce moment précis. Il se laissa couler dans ses bras, et l'embrassa, sans un mot, sans un sourire. Il cueillit l'instant dans ce baiser qui aurait pu conjurer l'hiver, défaire la froidure du matin. Et ce baiser, long et silencieux, était un secret partagé. Il lui disait, entre ses lèvres, perdu entre le bleu de ses yeux et celui du ciel, que pour lui, il était prêt.