mardi 29 janvier 2008

Opale ou rubis?


Parc Feyssine 1.2


Il, ou Elle, était appuyé sur la rambarde du balcon. La braise de sa cigarette s'allumait et s'éteignait, comme une luciole fainéante, épuisée par le rideau de pluie qui barrait le ciel. Il y avait dans l'air cette chaleur humide qui donne envie d'ouvrir les fenêtres et de se planter devant. Une moiteur comme un appel, un besoin de danser sous une véranda, à l'abris de l'eau mais pas de la bruine. Un rappel sensuel de la peau après l'amour, hérissée et apaisée dans un même temps. Alors Il, ou Elle, se mit à danser, enserrant les ombres des rideaux de la baie vitrée. Il, ou Elle, se mit à tournoyer, à onduler, comme pour célébrer la pluie qui venait chasser la lourdeur du temps. La peau était en sueur, le regard stricte, un rien fiévreux, par l'effort combiné de la danse et du crépuscule. L'orage approchait, on pouvait le sentir sur le bout de la langue. Une sorte de présence soufrée qui aurait épicé l'air. Il, ou Elle, cessa de danser, tira sur sa cigarette, et se dirigea vers l'intérieur. Un parapluie à la main, Il, ou Elle, sortit sous la pluie, et pris les petits chemins de goudron. Une fois sorti de la ville, un peu plus loin dans les champs, les nuages n'étaient pas si sombres. Le soleil couchant, mielleux et encore assez brillant perçait à travers la chape grise qui couvrait le ciel. On raconte encore par là-bas que l'on ne vit jamais autant d'arc-en-ciel, ni d'aussi beaux. Les flaques sur la petite route clapotaient sous les gouttes légère, et Il, ou Elle, avait donné son parapluie à une vieille en chemin. Le vent se mit à souffler, et la moiteur de l'heure d'avant se dissipa rapidement. Alors Il, ou Elle, couru à travers les champs de cane à sucre. Essoufflé, Il, ou Elle, s'allongea sous un grand saule. Alors, il se mit à gronder dans la nuit qui était tombée. Et l'orage, bordé d'étincelles, fondit sur la ville.

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lundi 28 janvier 2008

Le poids d'années qu'ils n'ont pas sur les épaules


Extraits du carnet "rêve appliqués", 2006-2007

En tournant les pages, c'est une vie que l'on dépouille de ses richesses, c'est un horizon que l'on défait de ses contours, un ciel étoilé que l'on vide de toute lumière. Regardent encore, les yeux, avides et assoiffés, qui, de toujours, se repaissent de ce qu'ils n'ont pas. Au rêveur d'arracher son esprit, pour l'offrir en pâture, festin et sacrifice, puisqu'il n'est qu'en ceci ce à quoi son âme aspire : libre.

03.10.06


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(...) Et quand bien même n'est-ce pas le cas. Quand bien même nos existences ne seraient que des copies, ces factices en plâtres, mornes et fragiles, quelle sagesse y'a-t-il à faire le choix de croire, à défaut d'abandon? Et si croire appelle la folie, alors qu'elle vienne (...)

05.10.06


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(( Sooshi ))

Et on pleure, on s'en remet au bon sens, on attendrait peut-être un peu plus que notre monde se construise. Au final nous sommes tous des sabliers inertes, posés sur la tranche, immobilisés par la voix des poètes, une nostalgie des jours glacés par la touche de retour en arrière d'un vieux magnétoscope, comme notre présent qui se fige. Et au milieu des rires qui résonnaient un peu partout, on s'est assis dans le sable et on a regardé le ciel, puis tout est devenu simple. Nous sommes des artistes, les courbes du ciel nous appartiennent.... Oui, le monde est à nous, mais personne ne le sait.

09.10.06


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A force de perdre notre temps, on finira par jeter nos horloges, ces corbeaux de tempête.

10.10.06


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Je ne vais pas pleurer. Je ne vais pas m'arrêter de tourner, encore et encore, comme un soleil ivre de lumière. Je ne refermerai pas mon esprit et ses portes, plus jamais. Je veux boire le monde et le dévorer jusqu'à me rassasier de couleurs, de sons, de souvenirs et d'images. Je ne veux plus jamais délaisser le présent et laisser glisser mes espoirs, comme des ombres qui s'évaporent, en espérant des réveils baignés de joie, des lendemains radieux. Je ne veux plus laisser se faner ce que je vis au profit d'un éventuel "ce que je vivrai", qui ne sera jamais plus qu'une bulle de pensée imaginaire. Les cheveux détachés, dans le froid piquant du matin, éblouis par les premiers rayons du soleil et caché sous mon écharpe, par trois fois, par trois fois je fais ce serment.

10.10.06


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" Il y a des êtres, qui, de dos, nous promettent un secret. Leur nuque, leurs reins, leurs omoplates ont tellement de présence qu'ils nous remplissent d'appréhension. Lorsqu'ils se retournent, ils nous font vivre un coup de théâtre, avec ses risques; risque que nous soyons enthousiasmés, risque que nous soyons déçus"

- Eric-Emmanuel Schmitt -

Cours y'a les flics. Et si on dormait sur les quais. Prête moi ton pull. Au fond on était bien tous ensemble on aurait presque pu rêver le vent qui nous détruisait le visage. Youpi j'ai 17 ans.

(( Neko ))

23.10.06


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(...)Et je me suis pris à rêver que je connaissais de tels enfants, et que j'en étais un. Parce que j'en connais, de ces gens qui ne sacrifieront jamais leur monde sur l'autel des convenances. Parce que jusqu'ici, c'est ce que j'ai toujours été.

J'entends toujours des voix dans le souffle du vent.

24.10.06


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Il y avait ce train qui filait dans le froid, là, dehors. Et ce soleil qui déchirait le ciel, embrasait les quelques nuages, comme un océan flottant au dessus de nos vies. Rose, jaune, étincelant. Puis il y eu l'éclat de l'eau, le Rhône, immense et calme, les berges claires. Puis les nuages noirs de la centrale, et l'image vieillissante du progrès de l'homme, selon ses dires orgueilleux. Et cette chanson, Lights, toujours la même, mais différente à chaque fois. Une chanson comme un défi au temps qui passe, comme un rappel immuable de la beauté et de la vie. Une de celle qui font des étoiles, des rêves, et peut-être même des chemins. Et moi. Un petit bout de chair palpitante dans l'immense monde qui tourne autour de nous. Moi qui noie mon regard de ce ciel splendide, qui saoule mes oreilles de cette musique enivrante, et qui pousse ma main à écrire plus, encore, encore... J'ai l'impression d'arracher mon coeur et de le jeter sur ces rails qui me ramènent vers mon présent. Mes lèvres se crispent, on dirait que je les pince. Neufs jours en Ardèche. Rien du tout. Et tant de choses. Le temps de me rendre compte des brisures, des écarts entre les gens. Le temps de revoir certains que j'aime, de rire à ne plus savoir où je suis, le temps d'un concert, d'une soirée dans les champs, d'une journée à Montélimar, d'une nuit entre les tentures de la chicha et celles de la chambre de Cécile. "The hurt of emptiness" dit la chanson qui défile. Je ne sais pas si je ne l'ai pas sentis, ce "hurt" du vide, si, je crois. Je me suis vu rien, loin de ce qui me fais moi, aujourd'hui. C'est dur de perdre mes repères.
(...)
Un peu comme ce garçon que je viens de voir passer sur le quai, on s'arrête à Valence. Cheveux longs, caché dans son écharpe, immobile, pensif, on croirai presque à une sculpture intemporelle. Il retrouve un ami, ils s'embrassent, marchent, parlent, et la bulle se brise, le cours de leur vie redémarre. Plus d'image. Plus de symbole, des sourires, des éclats de voix, un peu plus de moments gagnés contre le joug du temps qui passe. Le train qui redémarre. Ils ne me connaîtrons jamais, et vice versa, mais ils ont nourri ma plus, le temps d'un arrêt dans un quai de gare. Et je crois que ma vie c'est aussi ça.

09.11.07

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mercredi 23 janvier 2008

A better one.



Brise avait mal au ventre, et rien ne semblait pouvoir enrayer cette bête enragée qui lui mâchait les viscères jours après jours. Il connaissait tant et tant les raisons de la présence du monstre qu'il aurait voulu être ignorant, mais à chaque fois qu'il fermait les yeux, elles revenaient danser dans la pénombre de ses paupières. La peur, la colère, l'orgueil étaient des amis de voyage, et tout comme des amis, avaient cette façon que l'on a de lacérer plus subtilement ceux que l'on connaît. Il n'est jamais facile de vivre avec soi, et surtout lorsqu'on aime. C'est à cette conclusion que Brise se heurtait chaque fois qu'il tentait de réfléchir encore, d'analyser, de découper, de s'obséder, finalement, ce qu'il faisait peut être le mieux. Il aurait voulu être une meilleure personne, moins effrayée, plus capable, moins hasardeuse, et pouvoir utiliser ce cynisme et cet aplomb dont il savait faire preuve en toute circonstances. Mais cela n'était pas le cas. Il découvrait un peureux, un pleurnichard, un revanchard, un idiot et un tremblant en plus de l'orgueilleux, du vaniteux, du colérique et du torturé qu'il savait déjà l'habiter. Il se demandait, si en tombant amoureux, il n'était pas tombé au plus bas de lui même. Et toute cette haine et cette colère dirigée contre lui finissait acide dans son estomac. Il avait beau savoir qu'il lui fallait faire preuve de lâcher prise, il n'en avait jamais été capable, jamais sans abandonner, jamais sans remettre en cause. Brise se battait, de plus en plus fort, pour accepter que chaque chose, chaque événement, n'était pas à un extrême ou à un autre. Qu'un mot ne pouvait être qu'un mot, qu'un geste ne pouvait être qu'un geste, quelque part que parfois, le monde devait être réel et finit, et que son univers de mélancolie et de perfection était aussi inexistant que ce qu'il se pensait être. Il se détestait d'être ce bâtard sensible impossible de ne rien prendre en offense, d'être une guimauve débile incapable d'accepter le "c'est comme ça", de toujours faire d'une excuse la multiplication du pain, bref, il voulait vomir cet espèce de truc dégueulasse et collant qu'il voyait dans le miroir.

Mais Brise n'était pas battu d'avance. S'il ne comprenait pas la fatalité, cela s'appliquait aussi à lui, et il s'entêtait à se changer, à s'arranger, car peut-être, se disait-il, le but d'une vie est aussi d'être une meilleure personne. Alors il s'entraînait, à se taire lorsqu'il le faut, à laisser glisser sur sa peau ce qu'il prenait toujours de travers, et la certitude tenace qu'il ne se laisserai jamais bouffer lui collait au cul. Vu que sa tête s'évertuait à décortiquer, réfléchir encore et encore chaque chose, chaque mot, il était décidé à s'en servir pour le meilleur, et pas pour cette torture mentale quotidienne. Il voulait se sentir grandir, progresser, rattraper une solidité et un aplomb qui ne le feraient pas s'effondrer au moindre mot lorsque son coeur était gagé sur le tapis de jeu. Il se mit à parler à ses peurs au lieu de s'obséder de constater leur existence, puis, dans l'instant d'après, de la nier en se disant que "tout va bien". Il décida de croire qu'il ne loupait pas nécessairement tout, et que finalement, le jeu n'a d'ivresse que quand il est total. Cela voulait dire qu'il lui faudrait pouvoir lâcher du mou à son coeur, oser dire ces "je t'aime" et supporter ces gestes même si le retour était absent.

Il se repassait sans cesse les lois des fées dans sa tête, comme des mantras. Le pas avec lequel on marche est aussi important que l'endroit où l'on va. Le pas, le regard et le geste. Le jeu n'a de valeur que lorsqu'on s'y met nu. La vie n'a de valeur que si l'on y joue. Et petit pas par petit pas, il se changeait, parce qu'il l'avait décidé, et parce que l'enjeux dépassait de loin une ridicule crise d'adolescent. Cet enjeux était une redécouverte sous chaque regard, une promesse de volupté et de folie, une morsure en place et lieu d'un baiser. Il était un rire dans la nuit qui tombe, et une caresse dans le matin qui s'allonge. Cet enjeux avait le tranchant d'une plume, la persistance d'une encre sombre, la présence d'un lac, frissonnant sous le reflux. C'était un de ces êtres que l'on regarde pour apprendre, que l'on tente de comprendre, mais pas trop, de peur de moins les aimer. Un de ceux que connaître apporte un sourire, suivit d'un frisson. C'était un de ceux qui possèdent des vérités sans parfois en avoir conscience, et en dessous desquels on voudrait se blottir pour qu'un peu de sagesse retombe sur nous aussi. Un enjeux, enfin, comme un appel au monde. Cet enjeux se nommait le Lagon.


samedi 19 janvier 2008

Season spirits









Home is behind,
The world ahead,
and there are many paths to tread,
through shadow
to the edge of night,
until the stars are all alight,
mist and shadow,
cloud and shade,
all shall fade
all shall...fade.





Nous sommes les esprits de saison, nous murmurons au vent. Et parfois, il nous répond. Alors, nous pouvons délier les noeuds, percer les mystères, voir au travers des fils. Détruire un morceau de la trame, et s'attirer les foudres des trois harpies.



mercredi 9 janvier 2008

¡No pasarán!


Drôle cette façon qu'un texte long ne peut l'être que pour accoucher difficilement d'une importance.


Extrait du journal, s'il en restait un.

(...) Je suis heureux. Je tiens pour accommodant ce pacte que j'ai passé avec ma cervelle détraquée depuis bien longtemps. Lorsque tout va mal, aide moi à retrouver un bout de ciel. Lorsque j'irai bien, j'aspirerai un peu de ton pus. Donc j'aspire, j'aspire, et je ne désespère pas d'un jour curer l'abcès. En attendant, je trouve finalement que ce pus que j'aspire n'est pas si amer. Il a quelque chose d'aigre-doux qu'on toutes les vicissitudes de nos âmes, un aigre de perversion amenée par trop de peine, et une douceur d'humanité qui demeure en toute chose.