Extraits du carnet "rêve appliqués", 2006-2007
En tournant les pages, c'est une vie que l'on dépouille de ses richesses, c'est un horizon que l'on défait de ses contours, un ciel étoilé que l'on vide de toute lumière.
Regardent encore, les yeux, avides et assoiffés, qui, de toujours, se repaissent de ce qu'ils n'ont pas.
Au rêveur d'arracher son esprit, pour l'offrir en pâture, festin et sacrifice, puisqu'il n'est qu'en ceci ce à quoi son âme aspire : libre.
03.10.06
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(...) Et quand bien même n'est-ce pas le cas. Quand bien même nos existences ne seraient que des copies, ces factices en plâtres, mornes et fragiles, quelle sagesse y'a-t-il à faire le choix de croire, à défaut d'abandon? Et si croire appelle la folie, alors qu'elle vienne (...)
05.10.06
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(( Sooshi ))
Et on pleure, on s'en remet au bon sens, on attendrait peut-être un peu plus que notre monde se construise. Au final nous sommes tous des sabliers inertes, posés sur la tranche, immobilisés par la voix des poètes, une nostalgie des jours glacés par la touche de retour en arrière d'un vieux magnétoscope, comme notre présent qui se fige. Et au milieu des rires qui résonnaient un peu partout, on s'est assis dans le sable et on a regardé le ciel, puis tout est devenu simple. Nous sommes des artistes, les courbes du ciel nous appartiennent.... Oui, le monde est à nous, mais personne ne le sait.
09.10.06
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A force de perdre notre temps, on finira par jeter nos horloges, ces corbeaux de tempête.
10.10.06
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Je ne vais pas pleurer. Je ne vais pas m'arrêter de tourner, encore et encore, comme un soleil ivre de lumière. Je ne refermerai pas mon esprit et ses portes, plus jamais. Je veux boire le monde et le dévorer jusqu'à me rassasier de couleurs, de sons, de souvenirs et d'images. Je ne veux plus jamais délaisser le présent et laisser glisser mes espoirs, comme des ombres qui s'évaporent, en espérant des réveils baignés de joie, des lendemains radieux. Je ne veux plus laisser se faner ce que je vis au profit d'un éventuel "ce que je vivrai", qui ne sera jamais plus qu'une bulle de pensée imaginaire. Les cheveux détachés, dans le froid piquant du matin, éblouis par les premiers rayons du soleil et caché sous mon écharpe, par trois fois, par trois fois je fais ce serment.
10.10.06
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" Il y a des êtres, qui, de dos, nous promettent un secret. Leur nuque, leurs reins, leurs omoplates ont tellement de présence qu'ils nous remplissent d'appréhension. Lorsqu'ils se retournent, ils nous font vivre un coup de théâtre, avec ses risques; risque que nous soyons enthousiasmés, risque que nous soyons déçus"
- Eric-Emmanuel Schmitt -
Cours y'a les flics. Et si on dormait sur les quais. Prête moi ton pull. Au fond on était bien tous ensemble on aurait presque pu rêver le vent qui nous détruisait le visage. Youpi j'ai 17 ans.
(( Neko ))
23.10.06
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(...)Et je me suis pris à rêver que je connaissais de tels enfants, et que j'en étais un. Parce que j'en connais, de ces gens qui ne sacrifieront jamais leur monde sur l'autel des convenances. Parce que jusqu'ici, c'est ce que j'ai toujours été.
J'entends toujours des voix dans le souffle du vent.
24.10.06
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Il y avait ce train qui filait dans le froid, là, dehors. Et ce soleil qui déchirait le ciel, embrasait les quelques nuages, comme un océan flottant au dessus de nos vies. Rose, jaune, étincelant. Puis il y eu l'éclat de l'eau, le Rhône, immense et calme, les berges claires. Puis les nuages noirs de la centrale, et l'image vieillissante du progrès de l'homme, selon ses dires orgueilleux. Et cette chanson, Lights, toujours la même, mais différente à chaque fois. Une chanson comme un défi au temps qui passe, comme un rappel immuable de la beauté et de la vie. Une de celle qui font des étoiles, des rêves, et peut-être même des chemins. Et moi. Un petit bout de chair palpitante dans l'immense monde qui tourne autour de nous. Moi qui noie mon regard de ce ciel splendide, qui saoule mes oreilles de cette musique enivrante, et qui pousse ma main à écrire plus, encore, encore... J'ai l'impression d'arracher mon coeur et de le jeter sur ces rails qui me ramènent vers mon présent. Mes lèvres se crispent, on dirait que je les pince. Neufs jours en Ardèche. Rien du tout. Et tant de choses. Le temps de me rendre compte des brisures, des écarts entre les gens. Le temps de revoir certains que j'aime, de rire à ne plus savoir où je suis, le temps d'un concert, d'une soirée dans les champs, d'une journée à Montélimar, d'une nuit entre les tentures de la chicha et celles de la chambre de Cécile. "The hurt of emptiness" dit la chanson qui défile. Je ne sais pas si je ne l'ai pas sentis, ce "hurt" du vide, si, je crois. Je me suis vu rien, loin de ce qui me fais moi, aujourd'hui. C'est dur de perdre mes repères.
(...)
Un peu comme ce garçon que je viens de voir passer sur le quai, on s'arrête à Valence. Cheveux longs, caché dans son écharpe, immobile, pensif, on croirai presque à une sculpture intemporelle. Il retrouve un ami, ils s'embrassent, marchent, parlent, et la bulle se brise, le cours de leur vie redémarre. Plus d'image. Plus de symbole, des sourires, des éclats de voix, un peu plus de moments gagnés contre le joug du temps qui passe. Le train qui redémarre. Ils ne me connaîtrons jamais, et vice versa, mais ils ont nourri ma plus, le temps d'un arrêt dans un quai de gare. Et je crois que ma vie c'est aussi ça.
09.11.07
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