mardi 13 mai 2008
San Francisco
Par Adrail, mardi 13 mai 2008 à 01:43 :: Labyrinthe des mots
Devant mon lit, la fenêtre est ouverte. Ouvert sur la nuit, un pan de mur déchiré par lequel s'engouffre l'air du soir. Il fait assez froid pour se blottir sous la couette et conjurer la nudité, mais, habillé, on peut s'étendre sur le lit et renverser sa tête pour se loger dans le ciel. Voir défiler les nuages, en devinant les étoiles que la ville cache. Je me revois à ma Sablière, cet endroit que je me représente encore comme le bonheur, étendu sur ma couette, en dessous de ma fenêtre, dans la pente du toit, en train de fumer et de regarder les constellations.
Après un mois sans cours, je peux presque affirmer que si le choix m'était donné, je n'y retournerai plus. Mais voilà, il le faut, ce diplôme, il la faut, cette reconnaissance. Ce salut de la tête de la société qui nous indique qu'à présent, oui, on peut se jeter dans ses rets. Je sors de cette année en ayant l'impression d'avoir accumulé la fatigue d'une vie. Pas par travail ou par horaires, non, mais parce que qu'il y a de plus mauvais dans les petites communautés fermées. Les ragots, les rumeurs, les guerres, les haines, les regards, les apparences, les parades. Je croule de voir que je me suis prêté à ce jeu malsain et que plus encore, je l'ai parfois adoré. J'en ressors avec une communauté, une vraie, toute petite, faite de personnes qui me suivront encore pour un bon morceau de chemin, et pour qui le ragot n'a pas valeur de satiété. Je garde juste ces quelques personnes dans le coin de mon esprit où restent ceux qui importent, ceux dont les rires sont des satisfactions entières, et dont la présence, c'est sur, est une satiété. Je préfère oublier tout ce qui n'a finit que trop mal et par trop de recours bas.
Je pense à cet été, à mon sac, à la route devant moi et au grand pas dans la solitude. J'en attend tellement. J'en attend la force de résister à toute cette misère si jamais elle m'enjoint à nouveau de la suivre, j'en attend une reconnaissance, de moi à moi, un regard différent, des yeux un peu plus vieux, un appareil rempli et des moments pour combler le froid de l'hiver. Je me souviens encore, comme si c'était hier, des nuits sur le toit de la Sablière.
