lundi 29 septembre 2008

Ecrire.

Ecrire est une chose étrange. Ecrire est un organe avec lequel on naît mais duquel on ne se défait point. Ecrire est une introspection, un retour vers soi, un repli profond, là, loin à l'intérieur. Et pourtant, c'est une projection face au monde, c'est un défi excitant, palpitant, celui de se vomir, de se modeler, de se mettre en scène. C'est se jouer des masques, savoir les manier et choisir de n'en porter aucun.

Ecrire est une plainte, un chant ou un cri. C'est une tension entre l'être et son reflet, entre l'esprit et le corps, entre le vouloir et le pouvoir. Pour Nietzsche, la philosophie est proche de la maladie, puisque la pensée se trouve plus pure dans les humeurs qui, malade, agitent l'homme. Ecrire est à la fois une maladie, un diagnostic et un remède. C'est une cure de soi, un plongeon salvateur là où les mots n'existent pas, et où seules, les émotions affrontent les pensées, et parfois vont de pair avec elles. Ecrire, c'est trouver la puissance, cet élan qui se répand, se diffuse dans chacun pour élever l'homme, c'est à dire le faire tomber en deçà de lui, toujours plus en dedans, pour qu'il y trouve l'immanence.

Ecrire est un don, qui ne nous offre pas son choix, mais nous permet de le choisir. C'est le choix d'un système cognitif, d'un art plein de méandres, d'un aplat de la pensée, d'une coupe à vif de la chair et du monde. Comme toute lancée, comme toute décision, écrire est une fulgurance.

dimanche 28 septembre 2008

Revenir.

Je suis revenu au 7 place Edgar Quinet. Dans mon petit appartement aux murs clairs, sous mes immenses fenêtres, le parc en contre bas, l'immensité du ciel au dessus. Et ce faisant, je n'ai plus rien trouvé qui m'appartenait à l'intérieur. J'ai posé mon regard sur tout ce que j'avais laissé, avant de partir sillonner l'été, et je n'ai rien vu, seulement cligné des yeux, sous le picotement de la poussière du souvenir. Alors j'ai entrepris de ranger, de jeter, d'éloigner ce qui s'était trop éloigné, et de garder ce qui était encore présent, loin à l'intérieur.

Cet intérieur, aveugle à lui-même. Comme si ce miroir là n'avait plus sens, comme s'il s'était brisé au fil des rencontres et des expériences. Erodé par trop de vie coulée. Puisque vivre, c'est s'arracher une existence, c'est se jeter de toute ses forces contre soi même, toujours plus fort, pour imploser, exploser, se répandre alentour, et, peut-être, commencer à comprendre. Comprendre que l'on se punit toujours plus fort que l'on puni les autres, comprendre qu'il n'y a pas à regretter, et que l'on peut se tromper, s'égarer, se méprendre, si l'on demeure toujours sous sa propre justice.

Je reviens, parce-que je ne crains plus de me tromper, de faillir, de blesser mon honneur et de salir mes mains. Je reviens, aussi, parce-que je mesure les regards, les opinions, les jugements. Et parce-que ce jugement là ne m'arrête plus. Qu'on me l'applique, qu'on me le colle au visage n'a plus d'importance.

Je reviens, comme l'on reviens toujours, avec une déchirure et des pistes nouvelles, l'un n'allant jamais sans l'autre. Puisque tout doit se recommencer.

mercredi 24 septembre 2008

Salir.

Revenir sur ce que l'on a sali n'est pas facile. Il faut pour cela accepter ses erreurs, les comprendre. Il faut se plonger en soi pour saisir, entre ce qui tremble et ce qui demeure, quels fibres nous composant nous ont lié à tel ou tel destin. Il faut encore, et surtout, savoir écouter les autres, apprendre des mots suspendus dans l'air, et accepter d'avoir perverti sa plume, peut-être pour la retrouver mieux.