mardi 30 décembre 2008
MOTO
Par Adrail, mardi 30 décembre 2008 à 12:00 :: Brèves
Jean luc Godard
mardi 30 décembre 2008
Par Adrail, mardi 30 décembre 2008 à 12:00 :: Brèves
Jean luc Godard
Par Adrail, mardi 30 décembre 2008 à 11:34 :: Brèves
Je prenais les rails pour quitter Thonon, comme toujours. Avachis dans le train, je collais mon visage à la vitre, devant les champs et les campagnes tachées de neige. La semaine qui venait de s'écoulait avait été éprouvante, à la façon d'un long effort constant, une crispation ténue mais bien présente, comme un muscle bandé qui ne peut se relâcher lorsqu'il commence à brûler. J'avais ce sentiment physique de fatigue, d'épuisement, de relâchement attendu. Mon ventre piquait encore de ce que ma tête lui avait infligé durant les sept derniers jours. En suffisamment de temps pour créer un monde, j'avais pensé, pensé peut-être plus qu'au cours des derniers mois écoulés. J'avais laissé la liberté totale aux voix de se cabrer, de ruer sous la couverture de mon crâne, de trépigner. J'avais peu dormi et beaucoup tourné en rond. Sous la houle des pensées, j'avais mal, car soumettre ce que l'on est à son propre questionnement est certainement le livrer à la plus cruelle Gestapo qui soit. Une partie de moi, retranchée derrière la conscience aiguë du combat qui se menait, observait ces séances d'acides répétées. Dans le même temps, une de mes autres pièces entreprenait assidûment le morcelage de ses rivales. Au fur et à mesure que je partais en poussière, que je cessais d'exister, pour ne plus être qu'un doigt accusateur pointant mes faiblesses et mes erreurs, je réalisais qu'il y avait dans la torpeur de ma presque évaporation des semblants de réponses. C'était au moment habituel où je me sentais perdu, sans issue, que se dessinaient des portes, des champs plantés de passages vers des solutions. Ouvrant les yeux, je m'esclaffait de la retraite soudaine du monstre qui campait dans mon ventre. Puis je me crispait encore, le monstre revenu. Ce manège aurait pu durer toujours, mais s'en fut, comme changent les choses prises dans le souffle du temps. Je rentrais chez moi, dans ma ville, comme un blessé revient du combat, courbé, essoufflé. Je me préparais au repos, et à prendre soin de moi. J'allais guérir.