
Assis dans mon lit, une pastille sous la gorge, je tentais de revenir sur la brume des semaines passées. Je revoyais des images, un tourbillon d'images dont le début semblait mordre la fin. Je me voyais en train de faire l'amour avec Marc, à Barcelone. Je me voyais sur sa moto avaler les collines au dessus de la ville, me perdre dans les rues de la ville qui sera mienne pour l'année prochaine, parler espagnol, cette langue pleine de sang. Je me voyais en train d'embrasser Yohan, dans cette fièvre chaude et humide qui me prenait lorsque son corps son collait au miens. Pour ce que je n'avais peut-être jamais été attiré autant par une personne, je gardais un souvenir étrange de cette nuit. Nous avions passés des heures à nous embrasser sur le canapé rouge de la collocation de Simon, Manu et Florentin. Deux jours après, c'était sur ce même canapé que j'embrassais Alix, avant que nous fassions l'amour, chez moi, entre deux éclats de rire. Le fait qu'Alix soit la petite amie de Yohan et que ce dernier m'ait embrassé toute une nuit devant elle, les yeux bouffis, rajoutais à l'atmosphère surréelle dans laquelle je nageais depuis deux semaines. J'avais appris qu'il n'y avait pas de frontière à l'amour, pas de code au désir. Que la nature nous avait fait jeunes, beaux et désirables, et qu'il n'y avait pas de temps pour ne pas en profiter. Ce faisant, j'avais oublié ma relation avec Gabe, sans pourtant l'oublier lui. Si les barrières de l'attirance et de l'amour semblaient ouvertes, celles de la réalités paraissaient tristement étroites. Je souffrais d'un syndrome désagréable, une presque certitude que là où je créais de la réalité, que ce soit avec Marc, Yohan ou Alix, j'en enlevais ailleurs. Cet ailleurs, je le voyais dans mon couple avec Gabe, qui pourtant ne se souciait pas de savoir avec qui je faisais l'amour.
A chaque moment échangé avec ces personnes, à chaque baiser, je ne voyais rien d'autre qu'une effusion d'amour. Sincère, première, ne signifiant rien d'autre qu'elle même. Je ne pouvais me contraindre à ne rien faire, à ne pas tenter ces aventures incroyables, qui brisaient mon identité. Je n'étais plus homosexuel, cette particule que j'aurai presque fièrement accolée à mon nom si c'eut été possible. Je n'étais plus limité à mon simple petit ami. J'étais plus, j'avalais le réel sans rien en relâcher. J'existais plus, et existant plus, je comprenais plus l'existence, peut-être.