"Peut-être faudrait il dire aussi que faire l'amour c'est sentir son corps se refermer sur soi, c'est enfin exister hors de toute utopie, avec toute sa densité, entre les mains de l'autre. Sous les doigts de l'autre qui vous parcourent, toutes les parts invisibles de votre corps se mettent à exister, entre les lèvres de l'autre, les vôtres deviennent sensibles, devant ses yeux mi-clos, votre visage acquiert une certitude, il y a un regard, enfin, pour voir vos paupières fermées. L'amour lui aussi, comme le miroir, et comme la mort, il apaise l'utopie de votre corps, il la fait taire, il la calme, il l'enferme comme dans une boîte, il la clos et il la scelle, c'est pourquoi il est si proche parent de l'illusion du miroir et de la menace de la mort, et si malgré ces deux figures périlleuses qui l'entourent, on aime tant faire l'amour, c'est parce-que dans l'amour, le corps est ici."