samedi 21 mars 2009

Entre les lignes : Clouée au sol - Keny Arkana



Les ailes brûlées clouées au sol et
La tête vers le ciel, vers la splendeur de l'éternel ailleurs
Cherchant l'étoile qui fait tourner la roue
Loin d'ces quadrillages ou même l'air ne peut être libre comme l'art
Comme la pureté d'un geste
La profondeur d'une pensée illimitée quand l'opinion est HS
Sans mâcher mes mots, voir large, est-ce si barge
Est-ce la frontière si fine entre folie et sagesse
Réflexion pesante
Cheminement infini en quête de l'archétype mais mon âme est souffrante
Mémoire passée, ils voudraient voir mon espoir cassé
Où est la berge, où est la perche, maintenant j'en ai assez
J'me noie, j'ai perdu ma barque
Quand j'ai vu que celui qui la conduisait n'était autre que mon ennemi
Mais comme quand la nuit tombe, l'océan et le ciel ne forment qu'un
Oh j'ai pu voir l'espace infini
Ô liberté ! Ma chère amie, ta présence est abstraite
Vu que c'est dans ma tête que j'ai appris à te connaître
Ô liberté ! Imbibe mon encre et ne quitte plus mes pensées
Bulle d'oxygène dans un monde limité où la vérité s'cache en nous
Clairvoyance, intuition, mais avons-nous idée de tout c'qui s'cache en nous, nan
C'est rires contre larmes
L'égo contre l'âme
Et à plus haute échelle, j'dirais l'illuminati contre l'homme
Epoque cruelle dénuée de sens
Dur de voir clair derrière les mascarades et les buées de sang
J'me sens comme perdue au coeur d'une immense machine
Qui n'en a jamais eu et qui nous dénature
Mauvais pressentiment quand je pense au futur
Les yeux ouverts, l'horreur tente de me les crever
Mais le plus dur reste à venir le jour où ça sera trop tard
Où la surveillance sera absolue et nos prénoms seront des codes barres
Tout va de plus en plus vite car pour eux le temps c'est de l'argent
Alors on oublie de vivre, c'est navrant
En nous se crée un vide, que rien ne comblera
Car l'ombre s'est emparé de notre monde
Mais on ne croit que c'qu'on voit ou c'qu'on veut bien nous laisser voir
Donc ouais on est aveugles
Ça m'fait mal au coeur, mais regarde, même nos âmes buggent
Au fond d'nous, ces tourments
Car dehors c'est tournant
Soumis à notre sort, on oublie qu'la vie est mouvement
Que la force issue d'un idéal ou d'une volonté
Transcende tous les schémas établis
Qu'les barrières sont dans nos crânes
Qu'on est seuls à pouvoir les virer, s'libérer
En laissant notre coeur s'émouvoir
Trop portés sur l'extérieur
Et à force de vouloir être comme tout le monde
Peu sont quelqu'un en fin d'compte
On d'vient c'qu'on nous montre
Au lieu d'être c'qu'on est
Pourtant c'mode de vie fait mal mais on s'laisse cogner
On subit un monde qui nous dépasse
Et qui nous replie sur nous-mêmes en nous laissant des traces
Alors j'ferme les yeux pour ressentir la lueur
Pouvoir faire le vide en moi afin d'être réceptive au bonheur



Car changer le monde commence par se changer soi-même
Changer le monde commence par se changer soi-même
Changer le monde commence par se changer soi-même
Car changer le monde commence par se changer soi-même
Changer le monde commence par se changer soi-même
Changer le monde commence par se changer soi-même




jeudi 19 mars 2009

C'est bien normal

Dans un appartement, sur une table à manger, une tasse s'adresse à une théière. La maîtresse de maison surprend leur conversation, puis se pâme. La tasse, interrompue, reprend :

- Vois-tu, mon amie, la triste conclusion de tout ceci? La vraie mélancolie ne prend son sens qu'avec le retour d'un amour perdu.

- Comment cela?

- C'est bien simple. L'amour nous marque. Je dis amour, mais je pourrai dire plénitude, car tous deux portent en eux une aube, une explosion de feu qui nous brûle le ventre. Et cette cicatrice, bien qu'elle puisse ne pas être douloureuse, ni même visible, ne part pas. Un jour, fouillant dans son passé, on se rappelle de cette ardente, et, au tournant d'une pensée, d'un mouvement d'esprit, tout est à nouveau là. Jusqu'aux sensations physiques, nous revivons ce qui, dans cet amour, ou cette plénitude, en a fait une fulgurance toujours présente. Ainsi naît la mélancolie, vois-tu?

- Non.

- C'est bien normal, tu es une théière. La mélancolie naît du souvenir noble. Un tel souvenir à dépassé toutes les misères des remords et des regrets. Il n'est plus rien des rancoeurs ou de l'égo. Car, le temps passant, nous oublions. Alors le souvenir devient beau, pour ce qu'il est beau par lui même, et non pas parce-qu'il est vécu par nous. Devenant beau, il devient noble, mais tout noble qu'il est devenu, il nous rappelle ce qu'il fut : vécu par nous. Nous nous prenons donc d'espoir, qu'il reviendra, repoussera, renaîtra, bref, qu'il fera demi-tour.

- Le fait-il, le fait-il?

- Cela, on peut le croire longtemps. Et l'on vit, avec cet espoir d'une nouvelle, mais toute ancienne fulgurance, qui reviendrait se loger au creux de notre ventre. Lorsque l'on vient à recroiser cet amour, ou une fois encore, cette plénitude, ou plutôt à recroiser ce qui la fit naître en nous, il faut bien se rendre : ce qui part le fait à jamais, ce qui revient ne le fait qu'à moitié. Ce visage une fois aimé ne le sera plus, ou bien pire encore, cet avril une fois éblouissant passera désormais toujours comme le fait un novembre.

- Cela est bien tragique.

- Non, ou bien plutôt, si. Mais quelle importance, puisque cette mélancolie, cette perte, une fois confrontée à elle même n'est plus le tiraillement d'un espoir. Elle est, seulement, le vide de la perte, le gouffre de la disparition.

- Je n'ai jamais connu cela.

- C'est bien normal, tu es une théière.

lundi 2 mars 2009

Albert Camus - L'étrager


" Lui parti, j'ai retrouvé le calme. J'étais épuisé et je me suis jeté sur ma couchette. Je crois que j'ai dormi parce que je me suis réveillé avec des étoiles sur le visage. Des bruits de campagne montaient jusqu'à moi. Des odeurs de nuit, de terre et de sel rafraîchissaient mes tempes. La merveilleuse paix de cet été endormi entrait en moi comme une marée. A ce moment, et à la limite de la nuit, des sirènes ont hurlé. Elles annonçaient des départs pour un monde qui maintenant m'était à jamais indifférent. pour la première fois depuis bien longtemps, j'ai pensé à maman. il m'a semblé que je comprenais pourquoi à la fin d'une vie elle avait pris un "fiancé", pourquoi elle avait joué à recommencer. Là-bas, là-bas aussi, autour de cet asile où des vies s'éteignaient, le soir était comme une trêve mélancolique. Si près de la mort, maman devait s'y sentir libérée et prête à tout revivre. Personne, personne n'avait le droit de pleurer sur elle. Et moi aussi je me suis senti prêt à tout revivre. Comme si cette grande colère m'avait purgé du mal, vidé d'espoir, devant cette nuit chargée de signes et d'étoiles, je m'ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De l'éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j'ai senti que j'avais été heureux, et que je l'étais encore. Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu'il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu'ils m'accueillent avec des cris de haine. "