Juste derrière la fenêtre, de bois, percée de 4 carreaux épais, s'étendent les champs. Derrière le mur, au moins deux fois centenaire, qui lézarde, grisonnant, en subissant le flot impitoyable des jours, se tient Avril, la paume des mains appuyée sur l'aspérité du crépis de chaux qui n'a plus rien de blanc. Blanc est son visage, sa peau, toute juste rosée par la lueur de l'aube qui s'étire, et se reflète dans ses grands yeux. De ses longs cheveux roux, Avril n'a presque rien gardé, elle qui a voulu ne plus être une enfante. Sa coupe garçonne n'enlève pas la douceur de son visage, ni ses tâches de rousseur, ni le vert puissant de ses yeux, elle lui donne juste cet air étrange d'avoir fait un choix. Les pieds campés au sol, les jambes parcourues d'une tension palpable, elle ne décolle pas de ce mur, sur lequel on croirait qu'elle appuie son existence entière. Sa bouche est resserrée, comme dans une moue arrogante, et son regard toujours fixé vers l'étendue des champs. Elle paraît absorbée par les étendues de verdure et de blés qui courent, jusqu'à tomber au bas de la vallée. Elle scrute chaque détail, sans perdre cet appui qu'est le grand mur, derrière lequel il n'y a sûrement rien, puis regarde la fenêtre, qui pourrait être aisément brisée. Hésitant. Puis soudain paraît l'aube, et ses rayons marchent sur les champs. Tous ses traits se crispent, de surprise ou de fureur, car elle avait oublié. Serrant les dents, écorchant ses doigts sur le crépis, elle fulmine, puis se retourne. Elle marche sur le mur, jusqu'à arriver sur son arrête, puis décolle. Elle ne reviendra plus chez les saisons.