dimanche 24 février 2008

L'arbre.


Le ciel est bleu à ma fenêtre entr'ouverte, le soleil de presque printemps est suave et chaud sur ma peau, et la brise qui l'accompagne est un frisson charmant. Les années tombent et les situations changent mais demeure toujours cette volupté du temps présent, cette sensation de mortalité qui nous rend plus vivants, encore. Se dire que rien n'arrête le cour des choses est un sentiment rassurant, et que le temps, la mort et la poussière nous attendent une juste compensation pour les douleurs vécues. Mais il n'y a rien de plus guérisseur que ces matins là, où le soleil sur notre peau est la seule chose qui compte, où l'on se laisserait brûler, nu, sur le lit. Ce genre de moments me donne des envies d'écritures, des aperçus de futurs presque tangibles. Je ne chéri rien de plus que ma mémoire et mes souvenirs, et si tant est que cela puisse être possible, je m'en souviens, dans ces moments là, sans aucune mélancolie ni nostalgie, pas d'amertume du temps coulé qui m'est pourtant si familière. J'en viens à penser qu'il n'y a qu'ainsi que l'on doive considérer le passé, comme une oeuvre d'art, un tableau délicieux, une pièce maîtresse dans la toile de nos vies. Avec un détachement serein et un oeil malicieux, qui n'oublie rien du pétillant de tel ou tel instant. Et c'est un étrange voyage, que de se laisser emporter dans cette ronde d'images, cette gigue effrénée où se mêlent l'odeur de la terre et le parfum du vent.

Quant au voyage, plus je m'y livre plus je m'y retrouve. Partir à cela de palpitant que la possibilité du retour n'est pas toujours offerte. Je pense alors à des situations où le retour serait impossible, l'enfermement, une trop grande ivresse, ou la mort, et j'essaie de tirer des conséquences aussi illusoires que futiles. J'ai pris la décision de partir voyager dès que l'occasion sera offerte, puisqu'il n'y a que ça qui offre à ma tête un peu de repos, lui offrir sans cesse du neuf en pâture. Des choses à découvrir et à comprendre, des vérités que l'on retrouve où que l'on aille. Je ne sais pas si j'aspire à la sagesse, en tout cas j'aspire à une paix de l'âme, une sérénité d'avoir tant vu, ou vécu, que l'on peut s'accorder avec son ego pour réaliser que l'on n'est rien, ou si peu. Petit roseau.


mercredi 9 janvier 2008

¡No pasarán!


Drôle cette façon qu'un texte long ne peut l'être que pour accoucher difficilement d'une importance.


Extrait du journal, s'il en restait un.

(...) Je suis heureux. Je tiens pour accommodant ce pacte que j'ai passé avec ma cervelle détraquée depuis bien longtemps. Lorsque tout va mal, aide moi à retrouver un bout de ciel. Lorsque j'irai bien, j'aspirerai un peu de ton pus. Donc j'aspire, j'aspire, et je ne désespère pas d'un jour curer l'abcès. En attendant, je trouve finalement que ce pus que j'aspire n'est pas si amer. Il a quelque chose d'aigre-doux qu'on toutes les vicissitudes de nos âmes, un aigre de perversion amenée par trop de peine, et une douceur d'humanité qui demeure en toute chose.


jeudi 29 mars 2007

Cherish the Ladies :)




Une mer, profonde et azurée, comme recouverte de laque et durçie par le soleil. Magnifique, radiante, jusqu'à lécher l'horizon de ses embruns ardents. Ils étaient tous là. Des grands, des petits, des blonds, des bruns, quelques roux, des blancs aussi. Aucun plus beau que l'autre, ils étaient livrés à leur nature nue, les pieds dans le sable, qui, comme albinos, s'était blanchis. Une plage de sable blanc devant une mer fixe, luisante comme une perle. Et des corps, des corps droits, comme laissés là, tous allignés vers l'étendue de l'eau. Ni crispés, ni statiques de trop. Juste oubliés, dans un recoin de mémoire. Chauds assez, et légers encore.
Je me suis promené sur le sable que l'eau, respectueuse, ne venait pas mordre. Et tout était figé comme dans un musée de mauvaise fortune, où le temps s'est retiré, comme désespéré. Je me suis dis que certains de ces visages étaient un passé, une mélancolie, une vie qui s'est déroulée trop vite sous mes doigts, comme une cigarette. D'autres sont encore là, et mon esprit les associe à un chemin qui avançe. Nous n'empietons pas sur celui de l'autre, mais ils sont assez voisin pour nous garder ensembles. Et d'autres sont les inconnus, les absents, les possibles. Qui se dérobent à moi lorsque j'essaie de les connaître trop tôt. Encore une fois, il n'y a que la patience.
Je me suis dis, roulé dans le sable, que parfois, habiter ma tête n'était pas si désagréable.




Some kind of pagan poetry.








Finalement, rien n'est jamais bien loin. Et les personnes qu'il ne faut sont rarement celles que l'ont voit. Non, celles là sont abîmées, un peu cachées, pas bien voyantes. Il faut savoir les écouter. Et aussi se taire.



Je retourne chez moi.
Mais j'ai peut-être trouvé une maison ici aussi.


Ardèche.

A bientôt.


lundi 11 décembre 2006

Musiques tisserandes



Qu'est-ce qui pousse les gens après le bonheur ? Se rendent-t-ils compte qu'ils n'en ont, au fond, que si peu ? Il fut un temps où l'on se suffisait de la vie, et où l'on prenait sa peine en croix, sans y voir de fatal destin ou d'atroce conjoncture. Nous voulons toujours plus, et on se cache derrière nos névroses pour réduire nos marges d'erreurs. Plus rien n'est jamais de notre faute. Ni notre incapacité, ni notre bassesse, ni notre lâcheté.

Je me suis toujours demandé si la véritable intelligente consistait à voir des faits découler des actions à venir ou simplement d'avoir l'intuition de ces faits, comme un oiseau sent le sud. Je crois que je n'aurai pas ma réponse de sitôt.

Cette nuit j'ai eu quelques visites. Ne vous méprenez pas. Il y a rêver et sentir son rêve. J'ai sentis celui-ci. J'ai sentis des danses de givre et de froid, la Petite Cours d'Hivers s'installant parmi nous, elle m'a conviée à sa venue. Les grands froids sont proches. Bientôt la Cours de Neige, celle des chants, et la Cours de Blizzard, celle des chasses et des cris, peut-être, si la nature nous fait un étaux de froid suffisamment létal pour entendre les enfants de la troisième Dame se mettre en selle, à la poursuite des âmes.







mardi 21 novembre 2006

Les liaisons dangereuses. [ Deep Inside ]








J'aime à m'étonner du peu de choses que nous sommes aussi souvent que mon ego le permet. Argument fallacieux, c'est un peu délétère, mais la piqûre finit toujours par se montrer moins cuisante une fois la leçon apprise. Ou entrevue. Et si je ris de notre insignifiance surannée, à l'heure où l'homme est grand et où les philosophes de tout poils se sont tus, malgré leur arrogance, je réalise nos capacités d'adaptation. L'humain comme animal, ou l'animal travestit en humain, nous sommes des métamorphes, des jongleurs de rôles et de places. Au prix de notre survie, c'est ce que l'on apprend par la vie. Si nous nous laissions dépérir, comme des îlots rongés de concupiscence à l'égard de ce que nous n'avons plus, il est facile de parier sur notre perte, à tous.
Comme toute chose à bien fait de se développer et de se mûrir, tout art mérite que l'on exerce, dit-on, et c'est bien vrai quant aux efforts que nous devons déployer pour réussir notre intégration, qui nous apparaissent, une fois apaisée la douleur et la peine, comme des entraînements. A quoi ? Mais à la survie, bien sur. Que gagnerions nous à nous laisse couler, sans vouloir passer la tête au dessus des flots pour arracher au ciel la bouffée d'air qui nous montrera que non, pas encore. Pas encore morts, même si on l'aurait souhaité de toute âme. L'abandon. L'oubli, aussi doux soit-il. La Dame qui agence nos morts claque alors trois fois de sa langue âpre et râpeuse pour nous rappeler son pouvoir de nature. Il lui revient la décision de faire et contrefaire nos destins. Pas encore, pas encore. La leçon n'a pas finit d'être apprise. Se lever, ou se relever, donc. Puisqu'on nous arrache le choix, et qu'il en sera ainsi, quoi que l'on veuille. Se contempler dans le miroir encore, et voir, les années passantes, nos carcasses s'affaisser et se creuser, l'expérience se lier au traits, et la vie ronger ce qui de droit, lui appartient, puisqu'elle l'a enfanté. Voir l'amour s'en aller, passer son chemin, et nos précieux souvenirs n'être plus que souvenirs, défaits de toute vérité. Vivre dans son passé. Avons d'autres choix, quand on y pense, que de nous voir réduits à ces extrémités ? Des questions auxquelles je ne peux pas répondre, grand bien m'en fasse.
Un angle à changer, peut-être. Avoir la certitude enivrante que de poussière, nous retournerons à poussière, pour vivre une autre genèse, dans un ailleurs. Si ailleurs il y a. S'émécher des premiers cheveux grisonnants de la sagesse, tout en sachant que jusqu'à notre mort, nous lutterons, comme nous avons lutté pour cadrer nos esprits, pour en trouver l'utilité juste. Connaître le néant, et s'endormir dans le satin couvrant ses bras. Se sentir réduire, revenir à l'originel, et notre fil devenir plus fin, plus juste, plus essentiel.
Plus essentiel.



« Alors nous voilà seuls,
Cancer, mon amour�»

dimanche 15 octobre 2006

Lost in Translation.



Nicholas Eustache

Une Berceuse d'Eveil



Ma mère me reposa sur le lit et s'assit sur le sol, en face de moi.

"Laisse la sagesse des anciens te guider, me délcara-t-elle d'un ton grave. Tu as rêvé que tu naissais dans la douleur et le cri, dans un monde empli de peine et de désespoir. Que tu grandissait rapidement, ne connaissant qu'à peine l'enfance, battu par les tumultes d'un pâle reflet de la vie. Que tu oubliais rapidement la notion de bonheur pour commettre compromis sur compromis, travaillant sans relâche pour des objectifs dénués de sens, te battant pour des convictions qui n'étaient ni les tiennes ni celles de quiconque. Que tu ne connaissais pas les gens qui t'entouraient, que tu étais tour à tour traître et trahis, décevant et déçu, causant la douleur et la subissant. Tu as r$evé d'un monde mourrant depuis son commencement, se dévorant lui-même pour reculer la date fatidique, un univers limité, foyer d'être finis recherchant l'infinis. Tu as rêvé d'une réalité morne, sans surprise, définie par des principes sans vie ni réelle couleur. Tu as rêvé qe tu t'ennuyais de la vie mais n'osais pas te l'avouer, recherchant des raisons de rester auxquelles tu ne croyais pas. Puis tu vieillissais, tu partais lentement, mais pourtant trop tôt. Et finalement tu mourrais dans la tristesse et la solitude, te rendant compte que ta vie a été vide, tout comme l'univers qui t'avais gardé en son sein."

Ma mère prit alors une grande inspiration et me lança un dernier regard empli de nostalgie.
Je laissais échapper un petit rire, je ne sais toujours pas pourquoi.

"De toute façon, lâchai-je totalement rassuré, ce n'était qu'un rêve, non?"









Photograph By



''Sometimes, at night... I can't sleep.

I juste want to walk along the street

Which seems to touch the infinity of my mind.

My heart desire is not dry

Won't you come with me in my prickly forest?

In the silence of the dark.

Silence in soul, will in head

But will I finally be what I really want to me?

I want to cherish the alsphate of the town

Scratch my face to the ground.

Sometimes I feel like all in parts and pieces.

But in the night, I am

In the cold breath of the whispering nightmare, I am

In your eyes, if you know how to look in me, I am

I feel strange, between cold and sweet.

In the darkness, somes ghosts are speaking with me.


Listen to our voices, son of the wind.

Now listen to my voice, sons of the frozen town.''




lundi 25 septembre 2006

Parler ou le silence



17/09/06

Parler ou le silence.










J'ai peur de mon monde. J'ai peur de tous ces endroits où j'ai grandis qui deviennent petit à petit des cages de béton vides de sens et d'émotion.

J'ai peur, car aujourd'hui, on ne nous entend plus, et plus grand monde n'écoute. Qui écoute encore le souffle du vent, le vertige chanté par les nuages?

Qui se donne encore la peine, simple mais nécessaire, de tendre l'oreille au monde autour de nous? Au sons, aux bruissements, aux souffles. Si les hommes en sont venus à se point de suffisance qu'ils ne savent plus écouter la nature et l'univers qui nous entoure, comme espérer de nous même une écoute mutuelle?

J'ai peur de voir des politiques et des directeurs de presse, qui, comme le sujet fut abordé hier soir sur France 2 dans la nouvelle émission de Ruquier, s'adressent avant toute chose à Monsieur et Madame tout le monde. Qui sont-ils? Jamais je n'aurai cru dans mes rêves les plus fous que des personnes si banales puissent exister. Monsieur et Madame tout le monde sont des fantasmes, des délires crées pour satisfaire des besoins qui sont aussi crées pour "les gens normaux". Je ne veux pas voir des personnes prétendre à diriger mon pays avec de simples promesses d'apaisement, je ne veux pas d'un choix limité entre deux candidats principaux, je ne veux pas d'une démocratie au cas par cas, où l'on régularise 6000 et où l'on s'autorise "éventuellement" à déborder jusqu'à 6500 personnes. Où sont nos valeurs de démocratie, avons nous tués la Dame de l'égalité? je voudrai un recours au référundum plus souvent, comme cela se fait dans les pays du nord, pour véritablement savoir ce que les populations veulent. Mais qui irait encore faire porter sa voix? Dieu sait que je n'aime pas et que je suis inculte en politique, mais mes valeurs sont belles et bien là , bien présentes.

Qu'en est-il ensuite? Qui ose aujourd'hui proclamer sa folie et sa non normalité en en étant fier, de façon vraie? D'autres osent. Mais bien trop peu. Qu'allons nous devenir dans un monde où il faut être ce que l'on veut de nous?

Je vois des pensées vides et des corps creux, bouffés par le néant. Qui, de nos jours, croit encore? Croire en quoi, en qui? Le mélange des horizons n'aurait-il pas du apporter une diversité des croyances et des cultures au lieu d'une désillusion? Comment réagir lorsque les valeurs de sa terre ne sont pas celles du pays qui nous berçe et qui nous exclu? Je ne veux plus d'un peuple qui refuse par peur du changement, qui préfère sa médiocrité à la chute qui promet le nouvel envol. Je ne veux plus voir des yeux percés de la peine des rêves perdus, bouffis par l'acceptation parce-qu'il "faut bien vivre et ainsi va la vie". Je ne veux pas de fatalité, ni de capitulation.
Je réfute d'accepter un monde de plastique et de "vécu pour vécu". Trop simple et trop artificiel. Y'a-t-il encore des âmes sous nos chairs? Y'a-t-il encore des rêves sous nos coeurs?




Je rêve encore.

Je crois encore.

J'espère encore.





[[ Nous reviendrons aux racines pour nous en faire des couronnes. ]]



Réscuciter le silence perdu de l'écoute.

Redonner ses pouvoirs à la parole.




C'est penauds que l'on se penche sur le nid de nos détresses
Couvant nos instants de tristesse
Paranoïa de la paresse

J'ai brisé des roseaux pour dessiner mon sentier
Sans le vouloir déraciné l'espoir de ceux qui veulent croire
Dehors il y a la nuit, qui me murmure qui je suis
Sans être rassuré je ris
Sur la corde raide je vis
Je ne suis pas encore aveugle, pourtant
Je ne proteste pas tellement, trop souvent
Je me laisse porter par le vent,
Je me laisse porter par le vent,
Ligoté par derrière et bailloné par devant.


jeudi 27 juillet 2006

Au Xanax de mes nuits...










Image du moi et du contre moi.





J'me sens en stase. Ancré, profondément dans un sentiment délétère et vertigineux d'immobilisme. Comme une statue pétrifiée par le regard d'une gorgone à la longue chevelure serpentine. Je l'ai déjà dis, sourire au lèvres « oui, c'est un peu dur, j'ai perdu mes repères ». Non, le sourire était faux et s'est fait lame, scalpel, ça n'est pas un peu dur, c'est dur.


J'ai perdu de vue les ports, les attaches d'amarrage et les grandes voiles qui peuplaient mon horizon, et c'est ainsi que je dérive, patiemment, en égrainant les heures de ma supplique au ciel pour une nouvelle terre. L'océan de mes pensées clapote autour de moi, tantôt rieur, doublé de milles farces, tantôt merveille d'éclat ou tempête mesquine. Le sentiment brûlant de ne plus avancer brûle mes entrailles comme un venin dardant sa langue, je suis perdu sur un îlot dérivant au grès des brises et des courants.



Je n'ai jamais su être totalement en accord avec mes pensées. Lorsque j'étais enfant, je m'allongeais près de l'aspirateur de ma grand-mère, alors qu'elle faisait le ménage, et je me laissais bercer par son bourdonnement redondant. Combien de fois ai-je répété ce rituel ? Je me couchais, en chien de fusil, à même le sol et la moquette rêche d'avoir trop servie, et je fermais les yeux. Le rempart de mes paupières a toujours été durant mes années de prime jeunesse la seule protection inviolable. En fermant les yeux, je fermais mon esprit, et qui peut prétendre pouvoir vous forcer à ouvrir vos pensées au monde ? Alors, affluait en moi un flot de voix, de paroles désordonnées, de chants, d'images, de sensations et de couleurs. Je ne pouvais endiguer ces assauts perpétuels, et c'est comme ceci qu'à un jour commencé le combat intérieur qui me lacère encore aujourd'hui. Allongé, je luttais pour faire place nette, pour m'abandonner au silence, à la contemplation sourde d'un néant mental. Mais jamais je n'avais de répit, toujours revenaient, moqueuses, narquoises, les voix de mon esprit, dans des cascades de paroles inutiles et nuisibles, ralliées au seul but de ne pas m'accorder la sérénité que je recherchais avidement.


C'est peut-être ça qui m'a forcé à ériger, nuitamment, perdu entre mes songes et ma conscience d'enfant des blocages et des barrières au sein même de mon esprit. Ces houles intérieures qui m'ont poussé dès mes 11 ans à méditer, sans savoir comment entrer dans une voie qui s'ouvre à ceux qui la recherchent sans instructeur, par l'intuition. Alors j'ai commencé, à chercher le silence, un silence de plus en plus profond et clair. Au début, bien sur, je me débattais contre d'immondes oiseaux, les cris, et leurs cohortes aiguisées qui fondaient sur moi, sans pouvoir les mettre en fuite et gagner ma paix intérieure. Puis, petit à petit, j'ai gravis les marches d'un long escalier pour trouver de moins en moins de rafût au fur et à mesure des années. J'ai pu laisser fondre les barrières érigées, mais en libérant de plus en plus mon esprit, il est de plus en plus ardu de le laisser au calme.


Voila contre quoi je me bats tous les jours. L'impétuosité du cours de mes pensées, le remue ménage qui se loge dans ma tête et le vacarme qui n'en sort jamais. Aujourd'hui j'ai réussis à grappiller des instants éphémères et fragiles où, perdu dans la contemplation d'un paysage ou par le calme d'un soir, je peux échapper à ces légions amères. Alors j'essaie, je lutte, je cherche le silence comme une île nacrée emplie de trésor pour y vivre en paix. Je le trouve parfois, mais pas encore complètement, je prends conscience du travail qui me reste à faire, mais je ne parviens pas à le commencer. Il me manque le courant d'air venu du ciel et de son immensité étoilée qui viendra me pousser et me ruer à bas d'un nouveau rivage.


Ici je rattrape le début de mes divagations, mon exil sur une mer de pensées, sur un lac d'esprit. J'attends encore que les Dieux me poussent à dériver ailleurs, mais je présents la vague fougueuse qui viendra me plaquer sur mes nouvelles terres. Je sens son roulement gargantuesque dans mon ventre, sa vibration aquatique dans ma poitrine, et la prémisse du tremblement de sa brisure. Sa brisure qui balaiera tout ce qui fut avant, qui me poussera vers de nouvelles pentes à gravir, qui de sa houle fera place nette aux nouveaux desseins.



J'arrête donc le vertige qui me saisit lorsque je regarde en moi. Hier, il a fait orage. C'est anodin, un orage, c'est une tempête qu'on essuie et dont on ne garde aucun souvenir après, c'est la colère des Dieux qui s'abat, repars, et reviendra de tout temps.



L'orage gronde, il traîne douloureusement sa longue suite de courtisans : éclairs scintillants aux reflets éblouissants, gros nuages qui roulent des mécaniques sous un revêtement électrifiés qui inspirent le respects, tant leur noirceur ne semble pas feinte. Accompagné de ses chiens hurlant le tonnerre, et du déferlement de la pluie sur les terres humaines, le monstre céleste passe sans se soucier de ceux qui supportent sa terrible humeur. Voici ma réflexion lorsqu'un coup de tonnerre éclatant, comme une déflagration de toute évidence trop proche fait trembler le lait dans lequel nagent insoucieux, mes chocapics. La bougie que j'ai disposée sur la table a faillit se renverser sur la nappe, l'ornant d'une nouvelle auréole de cire. Je suis en train de me faire un une heure du mat', à défaut de quatre heure manqué. La maison replie sa carcasse bourrue et solide de bâtisse campagnarde sur moi mais étrangement je me sens nu au milieu de l'orage, exposé à la pluie. Comme si j'étais en caleçon, sur une chaise, devant une table en vieux bois, trempant un cookie à la noix de coco et aux pépites de chocolat sensé être délicieux, selon l'emballage, au beau milieu d'un champ tandis que gronde la tempête autour de moi.


Il est étrange de voir comme ici les orages forment un roulis contre lequel seul la patience demeure arme acceptable. Alors qu'ils claquent dans l'air comme des fouets sur une chaleur trop sèche de par chez moi, ici, perdu dans l'estuaire de la Garonne, ils remontent depuis l'Océan le fleuve. Ce qui explique leur force, et leur redondance. Un premier passe et évite le petit village dont on pourrait presque entendre le ouf de soulagement, s'échappant des volets rabattus de chaque maison. Mais c'est alors, après dix minutes d'un repos trop court pour humains et animaux, rendus fous par la force du tonnerre, qu'un second arrive, paraissant le père du premier, de par la taille de la boursouflure noire qu'il impose au ciel. Il n'est point alors de précautions suffisantes pour s'en prévenir, et c'est dans ces rares moments que l'on entend de la bouche des plus silencieux, assis souvent près de l'âtre de la cheminée, « si Dieu le veut ».


Pour ma part, que Dieu, dont je me fiche royalement pour l'avoir déjà vu sur son trône d'ivoire, avec son air sénile et ses anges trompeurs empêchant les pauvres âmes prisonnières du paradis (qui devient alors un nom erroné ou sa propre antithèse) d'en sortir, m'accorde ou non sa bénédiction, je savoure avec plaisir l'orage et la déchirure du ciel qui se répercute comme une faille dans du verre dans toute sa grandeur. Le chien couine près de moi, et je ne peux m'empêcher de penser « stupide animal, peu importe la force de la tempête, lève la tête pour la regarder au lieu de lui tendre l'échine ». Mais ces propos, j'en concède après, seraient déplacés d'humain à chien. Et ne sachant pas transcrire cette maxime en langage canidé, je préfère me replonger tout entier dans l'admiration du ballet aquatique de mes chocapics, tentant d'éviter la cuillère comme mû par une véritable pensée. Saloperie de chocapics, pensai-je, alors que la lumière au dessus de moi grésille et que le plafond de bois émet des craquements sinistres. Je n'ai pas peur de l'orage, mais cependant la possibilité de l'effondrement du plafond sur ma tête m'inquiète quelque peu. Après avoir lancé un regard noir à l'intéressé, traduisant un « tombe moi dessus et ça va très mal se passer », je m'absorbe tout entier à la capture de chocapic, dans le but de finir mon bol, et, aha, d'achever la conquête maritime de mon bol de lait.


En remontant dans ma chambre, j'ai la grande surprise d'être transporté dans un navire. Le plancher semble flotter, et à travers le hublot, grand ouvert, je sens le souffle de la tempête sur moi et la pellicule aqueuse déposée sur le sol de bois par les embruns de la mer. En m'arrachant de mes rêves, je perçois enfin que cette maison est de celle construites il y a bien longtemps, vestiges d'autres temps et d'autres modes de construction. Elle est de ces vieilles bâtisses habitées presque de conscience (qui sait�) et dont le bois recouvre la majeure partie, charpente, fenêtre, porte, sols, en somme, tout sauf les murs. Cependant, il arrive qu'avec le temps, le bois se gondole, pourrisse, s'émousse, suivant sa nature de végétal. Et c'est grâce à ce genre de caprices du temps que je me retrouve dans une chambre inondée car la fenêtre s'est ouverte sous l'assaut du vent, laissant entrer les bourrasques chargées d'eau de pluie. Les trois quarts de mon matelas sont mouillés, et je retrouve avec humeur mon carnet dans lequel j'écris le déroulement de mes journées noyé dans une flaque. Après avoir mis tout ce qui méritait de l'être à sécher à avoir épongé sans relâche le parquais devenu lac, je tente de contenir mes membres sur l'espace qui n'est pas détrempé.


Le grondement familier résonne encore au dessus de ma tête, rugissant comme un fauve. Plus tard, il se calmera, deviendra un vent léger pour ensuite laisser ce goût étrange dans l'air, celui du calme après la tempête. L'air semble redevenu neutre, la terre purifiée, comme si après la colère céleste s'étendait comme un drap sur les plaines un air de nouveau départ. Dans les habitations, même si beaucoup sont parvenu à trouver le sommeil au cÅ?ur de cette agitation, certains veilleurs, comme moi, goûtent à leurs fenêtres d'une quiétude retrouvée. Qu'il est bon d'exposer son visage à la brise fraîche et légère qui succède les tempêtes, comme un signal de sécurité et d'apaisement. Je glisse dans le sommeil.




Désorde mental.
Psyché en reconstruction.
Veuillez sortir de vous même, s'il vous plaît.








mardi 21 mars 2006

Accrologie




J'aime marcher dans la rue et me mêler à foule. J'aime me sentir fondre, me liquéfier en douceur et avec délice dans les méandres d'une marée humaine qui n'en finit pas. Me couler dans la masse comme une couleuvre, sinueux, silencieux et surtout attentif, les sens en éveil. Faire taire ma différence, mes masques, mes pensées, et me laisser guider par un mouvement qui n'est déjà plus pour moi qu'une conscience propre, détachée de celle de plusieurs êtres, possédants tous des trajectoires différentes dans la trame. Il suffit d'ignorer les panneaux qui nous hurlent notre direction, les portables et les horloges qui nous taraudent sans cesse avec leurs horaires létales, de vider son âme en laissant parler son corps. C'est aussi ce que je fais lorsque je veux me rendre à un endroit dont j'ignore l'emplacement, et perdu dans l'immensité de la capitale, j'ai déjà pu retrouver ainsi la Dame des époques. Ne plus faire attention à rien, n'être que des yeux, des oreilles et des jambes, un instinct pur délié de raison, qui semble errer mais se dirige en fait souvent vers un éblouissement. Combien de places ombragées, emplies de sculptures anciennes et recouvertes de lierres grimpants rendus bruns par le temps peut-on découvrir ainsi ? Et s'en sentir ému, revenir soudain à soi pour apprécier un éblouissement et l'émotion d'un regard après l'oubli total.


Ce sont ces endroits là que me montre la foule, que me souffle le vent. Mais j'ai parfois l'impression tenace d'autre chose. De plonger dans la masse sans y voir une unité, mais des divisions constantes, et voir se dessiner peu à peu dans le regard des autres ma propre différence. Certaines surfaces recouvrent les vitres et en font des glasses réfléchissantes, vues de l'extérieur. Il en va quelques fois de même pour le regard des passants. Ca n'est qu'à travers eux que l'on se voit, que l'on se juge, certains jours. Des regards ni froids, ni compatissants ou agréables, juste des yeux, fixes et durs qui vous jettent au visage « regarde toi un peu », et qui disparaissent de votre vie aussi rapidement qu'ils y sont entrés. C'est presque comme si leurs yeux ne distinguaient pas en moi les contours d'un humain normal, une silhouette difforme, tordue, qui s'élance dans des directions immorales. Et cette difformité qui semble entacher leur acuité visuelle paraît parfois la brûler. Une douleur, un élément du groupe « humains » qui, de par son entêtement à vouloir paraître étranger a ce qu'il est glace de honte et lacère les morales. Voila ce que je lis, le passage d'un virus, d'une maladieâ?¦


D'une anomalie.


Et c'est dans ces instants fugaces où j'ai envie d'hurler à en déverser mon estomac sur la chaussée. Briser mes cordes vocales pour faire passer ne serait-ce que quelques secondes un seul message : nous sommes tous les mêmes. Abattre ces barrières futiles de morales et de règles à suivre, autant pour leurs esprits que pour le mien. Il n'y a aucune différence entre une vieille femme dans la rue, soit-elle bourgeoise ou alcoolique, et moi. Tous les deux nous avons sentis la morsure de la haine, la lame de velours d'un amour ou encore la gêne de la honte. Nous avons tous deux été déçus, trompés, abusés, remerciés, aimés, gâtés, consolés. Il n'y a de différence que cette enveloppe qui nous entoure, qui fait de toutes ces forces brutes des trésors de finesse et de différenciation. Un empaquetage, façonné par les contours de nos heurts, la douceur de nos glissades ou par nos vertiges abrupts. Rien de plus. Nous voulons tous paraître, nous voulons tous être devant ceux qui nous sont chers. Tout un océan de concordances là où certains y voient des abîmes.


Je me rassure, en gardant pour moi, enfouis dans un coin de ma tête, la certitude inébranlable de ne pas être une anomalie, un accroc à la toile, une maile qui a sauté. Au contraire, là où pour certains je ne vois que des nÅ?uds, je sais avec conviction l'étendue de mon fil, sa souplesse et la force avec laquelle il se mêle aux vies des autres. Et, au fond, même si parfois j'enrage en souhaitant un monde différent, peuplés de cordes souples et non de nÅ?uds, je garde bien en vue une petite pancarte jaune, un rappel, où il est inscrit dans un noir goudronneux que ma tolérance elle aussi a ces limites. Ses faiblesses, ses failles, et ces choses qu'elle ne peut supporter, même si ma raison me dit qu'elle le devrait.


Alors au fond, je ris, et lorsque j'entache le champ de vision de ceux qui ne font qu'enrichir le mien, je viens écrire à l'encre invisible dans leur conscience que les anomalies, partout, elles sont belles, et bien là .



lundi 13 février 2006

[ Robot Robot ]





Les êtres humains sont faits de vices et de défauts. Je pense que je ne choque ni ne renseigne personne en disant cela. C'est aussi ce qui nous fait, nous. A ce titre, j'ai aujourd'hui l'impression de pouvoir figurer parmi les plus beaux exemples d'êtres humains du moment.

J'ai réalisé que je m'étais peut-être planté, royalement, totalement, sur toute la ligne dont la longueur est assez grande pour me pendre avecâ?¦ en bref : j'ai merdé.

Ca ne reste qu'une hypothèse mais c'est toujours le même sentiment qui nous prend et nous sert le torse comme pour nous voler une ou deux respirations dans ces cas là . Tout est faux, notre petit cube s'écroule avec la grâce de la désillusion ajoutée à celle du pur néant.

Si la pensée est fausse, alors toutes les actions qui lui sont induites le sont aussi. Pas besoin d'être un génie pour trouver ça. Mais c'est justement ça, que je trouve drôle. Pouvoir s'imaginer quelques instant que tout est faux. Que tous nos repères, notre vie, nos choix, nos échanges ne sont que des suites de gribouillis sur un tableau et qu'une personne au sourire affûté et moqueur vienne rayer cette suite sans fin d'un trait droit, implacable, qui symbolise l'erreur.

L'erreur, on y a droit. On se l'approprie et elle change tout pour une simple broutille. C'est aussi une chance, que de pouvoir se tromper pour recommencer et tenter d'avancer dans un sens plus juste, plus droit, plus en règle avec nos valeurs et notre morale.

Mais l'erreur elle-même n'est pas définie. Ou bien ? Définie par quoi ? Le bon sens ? Les normes (on finit par savoir combien je déteste ces mots) ou la pensée de masse ? La majorité crée la règle ? Qui sait ?

Si je joue au philosophe à deux balles c'est en fait pour en arriver à une chose : Tout est faux, tout est juste. Il n'y a que sur notre propre jugement que l'on peut étalonner l'erreur et finalement apprendre par elle.

Mon jugement me dit que je me suis planté. En beauté. Avec la délicatesse et la prestance de l'hippopotame qui s'écrase dans la boue. Il me soufflait avant d'être incisif, destructeur, d'attaquer, de morde, de griffer. Aujourd'hui c'est autre chose. Oui, j'ai toujours eu un mal certain à me décider. Tant pis.

Une chose reste sure et s'inscrit dans ma tête au marqueur indélébile : Réparer son erreur reste plus dur que de la commettre, en toute insouciance, et en croyant en elle comme au messie.


En clair, s'accrocher de trop à ses certitudes conduit forcément droit dans le mur.