samedi 2 février 2008

Fée & Chat


Tif&me

On a décidé en deux heures qu'on allait tout envoyer en l'air.
Du moins pour quelques jours.


Praha.

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dimanche 2 décembre 2007

I'm gonna be free






C'était un matin de Décembre, très tôt. L'air était presque bleu de froid, et les arbres baissaient les branches en sentant leur sève geler et éclater petit à petit. La gare était pleine de monde, comme une grosse boursouflure grouillante sur le paysage gelé de la ville. Il sortit du train ivre de sommeil, n'ayant pas vu passer le trajet, pas plus que la journée de la veille. Les restes de rêves accrochés dans ses cheveux se mêlaient au plaisir de revenir chez lui, entre Rhône et Saône, et il se souvenait encore de visages retrouvés, et de Paris, morte à ses pieds, crevée et vide. Il attendit sur le quais de la gare mais personne ne vint pour lui. Il poussa son corps jusqu'aux escaliers, et grimpa, indécis quant à quoi faire, puisqu'il n'était pas venu, un reste d'espoir lui papillonnant dans l'estomac. Il marchait dans l'air froid, sans rien voir, puisque son esprit était ailleurs. Dans un détour du regard, il le vit alors, et peut-être eut-il l'impression d'ouvrir les yeux au monde à ce moment précis. Il se laissa couler dans ses bras, et l'embrassa, sans un mot, sans un sourire. Il cueillit l'instant dans ce baiser qui aurait pu conjurer l'hiver, défaire la froidure du matin. Et ce baiser, long et silencieux, était un secret partagé. Il lui disait, entre ses lèvres, perdu entre le bleu de ses yeux et celui du ciel, que pour lui, il était prêt.

jeudi 8 novembre 2007

This is Hallowe... Christmas -_-






Noël approche. Et avec lui, son cortège infâme et illusoire avec à sa tête, ce vieux con rabougris et pédophile. Je vois déjà le tableau. Le sapin que l'on dresse sans y croire, les boules qu'on accroche en pensant déjà à celles qu'on va avoir en voyant les prix exorbitants de tous les cadeaux qu'il va falloir aller acheter, ceci passant par se traîner dans divers magasins, tous plus mièvres les uns que les autres, sans conter les queues, les vieux qui puent, les faces de cul des jeunes donzelles en passe de louper leurs vies à la caisse, et j'en passe. Oui, la vulgarité est une arme, une aide, un bouclier. Même plus, parfois, peut-être bien un art, bordel de cul.


La vérité, ce n'est pas ça. Noël, depuis qu'elle s'est pendue, n'est plus rien. Au désenchantement perpétuel de l'adolescence s'est ajouté celui de la vie éternelle, de la joie constante et du bonheur inhérent. Ca tombe plutôt bien, car je n'ai jamais ressentis ni joie, ni bonheur perpétuels. Ils sont à réinventer constamment, ils sont un travail, une tâche. Comme tout. Je me souviens de soirées agréable, enfant, de cousins hurlants et gesticulants, de tantes bouffies et adorables, et enfin, peut-être surtout, de chocolats délicieux. Je me souviens aussi de pleurs, de cris, de douleur, mais passons. Un jour n'est rien, nous dit on. Maintenant, je repense au miroir. Au reflet cinglant qu'ils me renvoient, et que je m'assène moi même. Je vois un jeune homme, décalé, homosexuel, à côté de la plaque, avec trop de pensées, une raison irréaliste, un esthétisme compulsif et un auto contrôle destructeur. En train de boire une bouteille de champagne en bout de table, de manger des chocolats pleins de beurre, si bien qu'ils n'en sont plus bons, et de regarder dans le vide. Plein d'attentes, fiévreux.


Je tuerai pour ne pas avoir à passer ce Noël ici. Je voudrai m'évader, m'enfuir, comme Amélie Nothomb qui s'échappe d'un Japon adoré mais carcéral, et retrouver une terre natale, promise. Je rêve d'Edimbourg, de Dublin. Mais pas de Saint Philippe d'Aiguille ou de Sainte Terre. Je meurs des lumières de la ville se rapprochant, d'abord aiguilles minuscules, en myriades, puis clarté agressive dans la nuit. Et le froid. Terrassant, terre d'Ecosse ou d'Irlande, gelée par le bâton de la Cailleach, murmurant des promesses d'éternité si l'on s'y livre, endormis et mort. Je voudrai louer une petite chambre d'hôtel, confortable mais étroite, et me poser sur le lit, tremblant à l'idée de m'élancer dans la ville. Ensuite, je sortirai, en portant ma redingote, une chemise et un veston noir, en velours, et des gants en cuir. J'attacherai bien mes cheveux, pour que mes yeux aient le champ libre de tout avaler, et je me perdrai avec délice. Il me faudrait trouver un bar, un restaurant, où tous les gens qui ont décidé de fuir, de revenir à eux, se retrouveraient pour Noël. Et même si la discussion commencerait par: "toi aussi, tu es seul?" elle serait palpitante, pleine d'ailleurs. Sans masque, sans déguisement, sans gêne. Il n'y aurait pas d'amour à rencontrer, ni à faire, juste des liens à tisser, des verres à boire, des dialogues excellents. Et ainsi nous pourrions, tous assis là, bien au chaud, devant un grog en fin de soirée, célébrer Noël, le vrai Noël, incroyable, irréel, douillet et merveilleux.



dimanche 25 mars 2007

Lilly, tu dors?










A burning butterfly in my veins.
It skins, it erases, it struggles.
It seeks.



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samedi 17 mars 2007

C'est un humain.

Extrait du Journal.


16.03.07



Hier soir, avec une princesse d’Aurore, nous sommes allés nous oublier dans la ville aux milles lumières. Et en arrivant, insolents, pressés et fiers comme nous le dicte notre âge, il nous a semblé que jamais ville n’avait tant vibré sous nos yeux. Alors nous avons couru dans ces rues où, toujours, nous avons l’impression d’être libres. Nous avons ouvert des portes étonnantes, nous sommes restés ébahis devant la simplicité d’un homme, qui, assit à une table, en train de fumer, n’avait rien d’exceptionnel. Un simple humain.

Après être passé dans un restaurant aux convenances si loin de nos mondes, nous nous sommes avancés vers la salle, vers la scène. Le temps de discuter avec une fille de l’équipe de l’homme qui nous a raconté à quel point cette vie là est sacrifice et rêve pur, de nous frayer un chemin dans la foule, et d’attendre, fébriles, l’homme arriver.

Et il est arrivé. Il s’est placé là, devant nous, si près. Si simple et si mortel. Pas de dieu et encore moins de théurge. Juste une finesse qui ne s’émousse pas. Les morceaux s’enchaînent et la réalité se brouille, s’effiloche sous nos sens qui déjà sont en déroute. Puis vient ce morceau. Le battement d’un cœur. Le déchirement d’une guitare. La mélodie d’un violon. Comme une introspection étouffante, destructrice, douloureuse. Qui râpe, arrache, mets en miettes. Puis qui reconstruit, pièce par pièce, en quelques minutes, ce qu’une vie nous a apprit à choisir, et peut-être à garder. Il y en eut d’autres, de ces bouffées acides pleines de rêves. Monochrome, La Rade, La Boulange, le Quartier, La Valse d’Amélie. Et il n’y a plus rien à dire, rien à dire de tous les instants où ces morceaux furent à nous seuls, maintenant que nous les partageons ensembles.

Cet homme a remué mes tripes. Pour rien d’exceptionnel. Si ce n’est une humanité sans détour. Rien de plus beau sous mes étoiles.








vendredi 2 février 2007

Summer 78



"Il était l , céans, dans toute sa natureté, ce bel ange de paradis. La figure fort bien faite et d'épaisses boucles de cuivre lui rognant le visage. Et j'avais beau forcer et escogner ma mémoire, je ne me ramentevais point le vert infini de ses yeux. Et tout dans son être, de ses lèvres de mignonne sa peau de porcelaine, tout, me soufflait dans un vent de Provence, un bien chancelant phrasé, ténu comme un soupir :

L où point ne te rends régresse l'infini."









[ My summer 78 ]




samedi 6 janvier 2007

Nouilles sautées. Saute! Nouille!








Il y eut un matin. Il y eut un soleil, satiné et éclatant, et le ciel en parure, déchiré de roses et d'orangés. Revenu de ses longs périples qui emplissaient son âme de rêves épars, il revint se blottir dans le creux de son foyer. Mais il fut vite nouveau repu de son habitude et de ses draps si confortables.
Alors que la lune voyait son ventre dégonfler et sa progéniture croître, il décida de repartir sur des chemins de bohème. Rencontrant des gens divers, et amis de toutes certitudes, pour quelques-uns du moins, il décidé d'écouter et d'adapter ses plans. Il choisit pour destination la cité d'Eau, car d'aucuns si rendaient souvent, et il espérait y trouver ce qu'il voulait. Un apaisement. Une fatigue. Une ivresse presque empoisonnée. Râpeuse et douloureuse.
Il rencontra un jeune Corbeau, épris de voyage et de combines plus ou moins étranges. Leurs goûts, parfois, se reflétaient, et c'est ainsi que naissent les dialogues longs et soutenus. Qu'ils eurent parfois. Ensembles, ils attendirent le moment adéquat, car rien ne sert de presser son pas si l'ont veut arriver bon port, et, le temps passant, et l'heure approchant, ils se mirent en route vers la cité d'Eau. Leur voyage fut court et aisé. Ils arrivèrent les cheveux encore emperlés de nuit dans la ville aux milles lumières. Les yeux grands ouverts, boire et boire encore aux myriades de lucioles qui volent et passent. Il y avait comme une brisure dans la courbe du temps, une ouverture sur le monde. Il était eux. Pour la nuit.
Ils retrouvèrent une Princesse d'Aurore et ses amis. Ensembles, ils se mirent la recherche d'un lieux où apaiser la torsion qui leur brisait le ventre. Après s'être restaurés dans la chaleur fumante d'une cantine aux odeurs merveilleuses, ils se mirent en route, la princesse d'Aurore filant devant sur son destrier de métal. Ils cherchèrent un endroit si plaisant qu'ils pourraient s'y délasser avant d'atteindre le but de leur nuit, la raison de la courbe de la lune, si étrange quand certains êtres sortent et dansent dans les rues.
Mais il ne s'agit pas ici d'une recherche humaine, car les fays ne font pas ainsi. Ils se laissent porter, laissent se dérouler leurs pas et le fuseau de leur chemin comme bon leurs semblent. Ils laissent les lieux les amener eux au lieu de les profaner sans y avoir été convié. Et c'est ainsi, et ainsi seulement, que les plus beaux endroits leurs sont révélés. Ils arrivèrent alors, parlant sans faire attention aux lieux qu'ils traversaient, dans un endroit qui leur fit faire silence. Un grand jardin, planté au milieu de la ville, surplombé des lumières mourantes des étoiles, et de la Lune, grande coordonnatrice de l'éclairage céleste, entourée de son halo, parée de ses plus beaux reflets d'argent et d'ivoire. Ils vaquèrent ça et l , jouant des jeux d'échecs géants, filant sur une comète qui faisait le tour des jardins où crachant des flammes. Ils rirent, échangèrent et gravèrent nombres de souvenirs dans leurs mémoires. La princesse d'Aurore et le prince Chat se balancèrent un moment, sous l'éclat de la lune, leur sourire pour toute prière.
Puis ils repartirent, marchant encore, rejoignant d'autres et d'autres qui s'ils n'étaient pas eux, leurs ressemblaient. Si les fays sont lumières, ils sont aussi façonnés d'ombres, et ils désiraient plus que tout étourdir leurs sens avec cette ombre. Alors ils dansèrent, dansèrent encore, vibrant au rythme des sons et des lumières éblouissantes. Durant plusieurs heures, ils firent taire leur pensée pour délirer leurs instincts et leurs corps. Perchés, dirent-ils, perchés sur la lune. Dans le manteau de la nuit, se débattant et hurlant contre la fatalité, cherchant des moyens pour la repousser sans les trouver encore. Et ainsi fila le temps, la musique et les basses assourdissantes. Des transes abusives, qui montent, descendent, s'emballent et reviennent encore. Ils perdirent leur lumière, s'en défaisant comme d'une peau morte pour briller de ténèbres, écorcher leurs cocons de facilité et d'habitude.
Le jour revînt, et les laissant défaits, écorchés, au final, ni emplis de la plénitude qu'ils auraient espéré ni des réponses leurs questions que ni la drogue ni l'alcool n'ont pu éclairer. Ils reviendront chez eux, ballottés par le vent et le froid du matin, comme ils le pourront. En marchant ou au gré des voyageurs.

dimanche 17 septembre 2006

Tous dans Anges



- C'est vraiment le genre de journée qui ne sert rien.
- Oh le pauvre cheval il a passé la journée sous la pluie !
- ? oui et donc j'ai cherché hier soir, y'a pas mal de trucs faire
- Dactylo la maison ?
- J'en ai marre de ce rhume la con
- Prend plutôt les autres boudoirs.





Seigneur, ayez pitié,
je me suis pourtant suffisamment masturbé,
donnez moi la délivrance de la surdité.
Awen











Il pleut, il pleut tant qu'on entend dans les maisons aux volets calfeutrés et aux gros rideaux de velours épais tiré que tous les anges pleurent. Un vieux poste de télévision passe une émission banale et inintéressante de notre magnifique panel audiovisuel national, mais c'est bien suffisant pour la vieille mamie avachie dans son fauteuil, moitié endormie, la tasse de café posée sur la table dont la nappe synthétique est marquée de ronds bruns. Le chat qui ronronne et dort sur les jupons, et les charentaises au pied, les bottes habituelles disposée devant la cheminée où un tout petit feu crépite encore. La face semble affaissée par les années et la douleur, comme si l'eau l'avait érodée et creusée, une vieille falaise marquée par les griffes du temps.

Dehors, les voitures dorment aussi, tous phares éteins. Elles ont quitté leur ronronnement pour un silence implacable, garée sur les petits pavés rosé du bourg, qui subit le déluge. Tout semble dormir, les oiseaux se sont enfermés double tour dans leur nid, et leur chant s'est tu, essoufflé au fond de leur gorge. Seul la pluie reste maîtresse des lieux, occupant l'espace.

L'épicerie reste ouverte, et c'est presque la seule animation du village. En retrait derrière la rangée de platane qui borde la rue, sa petite vitrine luit faiblement, encore allumée. Dedans, le mari est la femme ne sont plus aux fourneaux, personne ne viendra aujourd'hui. Après avoir nettoyé les carreaux salis par les chaussures pleines de boue, remis jour les livres de compte et fait un peu d'ordre dans les étals, le couple est assis sur le canapé de l'arrière boutique, les yeux clos, écoutant le 45 tours qui râpe et sort parfois de ses gonds, un reste de cerveau toujours en alerte pour guetter le tintement agaçant, lorsqu'on le supporte depuis 10 ans, de la porte. Une gitane finit de se consumer dans le cendrier jaune en plastique, et l'odeur du vieux tapis et de la pisse de chat se mêlent celle du tabac froid. Le poêle en fonte noire veille la relative chaleur de la pièce, ou plutôt empêcher le gel l'intérieur de la maison. Il faut faire des économies.

La cour de l'école semble étrangement vide. Le métal du carrousel se gorge d'eau, et finira de s'effriter dans la semaine, vaincu par la rouille. Le bois de la balançoire et tant gondolé que c'est une épreuve pour les enfants d'y tenir assis. En peu plus loin, en dessous des arbres, les escargots s'en donnent c?ur joie et se dépêchent de sortir du seul endroit où le bitume est épargné de la pluie pour se lancer dans des glissages dignes des meilleures courses de bobsleigh. Les pieds de tomates et de radis plantés par les élèves de Cp et de Ce1 soupirent d'aise, enfin de l'eau, les enfants auront droit leur misérable récolte, cette année, et pourront agiter sous le nez de leurs parents leur précieuse récolte en poussant des « ces moi qui l'a fait » si communs. Quant la frise en pâte sel qui orne la devanture de l'école, il semblerait que la cuisson n'ait pas été totalement au point, en juger par son état de déliquescence avancée. Cela ne manquera pas de faire rager les maîtres et maîtresses et de faire pleurer les enfants, les uns parce qu'il va falloir recommencer, les autres parce que leur éléphant jaune poids verts est tout caca bouda.


C'est alors, dans ce tableau grisonnant et statique, que si l'on tend l'oreille, on peut entendre un petit tintement de clochette. En courant au coin de la rue, on peu apercevoir une petite fille, maigre, la peau clair, perchée sur son vélo. C'est de la sonnette mal fixée que provient ce « giling giling », un ravissement sonore. Le bas de son jean est trempé, et ses chaussures vernies noires qui laissent apparaître ses chaussettes flanelle aussi. Son manteau sombre et son béret noir, contenant l'épaisse masse de ses cheveux blonds et bouclés font encore plus ressortir ses pommettes rougies par le froid et ses grands yeux verts. La peinture violette de son petit vélo est peu écaillée, et les pneus dégonflés, mais cela ne l'empêche pas d'user de toute sa force pour avancer au plus vite dans le bourg. Elle aperçoit la grande église au loin, où fut déposée la Sancta Terra dans l'autel, ramenée de Jérusalem par les pèlerins. Le monument le plus ancien de la petite bourgade de Sainte-Terre, en Gironde. Les grands platanes sombres de devant l'église lui confèrent un air morbide, et elle n'a pas oublié qu'un cimetière se dressait ici, les esprits des morts encourageant son imagination fertile de gamine fuir ce lieu.

Elle traverse le bourg aussi vite qu'elle le peu, en jetant un dernier regard au cloché délabré du haut de l'église, abritant cette immense cloche en bronze venue de Bordeaux, lui a dit la maîtresse. C'est aussi ici qu'elle a faillit mourir écrasée par une voiture, un jour, et où l'homme, non content de rouler trop vite et de ne pas avoir vu son vélo, l'avait insulté de tous les noms. C'est ce jour l qu'elle comprit la fragilité de sa petite vie. En face du salon de coiffure « Hélène Beauté » , tenu par une grosse madame toujours souriante et drôle, qui n'oublie jamais d'approvisionner sa panière et osier de bonbons, ce qui, lorsque l'on a 7 ans, est appréciable, se dresse une façade blanche aux vieux volets en bois. La boîte au lettre délavée indique « Conchou » écris au marqueur, jaunis par le soleil.


Elle rentre dans le petit chemin, ouvre le portail et range son vélo. Elle frappe la porte, sous la véranda, ce qui lui permet de ne pas se mouiller. Béret la main, elle attend qu'on lui ouvre. Cela ne tarde pas, et c'est une jeune mamie qui le fait, les cheveux peine grisonnant, gardant des traces de leur ancienne blondeur. Les grands yeux bleus délavés par les années se plissent et la dame lui souri.



- « Léa ! Entre, tu dois être gelée »
- « Bonjour, est-ce que Thomas est l  ? »
- « Bien sur, tu connais le chemin, demandes lui si vous voulez quatre heure ».




Elle passe devant la cheminée fumante, comme chez elle, tend une main vers la chaleur de l'âtre et se glisse dans le couloir. Long et effilé, au fond se dresse la grande porte qui donne sur la rue, toute en verre et en bois, avec une sorte de vitrail arrondis au dessus. La plante sur le côté de la porte, les vieilles tentures et les tapis sombres donnent la pièce et toute la maison cet aspect de vieux manoir, bien que, pas plus ici qu'ailleurs, on ne soit fortuné. A Droite il y a la grande salle manger avec l'autre cheminée blanche et grande, où une immense armoire trône, au fond de la pièce, fabriquée sur place, lui a-t-on dit. A gauche, le chemin qui l'intéresse, et le salon, avec l'immense tableau qui monte jusqu'au plafond, les vieilles fenêtres et les fauteuils en cuir usés par le temps. La bibliothèque en bois sombre accueille les photos, des pierres ramenées de voyages et des livres, et trône au fond de la pièce un piano.

Un petit garçon aperçoit la fillette et jette son livre en s'écriant « Léa ! ». Il semble heureux d'accueillir la visiteuse, car, cet âge, une vieille maison protectrice et une mamie aimante sont tout, mais un peu de distraction autre que sous forme de livre est toujours la bienvenue. De plus, n'avoir pour seuls compagnons de jeux les chats de la maison, nombreux, avec lesquels il tente de converser depuis tant de temps, fasciné par leur magie, finit par être ennuyeux. Il avance, ses cheveux bruns en bataille, avec cet épis qu'il ne parvient jamais faire partir, ses grand yeux noirs et son pantalon en velours, surmonté d'un pull hideux, ce dont les enfants n'ont pas conscience, tricoté avec entrain par la mamie, ce qui lui donne valeur de trésor. Il dépose amoureusement un bisou sur la joue de son amie, et se lance la grande explication du nouvel alphabet qu'il vient d'inventer, en lui montrant une feuille cartonnée où des dessins surplombent les lettres connues, le « Thomasien » parce que, dit-il, « comme ça pour pourra écrire tous nos messages secrets ! ». Il cherche encore un grimoire de magicien pour mettre son précieux alphabet dedans, mais il le trouvera, assure-t-il, et comme ça, ils pourront faire le plan du château et du souterrain. Car son père et sa grand-mère lui on souvent racontés que cette maison, qu'il aime tant, fut celle du gardien du château, la bâtisse voisine, et qu'un souterrain passait sous la maison pour ressortir près de l'église, en cas d'attaque. Il en fera son obsession d'enfant.

La petite fille aime et se laisse embarquer avec délice dans les mondes imaginaires de son camarade de classe, et grand ami pour la vie avant tout. Qui sait, ces deux l sont ils peut-être même amoureux, de l'amour qu'on les enfants, plus pur que le nôtre, mais si incomplet. Aujourd'hui, ils iront fouiller le grenier la recherche d'un trésor, sous le regard bienveillant de la mamie. Ils s'éclaireront aux bougies, et pour justifier ceci, alors que l'électricité est l , ils se diront que la lumière du feu révèle les mystères cachés. Ils trouveront une vieille lampe qui fait fuir les fantômes, un bout de bois qui est une baguette magique et des vieux carnets vides, qui seront des grimoires et des livres secrets. Ils entreposent toutes leurs trouvailles dans leur endroit, que la mamie ne manquera pas de ranger leur place originelle, collaborant ainsi au mythe et la légende de l'endroit « les objets magiques disparaissent ».


La petite fille retournera chez elle, après son expédition dans le grenier aux merveilles et un bon quatre heures une fois que la pluie aura cessé. Le petit garçon, quant lui, retrouvera les genoux de sa mamie pour qu'elle lui lise encore une légende. Bien qu'il sait lire depuis longtemps, plus longtemps que nombre de ses camarades, un conteur vaut toutes les lectures du monde, et surtout quand l'odeur de son parfum vous berce. Il continuera ensuite jouer tout seul, mais tout seul il se plaît, car il peut cultiver le silence de son âme. Il continuera chercher les objets magiques de la maison, ses passages secrets et s'entraîner jeter des sorts, comme il l'a vu dans tous ces livres. La nuit venue, il aimera marcher aux frontières des zones d'ombre, appelant le Croque Mitaine et les Korrigans, courant vers la porte de la salle de séjour éclairée, où sa mamie tricote, lorsque le vent de l'hivers semblera lui souffler des mots étranges, et que les ombres des murs se mettront danser.




Fou, Sorcier, Chaman, Mage ou Magot.
Voil pourquoi.










Tous Des Anges
Zazie



Moi je roule
Et je file
Dans une auto
Sans mobile
Pas la mienne
Pas la peine
D'en faire un plat



Quand on roule
Pas sur l'or
On s'conduit mal
Et alors
Allez-y
Arrêtez-moi
Si j'ai tort



A vous de cogner plus fort
Même que ça fait même pas mal
On volera encore
Même pas morts même qu'on est



Tous des anges
Drôles d'oiseaux dans le gris du ciel
Tous des anges
De l -haut cette vie est belle
Tous des anges



Je me roule
C?ur en boule
Ventre vide
Et vie dehors
Sale et saoule
Le vin coule
Entre mes doigts
Vous vous saoulez
de vitesse
D'or et d'excés
de richesse
Belle ivresse
que l'or coulant de vos doigts



On accélère encore et encore
Morts de honte, ou morts de peur
On fonce dans le décor
Morts de rire, puisqu'on est ...



Tous des anges
Drôles d'oiseaux dans le gris du ciel
Tous des anges
Tous voleurs de nos propres ailes



Mains en l'air
Dans le dos
Je prends tout
?a de haut
Tue le temps
Coule ma peine
L , derrière
Les barreaux




dimanche 3 septembre 2006

Des dits, du siècle, du genre.



Et des plaintes et pensées vaines et surtout inutiles du prince-Chat.
Mais quand fera-t-il taire son esprit?










Je hais les cloisonnages. Les normes, les valeurs soi-disant morales admises de tous et acquises par la masse moutonneuse la plus grouillante ayant jamais foulé le pied sur terre: les abrutis.




Je m'en vais vous expliquer ce qui me fait dire ça. Ce matin, après m'être levé, réveillé par une migraine ( vous savez, ce genre de réveils immondes qui vous donnent envie de vomir et de vous rendormir grâce votre ami Xanax? ) je suis descendu au salon. J'ai annoncé ma mère ma décision de me faire couper les cheveux aujourd'hui, car nous sommes en lune ascendante. Je lui ai clairement spécifié que vu ma peur phobique du coiffeur, il s'agirait de deux centimètres maximum. A quoi ma mère s'est elle sentie obligée de répondre, dans une tentative ridicule de manipulation:



«Oh, non, il faut faire couper sur toute la longueur abîmée, qui est longue ».



Je lui ai véhément signifié que ses tentatives pathétiques pour que je revienne une coupe de cheveux «plus acceptable » selon elle et donc plus courte ne changeraient rien ma décision. Sur quoi elle a rétorqué:



«Oui, et bien moi j'en ai assez qu'on me dise que mon fils ressemble une fille. »



Vous devinez aisément ce qui dans cette phrase me met hors de moi. Ce n'est qu'une façon détournée de me dire que pour elle et tout son entourage, amies, etc., je ressemble ainsi une fille avec mes cheveux longs. J'ai répondu ma mère que ces considérations préhistoriques ne m'importaient pas le moins du monde, et encore moins les mammouths dont l'esprit pouvait être assez stupide pour avoir ce genre de réflexions. J'ai continué en lui rappelant que je n'étais absolument pas responsable de son éducation moyenâgeuse voir préhistorique, et que de son avis, ou de celui des autres, je n'en avais rien foutre.

Mais ici se cache pour moi un problème plus grave. Depuis ma toute petite enfance, ma mère n'a cessé de me réprimander si je jouais avec un jouet de fille et au contraire de m'encourager jouet avec des jouets de garçons, plus tard, on retrouve les reproches incessants alors que je suis en primaire car un garçon ne doit pas jouer avec des filles. Au collège, le harcèlement constant pour savoir combien d'individus de sexe masculins seront présents chaque sortie avec des amis, et au lycée, les premiers «maman, je t'emmerde » libérateurs. J'ai passé ici les crises communes chaque époque si il m'arrivait par malheur de passer une seule journée avec des files, exclusivement. Commencez vous cerner l'ampleur de la chose? Ce problème n'est pas grave dans les griefs qu'il m'a infligé, mais dans la pauvreté de tolérance et d'acceptation qu'il démontre.

Ceci m'a forcé traverser plusieurs étapes importantes dans ma vie. Premièrement, dans ma toute jeune enfance, la naturelle incompréhension du pourquoi ne faut-il pas jouer avec des jouets de filles, alors qu'ils sont aussi marrants que les jouets de garçons? Devant l'insistance de ma mère, j'ai finis par me rendre coupable, me disant que mes actes étaient répréhensibles et que c'était uniquement de ma faute. En ceci j'ai failli me diriger vers le chemin de conneries normalisées tracé par ma mère et ses parents avant elle. Puis, j'ai finalement décidé de cacher les choses pouvant déplaire ma mère, ressentant les prémices de ma réflexion la plus importante : ces considérations sont un acte stupide. J'ai ainsi découvert deux choses très tôt : le mépris que m'inspirait la bêtise profonde, et ma fuite inconditionnelle de l'étroitesse d'esprit.

J'ai beau employer tous les moyens, hurler, rester de marbre, lui dire combien je la méprise, rien ne fait céder ma mère. Ne dit-on pas que la bêtise est un roc ? Rien ne semble capable de la faire défaut de changer, au moins se taire, et elle continue, jour après jour, de me rabâcher ses sornettes. Je finirai par lui expliquer que ce comportement justifiera le peu de fois ou nous nous verrons dans les années venir. Car une fois quitté le «cocon » qui fut plus pour moi un environnement apte tester mes capacités de survie, je compte bien mettre le plus de distance possible entre moi et mes géniteurs.

Je n'aborderai pas ici la question de ma sexualité, je laisse chacun le libre choix d'y voir ici une corrélation, ou non. Moi, je n'en vois pas, ou peu, dans la généralité, mon cas est sûrement différent, et les agissements de ma mère sont de façon certaine liés mon homosexualité. Je ne parlerai donc pas ici de tous les problèmes auquel j'ai du faire face lorsque j'ai pris conscience que, ? Dieux, je n'aimais pas les filles. Ceci est une autre histoire.

J'en viens alors ma véritable réflexion, qui m'a frappé. Chaque génération, vous en conviendrai, se plaît déblatérer la suivante son infériorité. Ainsi, pour mon père, notre génération porte en son sein des branleurs, des bons rien, des futurs fonctionnaires, des pollueurs, des violents, et j'en passe. Je m'amuse lui rappeler que le monde, ce sera nous, d'ici 20 ans. Mais outre le «ah, de mon temps, notre génération était bien mieux que la votre » j'ai entendu et lu un fait avéré : la génération de nos parents fut celle de la libération sexuelle. Les m?urs se sont détendues. Et alors que mon grand père et ma grand-mère sont issus d'un mariage arrangé, mes parents, oncles, tantes, amis de la famille sortent tous d'un mariage consentant (du moins les premières années).

Si on se replace dans le contexte, l'époque, oser coucher avant le mariage ou avoir plusieurs amants était accepté par certaines personnes, mais encore rejeté par beaucoup d'autres.

Eh bien, pour moi, notre génération est celle de la libération des genres. Oui, on voit des hommes habillés en femme et des jeunes garçons qui portent des jupes, je l'ai moi-même fait. On voit des cheveux longs chez les hommes et des cheveux courts chez les femmes. Les femmes n'ont plus de problèmes de morale pour accepter le poste d'un homme, première vue. On voit des homos, des lesbiennes, des trans, et tant d'autres. Et on ne s'en offusque plus. Bien sur, cela est mitiger. Autant que la libération sexuelle fut dénigrée dans son époque première, la libération des genres n'est pas encore acceptée de tous, loin de l . Mais dans les pays européens, et je parle ici des moins méditerranéens en excluant volontairement l'Italie encore très chauvine, raciste et machiste (sans tomber dans le cliché) de grands bouleversements sont en marche. On commence accepter les homosexuels, ils peuvent se marier dans certains pays. La question de l'adoption reste épineuse mais tend s'éclaircir. Les changements d'état civil sont possibles pour les transsexuels, ainsi que les opérations qui ne sont plus jugées comme hérésies. Et surtout : l'homosexualité n'est plus jugée comme maladie. Bien sur, tout ce que je viens de citer est plus adéquat la Finlande, La Suède, l'Angleterre ou la Belgique qu' la France, mon grand désespoir. Je ne me prononcerai pas sur la tendance régressive de notre pays bien des égards, ceci sera peut-être le fruit d'une autre réflexion.

Je ne veux en aucun cas jouer les élitistes et les petits prétentieux, mais force est de constater qu'évidement, cette tolérance de plus en plus accrue est présente en majorité chez des personnes pourvues de réflexion, et non qui, comme ma mère, se contente de suivre aveuglément les conneries qu'on leur a dictées. Notre génération verra d'ici 20 ?? 30 ans les fruits de son ?uvre, et peut-être pourrons nous alors espérer une acceptation de toutes les sexualités. Tous ces problèmes sont dépassés. Je me suis maquillé, de façon sérieuse parfois, pour faire ressortir mon regard, oui, j'ai porté des jupes, oui, j'ai les cheveux longs, oui, je fais des tresses et des chignions, oui, je porte des bracelets, une bague de pouce et des collier, oui, j'aime les hommes, oui oui oui. Je n'en demeure pas moins un individu de sexe masculin. Je reconnais et accepte ma part de féminité mais je demeure une polarité masculine, même si pour moi je suis avant tout une vie, une âme et une pensée égale aux autres.

Je pourrai aussi vous parler de la république du Cuba, ou l'on interdit els fêtes homosexuelles, et ou on peut se faire arrêter et emprisonner sans parler des amendes exorbitantes. Je ne vous parlerai pas des nations américaines qui considère encore la sodomie comme hérésie passible de prison, et encore moins des états musulmans dans le monde ou l'on meurt encore lapidé ou brûlé pour être né homosexuel. Je ne vous parlerai pas des insultes, des coups, de la douleur. Ni de la haine de soi.

Je vais rester positifs, et vous dire simplement que nous avançons, et que je condamne tout ceux qui pourraient avoir des pensées l'image de celles de ma mère. Ouvrez les yeux, quitte arracher vos paupières. Ils sont tournés vers l'intérieur.



dimanche 16 juillet 2006

High Hopes.









J'étais un chat. Pas un chat d'apparat, un véritable chat sauvage, instinctif et alerte. Un chat aux yeux mordorés et au pelage d'un bleu éclatant, presque métallique. J'étais libre, je venais de m'extirper de mes chaînes si lourdes et blessantes. Le vent soufflait par-dessus mes oreilles des promesses de mondes nouveaux, d'éclats retrouvés. J'étais alors un chat heureux, un joyau vivant. Une couronne qui n'attendait qu'une tête couronner. C'est alors que je t'ai rencontré, toi, le Crapaud. Comment un chat peut-il s'arrêter lorsqu'un crapaud passe côté de lui pour autre chose que satisfaire sa faim? C'est un mystère qu'aujourd'hui encore je n'ai pas pu percer. Toujours est-il que si terne et imparfait que tu étais, je me suis étouffé ta vue et j'ai senti des larmes piquer mes yeux. Je me suis arrêté dans ma course au soleil et je suis venu près de toi.


Je me suis alors intrigué de l'énigme que tu étais, je me suis convaincu que tu n'étais pas si laid, et qu'au fond ton être n'était pas si nauséabond. J'ai pris en pitié la boule de chair écorchée et douloureuse que tu étais, tentant de lisser les plis de ton esprit pour rendre tes pensées une surface lisse, ordonnée, j'ai voulu t'offrir une nouvelle mue, une peau plus douce et éclatante, arracher tes pustules et tes plaies et ouvrir tes yeux d'autres choses, que toi, en tant que crapaud, ne pouvais voir. J'étais un chat comblé, et du haut de ce que je pouvais apprécier, je n'ai pas vu les montagnes d'argent qui m'appelaient par del les campagnes, non, je me suis arrêté pour te regarder, toi, un misérable crapaud. Je t'ai pris entre mes pattes et je t'ai serré fort contre moi, sans user de mes griffes, si ce n'est pour t'amuser. Les questions se sont enchaînées dans mon esprit, libérant leurs flots insidieux et acides. Alors j'ai voulu ta confiance, et j'ai un jour fini par l'obtenir. Je me suis penché vers toi, sans savoir que pour me relever il me faudrait goûter ma propre chute.


Enorgueilli que tu étais de l'intérêt que je te portais, tu as voulu gonfler pour te donner de l'importance, car, au fond, le crapaud, même s'il n'est qu'une chose misérable, souffre d'un honneur et d'un orgueil sans pareil, ou de la douleur de sa banalité. Il se tisse des vécus et des fables qu'il conte tout vent, dans lesquelles il est tour tour héros et observateur. Alors je t'ai écouté, et, persuadé qu'un crapaud pouvait receler une brillance insoupçonnée, j'ai eu foi en toi et en tes fables. Tous mes espoirs t'ont enserré comme des bracelets et des diadèmes, pour te porter plus haut et te donner une nouvelle force. Pour te faire croire que tu n'étais pas que Crapaud, mais bien plus. Espoirs vains, car on ne change pas une nature.


J'étais un chat bleu. Bleu comme les étoiles qui brillent au fond des yeux des rêveurs, et qui ont illuminé mon regard lorsqu'il se posait sur toi. J'ai tellement voulu te rendre grand et meilleur que tous tes contes m'ont séduis, que j'ai désiré une autre image de toi, et que mon esprit l'a inventée. Bien qu'aujourd'hui il se réfute les retrouver dans sa mémoire, bien que je t'efface petit petit comme une crasse sur une chaussure, j'ai souvenances de certaines choses. J'ai souvenir de ces nuits où j'ai serré de mes pattes le petit crapaud contre moi et qu'il m'a rendu mes étreintes, j'ai souvenir des espérances qu'il m'a donné, toutes fausses, car un crapaud ne peut changer de peau sans se l'arracher de lui-même. Alors a commencé la lente descente aux enfers où je n'avais d'emprise sur toi que ce que tu voulais bien croire, alors que tes pattes ignobles menaient une danse qui te reflétait, une danse de boue.


Tour a tour tu m'as loué et ignoré, et j'ai arraché mon pelage pour te l'offrir, et te donner de cette noblesse dont je ne savais quoi faire. J'ai crevé mes yeux pour y prendre les étoiles et en sertir ton front. Et milles rivières de larmes ont mouillé et délavé le bleu qui était mien par ta faute, par ton mépris ou ton ignorance envers moi, pour un mot, un geste ou un malaise que je ne sentais que trop. Jamais tu ne l'as su, jamais le doute ne t'as pris la gorge, tellement tu étais tout entier absorbé par le reflet de ton nouveau costume dans l'onde. Et alors, de ta laide figure qui me volait une respiration lorsqu'elle se tournait vers moi, tu pleurais car je n'étais pas encore assez toi, pas assez sale pour pouvoir te ressembler totalement, encore trop chat, trop bleu. Alors je suis devenu blanc et aveugle, vidé de larmes et de désespoir, de douleur, crevé comme un ballon par trop de passion.


Et un jour, l'aube fut différente. Me levant, je suis allé vers le ruisseau pour m'y regarder, chose que je n'avais pas fais depuis longtemps. J'ai vu mon pelage immaculé et terne, mes yeux vides. Alors un grondement s'est fait en moi, annonçant l'orage et le déluge des mes espoirs perdus, de ma douleur exultée, de la venue de la dame qui te fit tant souffrir, petit Crapaud, impassible et cruelle, ma Haine. Je t'ai haïs et je te déteste encore, reste ce mépris acéré qui m'a arraché toi, qui fait pourrir ce que j'avais pu te donner mais dont tu n'avais su que te vêtir, et non pas te nourrir. J'ai brisé les liens qui s'étaient fait chaînes, et je t'ai éloigné, tant que j'ai pu. Alors tu es revenu penaud, comme toujours, baissant la tête et courbant l'échine sous chacune de mes colères, promettant un changement que tu ne pouvais pas accomplir car un crapaud jamais ne change. Tu es condamné aux marécages et la boue, aux pustules et aux plaies, l'immuabilité de la glaise sèche.


Mon pelage reprit couleur, une couleur différente, bleue comme la nuit, et parfois noire, ont susurré craintivement certains. Dans mes yeux sont revenues des étoiles de glaces, cristallines mais tranchantes pour ceux qui voudrait les saisir. Tu m'as appris, petit crapaud, appris que la boue ne devient pas argent, ni or, et que certains ont pour peine éternelle de rester les mêmes, toujours, gangrené par la lâcheté et la faiblesse.




Et depuis le jour où j'ai arrêté de croire en toi, triple fois maudis, voil maintenant plusieurs mois, dans un lit entouré de montagnes enneigées, je me suis juré que si un crapaud croise nouveau ma route, je ne m'arrêterai que pour l'étriper de mes griffes.



Si je n'ai pas crevé tes yeux c'est que je t'ai trop aimé. Mais attention, les miens ne sont jamais loin, et un labyrinthe de fils est tendu autour de toi. Compte sur la Dame araignée pour y veiller? Que le Mana t'accueille, ou ce sera le néant qui te noiera.