mardi 13 novembre 2007

He's got blue eyes



Dyptique.

J'ai pris l'ardente entre mes mains. Sa sphéricité m'apaise, et son noir de tombeau aussi. Je l'ai serrée, et en mon for le plus intérieur, je lui ai intimé l'ordre de se réveiller de son sommeil glacial. Au début, je n'ai rien sentis. Mais je sais bien que lorsque la pierre dort, son réveil ne peut être que progressif, coulant. Alors j'ai attendu, et, d'un fil à un autre, j'ai sentis sa toile se remettre à vibrer petit pas par petit pas. Puis, au centre de sa structure, une chaleur monter, se répandre. Lorsqu'elle a atteint la surface de la pierre, j'ai reçu la décharge significative de la nature de mon obsidienne, la glace et le feu en une seule pierre. Et c'est bien pour cela, que lorsque je prononce l'Ardente, on croirait que j'appelle l'hiver tant le ton est froid. Le gel et la flamme mélangés, tel fut la promesse que me fit cet étrange caillou lorsqu'il m'a choisie.

Cette flamme sur le rebord m'a fait tomber. J'ai ouvert les yeux, et une immense forêt m'attendait. Bien trop haute, les arbres fins mais nombreux, et des réseaux de branchage un peu partout. Je me suis avancée, sans bâton ni lame, et la caresse des feuilles était comme de l'eau sur ma vêture. J'ai souris à cette forêt d'ombre, jeune comme un souffle, coupante ou douce, suivant son état. En touchant presque le ciel, j'ai compris que la cime était d'air, et la base aquatique, d'où l'étrange touché des branchages. Les arbres n'étaient pas vraiment tangibles, pas vraiment là, plutôt des présences de seconde vue, que l'on aperçoit du coin de l'oeil. Si le sol était noir, ils diffusaient une étrange clarté, entre le bleu électrique et le vert de lagon. Ces couleurs s'effilochaient et laissaient des traînées mélangées derrières elles lorsque le vent venait remuer la forêt, car il y avait du vent, et son chuchotis était partout.

J'ai jeté au sol la longue mante qui me recouvrait les épaules. Mes bras n'étaient pas dans les manches, et cet air d'impératrice ne me plaisait pas. En dessous, j'ai découvert que je portais un habit qui ressemblait à une chemise, mais qui descendait beaucoup plus bas, et dont les boutons s'arrêtaient au nombril. Les pans étaient fendus, et la couleur était un bleu très foncé, celui que prend la nuit quand elle ne s'est pas décidée au noir. En dessous un pantalon, évasé et flottant, noir, celui-ci. Des bottes de la même couleur, ressemblant fort à des Doc martens, et autour de mon cou, la triskelle noire et argent que je porte souvent. Cet air de fée moderne ne m'a pas déplût, et j'aurai presque souhaité enfreindre les règles, et ramener de l'ailleurs ce que je portais. Chose impossible, ou très rare, et le risque ne valait sûrement pas cette maigre chandelle. Fi de la description, je reviens à mon voyage. J'ai marché, sans pour autant m'extasier et prêter attention de trop à cette forêt magnifique. D'une part, de peur qu'elle ne me retienne, comme le font parfois les endroits qui aiment être contemplés, d'autre part, parce-que j'avais déjà vu cet endroit. En un autre temps, sous d'autres couleurs, mais c'est dans cette même forêt qu'une dalle en pierre gravée gardait un livre. L'épreuve fut dure pour l'atteindre, et, preuve de mon échec, je ne me souviens plus avoir oui ou non touché ce livre. Je me souviens du cri du gardien, bestial et enragé, quand il est tombé sur les autres, ceux qui avaient écopés du rôle de la diversion, malheur à eux.

En continuant mon chemin, sous le murmure des sapins lumineux, je suis arrivé devant un petit lac. Et j'ai tout de suite reconnu ce qui l'emplissait. Ce liquide noir, sirupeux, aux reflets de verre et à la densité changeante. Encore une fois, ma route passait par celle de l'obsidienne liquide. Là encore, feu et glace, oui, mais aussi quelque chose de la pierre, et du tonnerre. Une dureté incroyable, capable de briser n'importe qui, et une décharge cinglante, pire qu'une hydrocution. On ne s'y plonge plus avec la même appréhension après la première fois, celle qui tient lieux d'ordalie. Demeurer vigilant est nécessaire, car les eaux sont fourbes, mais elles ont aussi le dernier mot, quoique l'on fasse. Ainsi le possible est tissé, tiré, joué, bien avant que l'on y entre. Et le passage est toujours nécessaire pour avancer, ou pour chuter.

J'ai marché vers la noirceur, et elle m'a avalée. Sous la surface, j'ai lâché toute prise, et j'ai sentis le courant entrer, par mes yeux, par ma bouche et mon nez. Tout remuer à l'intérieur, briser des barrages improbables, inutiles, réduire en cendre en quelques secondes ce qui peut prendre des mois, des années à fortifier. Encore une fois. Et j'aurai presque pleuré, tant j'aurai voulu remercier ces eaux là. De m'apprendre à reconstruire plus vite, plus juste, et surtout de façon plus essentielle. De laisser ce qui n'est pas nécessaire pour garder ce qui l'est. Ainsi détruite, en miettes, je me suis avancée dans les profondeurs du lac, et le courant m'a porté jusqu'à la berge, presque doux, et protecteur. Lorsque j'en suis sortie, mes vêtements recrachaient l'eau, et leur couleur en même temps. De noir à gris, puis de gris à blanc les couleurs ont défilées, pour ne garder que cette dernière. Alors, j'ai décidé de continuer ma route, sans m'en soucier, car je sais depuis longtemps, que même après les tempêtes, je ne suis plus neutre.

Je suis une fille des autres mondes, qui vous salue bien bas.

samedi 7 juillet 2007

Anesthetize by Porcupine Tree






Le rapport au pouvoir est quelque chose de personnel. Il peut-être douloureux, grisant, nous rendre oublieux de beaucoup de choses. Il peut être enivrant, envoûtant, presque incompréhensible, comme étranger. Mais il est surtout sensuel, presque sexuel, bienfaisant, relaxant, équilibrant. Sentir le pouvoir, le percevoir fluctuer, augmenter, et apparaître, c’est une bouffée chaude d’appréhension mêlée de respect, d’attente et d’excitation. Le pouvoir est un amant. Passé le premier étourdissement, où l’on se dit qu’on avait oublié cette émotion, on ose toucher, goûter, prendre entre nos mains un peu de ce dont on dispose. Si le pouvoir est tumultueux, il faudra se plier à lui, sans s’y perdre pour autant, sans souffrir de rien, ou alors s’y perdre profondément, pour ceux qui savent ces voyages là. S’il est doux, languissant, alors de nos mains nous le façonnerons, pour le faire lien, geis, serment, promesse à la nuit, épines, dons, souffles et murmures. Il n’y a pas de règles, pas de maîtrise de soi à garder, pas de noir vers lequel il ne faudrait pas tendre, il y a le goût du voyage, et sa connaissance, et sa maîtrise, uniquement.

Le pouvoir amène un acte de sens, une création, un art. Un voyage, une chance à tenter, un possible à étouffer de nos mains ou dans lequel insuffler un peu d’existence. Il est un pari, un jeu, avec lequel on apprend à composer, à apprécier les victoires, et peut-être encore plus, la blessure des échecs. Car quoi de mieux que la morsure d’une défaite pour nous emmener jusqu’au pouvoir, et peut-être revenir à soi, à travers, ou contre lui?



Manaz, Hagalaz, Pertho, Thurisaz,
Tournez, et dansez, filles du vent,
Changement et chance sur mon chemin.



samedi 9 juin 2007

Sépia d'Ambre










Le vent est rasant. Il se frotte à la terre, soulève une fine couche de poussière et vient faire gonfler mon pantalon thaï marron. Marron, le sont aussi mes chaussures, bien qu’en cuir plus foncé. Ou dans une sorte de daim. Marron aussi ma tunique, tirant vers l’ocre, qui se finit en pointe. De larges manches, qui s’arrêtent à mi-bras. Mes cheveux sont attachés, et mes mèches folles encadrent mon visage. C’est toujours ainsi, depuis qu’ils sont coupés.

Cet endroit est étrange. Je crois que cela fait des mois que je n’ai plus mis les pieds ici. Pourtant, rien ne trompe. La couleur, l’odeur, la sensation, la « pellicule », comme j’aime à appeler la texture de ce réel. L’astral. Alors nous revoilà ici, hein, vent ? Tu me portes dans de bien étranges endroits. Mais peu furent aussi beaux que celui-ci. Une traverse, un exil, un point de fuite du monde. Une île au bord du monde, qui flotte dans l’espace. Pas de nuages, à vrai dire, pas de ciel. Cet endroit est un ailleurs, il faut avoir connu l’ailleurs, avoir dansé avec lui pour comprendre. Le sol est en pierre mais une terre séchée le recouvre. Friable, poussiéreuse. Une fine couche qui se dissipe lorsqu’on marche. Chaque pas pourrait laisser une empreinte, mais je connais les règles.

Puis, autour, partout… des constructions étranges. Toutes en pierres, empilées les unes sur les autres, sans chaux, sans ciment, sans réelle structure peut-être. Des pierres qui poussent. Entre les constructions et la place, un mur percé d’arcades. Il s’étend, perspective fuyante. La pierre est jaunie, d’un vieux jaune, un sépia ambré. La couleur et la lumière semblent émaner des bâtisses elles-mêmes. Mais d’ailleurs, bâtisses elles ne sont pas. Ni habitations. Elles se suffisent à elles-mêmes, ces constructions vivantes. Ce lieu, cet ailleurs, n’a pas de signification, pas d’utilité, pas de marque propre. Il se suffit. Il est un ailleurs.

Des sphères flottent, diffusant une épaisse lumière ocre, chaude, poussiéreuse, comme une tenture, comme un tapis lumineux. Transparentes, comme faites de verre. Et de caramel. Je marche, impassible dans mon ailleurs, le pas sur, les yeux gourmands. Ici pas de bataille, ici pas de magot aux abois, ici pas de magie. Autre que celle de cet endroit. Je marche, encore, en enjambant les morceaux de pierre que les constructions ont perdues, comme des peaux mortes. Il y a comme une respiration lente, comme le murmure qui s’échappe d’une vieille poutre brune, mais ici rien de végétal. Aucun être vivant, pas le moindre esprit, pas le moindre djinn, pas d’arme à créér, pas d’énergie à modeler. Une négation. Une abjuration pure. Un refus du monde, un refus d’existence, pas de pourquoi, pas de raison, pas de conséquence. Simplement le passage du miroir, le vertige de l’ailleurs.



lundi 28 mai 2007

Albedo & Nidegro











Si le Dieu est un chant, la Déesse est un cri



Une nuit, un souffle et un tambour.
Conte d’Os.




Il y eu une nuit. Une nuit pleine et étoilée. Bleue comme jamais ne sont les nuits, à part celles que, dit-on, on voit lorsque l’on se perd. Un voile se déchire, comme si le brouillard s’était levé, emportant avec lui l’illusion du noir, dévoilant le velours du bleu. Se perdre, c’est passer les portes où le corps tremble, et l’esprit peut-être aussi, où l’âme pousse loin à l’intérieur. C’est cesser d’être un flux, cesser d’être marrée montante, se lasser de sa propre eau et s’assécher, à en croire mourir. C’est cela se perdre. Et ce vertige, ce frisson que l’on ressent lorsqu’on se perd peut arriver à tout moment. Une vision, un toucher, un baiser, un regard, un geste, la force d’un symbole, le serment d’un geis, la porte d’un nemeton. C’est la brisure de l’espace autour de nous, comme l’éclat de notre égo qui nous échappe.
Il y eu un souffle, sous le velours de la nuit. Une course sereine et fluide du vent dans l’air, des tracés invisibles pour ceux qui ne savent pas voir. Pour ce qui ont oublié comment chante le vent. Et ce souffle vint sur ma peau, me faire frissonner, en regarder les arbres se plier doucement, comme l’on se plie dans l’acceptation d’une caresse, ou d’une soumission. Connaître un souffle, c’est connaître une destination, un message, un expéditeur. Les trois sont liés, et quand bien même n’en connaître qu’un, c’est s’approcher des seconds. Connaître un souffle, c’est s’y soumettre, c’est l’accepter en soi, s’offrir à sa morsure, en connaissant le prix. Accepter un souffle c’est lui laisser notre odeur. C’est laisser un message.
Il y eu un tambour, comme une pulsation au cœur de la bleue nuit, soutenu par le souffle du vent. Une note grave et sourde, bondissante, vibrante de ferveur, sur une peau tendue comme l’arc du monde, axiale. Un tambour de force, de vigueur, de transe et de danse sans répit. Le rythme est un défi, toujours. Il est l’échec de se laisser noyer par lui, et l’accomplissement de passer au dessus de lui, de voyager sur son dos, de le laisser nous prendre, nous serrer le cœur et la gorge, et d’un coup, ruant, de nous porter loin. Le rythme nous rend oublieux de nos corps et de nos servitudes, de nos erreurs et de nos égarements. Le rythme est un pari, une moue dépitée, défiante. Le rythme est arrogant.




Il y eu une nuit, il y eu un souffle, il y eu un tambour, sous le regard plein de la lune. La forêt s’étendait tout autour, vibrante comme un cÅ“ur, prête à vaciller, à accepter la morsure, à laisser entrer la nuit. Ses habitants étaient là, lovés en son sein, ou caché, pour la plupart, effrayé des esprits qui dansaient, animaux, et des lueurs rougeâtres, au loin. En ces nuits, chacun sait que s’aventurer trop loin, c’est perdre son âme, où peut-être la trouver. Mais qui, parmi le règne animal, eut été assez fou pour risquer sa demi nature ? Sa moitié d’âme ? Personne. Alors les animaux restaient terrés, tapis sous les ombres, donnant sourde oreille aux arbres. Mais les arbres, eux, exhortaient la forêt d’entrer en marche. De se jeter dans la danse, de suivre le tambour, de danser avec le souffle, de boire la nuit. Et cette envie, ce désir ardent de se mouvoir, pour eux, prisonnier de terre, étant si intense qu’il coulait dans toute la plaine. Comme du mercure dans des veines, un ichor électrique qui poussait à l’oubli du corps et l’ivresse de l’âme. Alors ils sortirent. Lentement, avec majesté, car de tout temps, le pas prévaut sur la raison, et la destination. Les arbres se courbèrent pour caresser leurs visages lunaires et leurs cheveux de lianes. Les pommettes hautes, les yeux comme des fentes sur le visage, et des bouches, comme des pommes, rouges et pleines, le Petit Peuple de Swelow, qui vivait en cette grande Forêt, sortit de ses demeures de mousses et de branchages. Ils passèrent le vertige du Nemeton, puisque, ce soir là, c’était des mortels qui faisaient fête en mortalité. Et que, en toute connaissance de cause, chacun d’eux tenait ce rythme là pour appartenant à Féerie, le faire résonner était comme un appel. Alors ils acceptèrent la nuit, et la forêt trembla. Dès lors, les branches s’agitèrent, laissant furtivement passer des rayons de lune, qui, lorsqu’ils les éclairaient, laissaient paraître leurs tenues, car, presque aussi grands que les humains, les Swelows, (ainsi on les nommait), n’avait pas l’impudeur de paraître vêtus de seuls nuages devant leurs cadets. Une question que se disputaient l’honneur et la morgue, ces êtres là rebéquant toujours à devoir céder une chose à l’humanité. Alors, comme ils étaient la forêt, la forêt s’était pour eux faite parure, sublime vêture végétale. Les herbes s’étaient tissées en pourpoints et en redingotes pour les hommes, portant boutons d’or aux manches et lys au col, et des trompettes de la mort au chapeau. Et pour les Dames, les mousses les plus belles, en cascades, soutenues par des branches souples pour donner de l’ampleur aux grands vertugadins. Des myosotis en broches et des baies de pin de serpent autour des cous. Pour tous, des cheveux verts, fins comme les plus jeunes lianes, noués. Les Swelows avancèrent, certains se tenant par la main, la plupart seuls, jusqu’à la clairière centrale, où se trouvait une des portes allant vers leur Nemeton, mais par laquelle ils n’avaient pas voulu sortir, ne cédant rien au jeu des humains, qui, semblait-il, connaissaient si bien leurs règles, et préparant leur entrée. Les animaux s’enfuirent, tous, dès qu’ils entendirent le fin glissement entre le monde qui signale l’arrivée des hôtes de la forêt, car s’ils sont beaux, ils sont aussi létaux comme l’Amanite, ces empoisonneurs, et leur peau, si claire, presque blanche, et éclatante, est une promesse de mort pour quiconque les touche.


Mais ce soir, les habitants des bois savaient que le temps n’était pas à la bataille, mais au rite. Chacun replia ses épines et ôta son poison du mieux qu’il pu. Car la colère des humains, bien qu’ils soient mortels, lorsqu’ils connaissent la magie que les Dieux leur ont offerte, et aussi celle de Féerie, est un grand danger. Les Swelows étaient venus en toute sincérité, car de façon sincère ils étaient appelés. Les humains avaient laissé un message dans le souffle du vent ; « Abjurez les barrières, frères, sÅ“urs, et marchez en ombre, avec nous ». Pour cette nuit, pour ce rite ancien, d’habitude célébré dans le secret du Nemeton, les CÅ“urs de Diable, comme on les appelait pour leurs piquants et leurs poisons cachés, abjurèrent les barrières, et vinrent au côté des humains.


Les humains étaient sept. Quatre hommes et Trois femmes, parés des étoffes humaines, que l’on ne connaît pas en féerie, de satin, de velours, de voilages, de dentelle pour les dames, de perles et de bijoux, d’argent uniquement. Ils entouraient un grand feu, dans l’immense clairière, çà et là des obsidiennes et des cristaux à leurs pieds, pour désigner l’équilibre, la balance des énergies. Et des jonquilles séchées, disposées à l’extérieur du cercle, preuve que les lois de Féerie étaient leurs, aussi. Alors les Cœur de Diable, comme des silences, sans même déranger les hommes, ramassèrent chacun une jonquille, et entrèrent dans le cercle, qui s’agrandit pour les accueillir, autour du feu. L’éclat de la flamme trembla, comme si il ployait sous le mélange des races, mais ne s’éteignit pas, restant haut, et dégageant une chaleur enjôleuse, accompagnée de l’odeur des herbes et des plantes jetées dans les braises. L’homme au tambour releva à peine la tête, sur ses lèvres passant un sourire, et, rejetant en arrière ses tresses rousses, arriva au sommet de son rythme et décida de le rompre, et d’en entamer un nouveau. Car tous le temps que les Swelows s’étaient coulés vers le cercle, le tambour était monté en intensité, lui demandant plus de force, plus de vitesse, pour ne rien perdre au charme qui attirait les fées. Il avait chanté le jeu, l’appel.


Son second rythme fut plus lent, comme des vagues sur un rivage, un flux, et un reflux permanent. Pour ceux qui ont quelques sciences Filidh, c’était un appel au chant, à la transe lente, nocturne, placide, puis extatique. Les humains murmurèrent, puis chantèrent, chacun à leur tour, et tous ensembles, dans leurs langues étranges, pétries autant par eux que par les âges, si nuancées, si tranchées pour chaque choses. Leurs chants montèrent dans l’air comme des serpents louvoyant, traçant les contours d’un immense cône surplombant le cercle, se fondant à son sommet. Ils célébrèrent l’ordre, la roue du ciel, le cycle des marées, l’écoulement des rivières, le vent et les nuages, la pluie, si peu ponctuelle, et le soleil, astre de rigueur. Les fées se mêlèrent à leur chant, avec leur langue serpentine et rocailleuse à la fois. Les mains se joignirent, alors le cercle fut vraiment prêt. Le feu redoubla de vigueur, et les vents semblèrent se joindre au somment du cône, comme le faisaient les voix. Le chant parla de destin, de justice implacable, d’amour, d’aide, de création, de conception. Horus, Cernunos, Lugh, Dagda, par tous ces noms ils appelèrent le Dieu. Le Cornu, Roi Chêne et Roi Houx, énergie primordiale et soleil étincelant. « Lugos, seigneur de lumière, contrainte et présent, amour et foi, père des ordres, des frontières et des liens de soutaine, toi que l’on nomme aussi Teutates, seigneur du clan, Nodens, faiseur de nuages et pourvoyeur de richesses, viens à nous. » Et alors, dans l’harmonie des voix, dans le souffle du vent, dans la fumée du feu, se dessina peu à peu le contour d’un cerf, immense, diamantin, immaculé, porté d’immenses bois. Ils ouvrirent les yeux, ayant vu bien avant l’apparition, et, au sommet de leur transe, ils embrasèrent le Dieu pour ne plus former qu’un avec l’ordre et la création. Puis le tambour, sec, cassant, sonna trois coups, pour briser l’instant au plus haut, car le sommet atteint ne doit avoir d’égal que sa chute. Puis, c’est un Swelow qui prit le tambour, que lui tendis le Fili humain, sentant la science, le savoir qui donne le pouvoir de mener les rites, le contraire étant mensonge. Le Fili fée se saisit donc du tambour, et, prenant son inspiration, joua.


Les notes rebondirent, puissantes, animales. Mais surtout endiablées. Le cercle se leva, et, saisit par la musique, commença à onduler, suivant ce flot impétueux. La fée ne se contentait pas de jouer avec ses mains, et peut-être en cela surpassait-il l’humain, car son âme frappait la peau, comme un prolongement de son corps. Il tendit un bras, menant son rythme d’une seule main, et d’épaisses lianes vinrent s’enrouler autour de l’instrument, le soutenant lorsqu’il se leva lui aussi, pour tenir le tambour à hauteur. Alors, il effectua un roulement, puis ralentis son rythme, roula, roula encore les sons comme des tonneaux de vagues, comme des petites tornades, comme un arbre, enroulé dans sa cuirasse d’écorce. Un grand coup résonna, et le rythme s’inversa, bondit, rua, dans une accélération folle, et le cercle, qui déjà dansait, devint autre, brisant la frontière, se joignant au Nemeton. Et en ceci, l’union des fées et des humains ouvrit une seconde brèche dans la clairière, une porte de mélange, qui ne mènerait que vers ce lieu où tous, ils avaient célébré l’ancien rite. Une faille. Un interstice. Un ouvroir. Le feu diminua, et l’ombre vint souffler, comme elle sait le faire. Il étaient là, leur vêture changées, comme elle aussi disparue, presque nus sous la force du vent, et ils incantaient ensembles. « Hecate, toi la mère, toi l’ombre et la tempête, mère des envoûtements et des os, des charmes et des sangs, des unions et des carnages, toi que l’on nomme aussi Cathubodva, Raven, sombre guerrière et Dame Corbeau, Rigantona, Haute Reine, viens à nous ». Alors, une autre nuit fit son entrée, et elle chassa, celle, bleue, qui les avait accueillie à présent. Ils dansèrent encore, le tambour accéléré par le Fili, comme des bêtes, quasiment fous, emportés par la démence qui les poussait à retenir plus longtemps leurs voix. Et lorsque le tambour mena le rythme à sa presque fin, à son épuisement, ils hurlèrent, ensembles, d’un cri long et perçant qui ébranla la nuit devenue noir, et la forêt qui s’était tue. Et alors, passa dans le ciel une corneille, immense, toute d’ombre façonnée, qui les couva de ses yeux fous, avant de ruer et de fendre les nuages vers la ruine du monde.



Ils tombèrent, tous, pétrifiés sous ce regard noir, comme peut l’être le noir, et errèrent pendant quelques minutes dans des îlots de conscience d’où on ne peut revenir que changé. Certains, parmi les fées et les humains restèrent de pierre, d’autres revinrent. Indubitablement changés. Comme étrangers au monde, d’avoir regardé en face la sombre mère.




A celle qui se souvient peut-être d'un jour m'avoir dit cette toute première phrase.



jeudi 12 avril 2007

The Spiral in my hand








Extrait du journal


Mercredi 11 Avril 2007




Aujourd’hui Mr Beau a annulé mon cours de violon. J’en ai donc profité pour filer à Genève chercher le livre de Starhwak, « The Spiral Dance », qui est à l’origine le nom d’un rituel qu’elle mit au point avec son coven « originel » à San Fransisco, aidée d’artiste, de musiciens.
Ce livre fut écris en 79. Voila bientôt 30 ans. J’ai reçu directement de son éditeur de San Fransisco l’édition avec une préface nouvelle de STarhawk parue en 99, pour le 20ème anniversaire de cet ouvrage. Je n’ai lu que les introductions et cette préface.

Lorsque j’ai commencé la lecture du livre, je me suis de suite interrompu pour me mettre nu. Réflexe païen ou non, quoiqu’on en dise, en reprenant la lecture j’ai sentis le livre brûler entre mes mains, et cette chaleur m’a envahie. Comme le dit l’auteure, le sacré se construit, qu’il soit vieux de plusieurs millénaires ou de quelques minutes. Je me suis sentis plus en adéquation avec ces écris. En lisant le retour en arrière de Starhawk, de son chemin, de 79 à 99, elle qui avait écrit ce livre alors âgée de 28 ans et qui aujourd’hui a plus de 50 tours de fils à son fuseau, elle qui a vu les mouvements hippies, la fin de l’apartheid, Reagan, l’assassinat de Kennedy et tant d’autres faits qu’on nous martèle et qui ont marqués les Etats-Unis, elle qui s’est battue pour faire avancer le droit des femmes et un monde qui ne lui convenait pas assez, j’ai vraiment ressentis et bu avec avidité la sagesse de cette femme.
Ses lignes on de suite trouvées écho en moi. Un écho à toutes mes questions, moi qui m’avance si vite vers mes 18 ans (et je réalise à quel point cet âge qui m’apparaît vieux est dérisoire) et qui sont : Que vais-je faire de ma vie ? Quel chemin vais-je choisir ? Pour l’instant, mes nÅ“uds futurs pour les 5 prochaines années sont en voie de décision. Mais un jour, vais-je avoir le courage de tout tenter pour mes rêves ? Ou ne suis-je en fait qu’un rêveur qui aime avoir les pieds au chaud et ne sacrifier que quelques grain de sables de son immense sablier à l’onirisme ? Voila de quoi j’ai peur. J’ai peur de ne pouvoir me défaire de mon confort, de ma vie si simple et facile. De ma vie d’adolescent Européen de classe bourgeoise ou moyenne, c’est selon, qui, avec des yeux bien trop ouverts sur le monde, se dit qu’il faudra un jour soulever la couette et sortir de ce lit bien chaud pour aller dévorer le monde.
Puis j’ai ressentis de la jalousie. Ou non, de l’envie, de l’admiration. Devant cette femme, ce temple, dont la vie a été vouée, et l’est encore, à faire progresser des valeurs de paix, d’harmonie, la sagesse et le respect de la nature dans notre monde, pour, et par la Déesse. Une militante pour la paix, pour les droits des homosexuels, pour la défense des pauvres, lutant contre le Sida, la déforestation, aidant les personnes subissant la répression, la violence, hurlant là où on doit se taire, s’ouvrant en plein jour là où l’on doit se cacher. Suis-je une plante de cette espèce ? Pourrais-je, un jour, moi aussi, trouver le courage et sauter ? Cette femme, cette cathédrale « of love and wisdom » montre un sentier, une voie. Oserais-je la suivre un jour et en faire ma vie ? Où peut-être ne suis-je pas fais pour cela. Peut-être ne suis-je pas de ceux qui dédient leurs vies à ces causes, peut-être suis-je seulement de ceux qui sèment le rêve un peu partout et distribuent des étoiles sans jamais vraiment aller toucher le cÅ“ur des leurs. Peut-être un fantoche, un rêveur d’apparat. Voila ce que je me sens. Un pauvre esprit qui ne peut se satisfaire de l’admiration simple et de la béatitude contemplative, un surplus d’ego écoeurant, qui compare et rapporte tout à soi. Suis-je mieux qu’elle ? Là n’est pas la question. Je me rabats sur des facilités. Etudes, travail, argent, et ensuite, dans longtemps, tout plaquer. Non. Le monde n’est pas ainsi fait et ceci est un leurre. En tant que « Witch », porteur « with proudless » de ce mot qu’elle donne aussi bien aux hommes qu’aux femmes, je sais mieux que quiconque que l’harmonie ne va pas en ce sens.


Devenir un temple demande sacrifice et audace d’exister ? L’aurai-je ? Ma Déesse, l’aurai-je ? J’ai fermé le livre et je l’ai serré entre mes mains. J’ai fermé les yeux et j’ai manqué d’air. J’ai reçu une vue. J’ai vu la vie de cette femme, ni plus étrange, ni plus sacrée que la mienne, voila ce que l’on me soufflait, mais plus méritante, car pleine d’enjeux, d’orgueil et de morgue, qui parfois s’effondrent ou offrent de grandes sources de bonheur. J’ai vu les rituels des plages de San Fransisco.
J’ai vu les actions des sorcières. Les engagements, la politique, j’ai vu ce temple, cette cathédrale, et j’ai été cette cathédrale. En quelques secondes des siècles ont défilés dans mon esprit, ramenant toujours cet éternel dilemme de l’homme qui voit. Se réaliser ou s’oublier.



Je sais qu’il me faut voir le monde. Qu’il me faut le palper, le sentir, expérimenter, tester, découvrir, pour dénicher peut-être en moi, dans un poussiéreux grenier oublié depuis longtemps « my way of life, my lifework », comme l’appelle Starhawk. Ce chemin qui est notre plus gros risque, notre plus intense récompense. Alors peut-être est-ce faiblesse de ne pas m’y jeter encore, peut-être est-ce sagesse. Le vent, qui me parle toujours, me souffle que les deux sont encore entremêlés dans mon esprit.



Mais j’irai goûter à de multiples sources, sur cette immense et étrange planète, ce suc, qui transforme les hommes en temples.
Alors, je saurai si j’en suis digne.



jeudi 21 décembre 2006

Beth. Elmoth.


Joyeux Yule à tous.








Relève, relève toi, Seigneur aux Bois
Enfant de lumière et homme de Sève frémissante
Délaisse les ombres, Seigneur ténébreux,
Et arrache au tombeau des éclats nouveaux.
Reviens nous, Lugos, Teutates ou Taranus,
Rigisamus, Seigneur du bosquet sacré,
Foule à nouveau les terres des hommes.
Entends nos chants, vois nos brasiers.



mardi 31 octobre 2006

Samhain delentscë







Et levant, vous serez aussi frêles que nourrissons
Dépourvus de force dont targuez



Après vous être nourris, coulera dans vos veines sang neuf,
Et pouvoir, essence lunaire et mercurielle



Alors relèverez, prêt à revêtir nouvelles parures
Pour un nouveau cycle qu'accorde, enfants



Puis célèbrerez, conscients et rieurs
Des ombres dansant autour de vous



Et dormirez, pour aller vous confondre la lune
Dans vos rêves délacer cheveux de vieille



jeudi 19 octobre 2006

Démarre, vieux roublard.



A toi, que j'ai rencontré l'été dernier, après avoir ressentis les premiers embruns parasites d'une aile noire voilant ma raison. J'étais pris dans trop de vents pour m'en défaire, étouffé par trop de voix pour savoir laquelle écouter. Et tu m'es apparu, dans mon sommeil. Ceux qui me veillaient m'ont entendus te parler, et j'ai gardé de cette nuit le souvenir opiacé de la première de ces longues parlottes.
A toi qui m'as défait du faux ange.


A toi, qui m'a marqué comme un de ses "appreneurs", car tels étaient tes mots. A toi qui m'a sauvé par trois fois, et rendus à moi même. Sauvé de la souillure, sauvé de la lame, et sauvé de ma propre menace.
Toi qu'il m'a parût connaître depuis toujours. Toi qui a posé ta main sur mon épaule, après que celle qui est devenue depuis ma soeur, marquée de ta griffe, m'aie annoncé ta volonté, que je soupçonnait, car on l'entendait murmurer dans les vents des terres astrales, où il n'est d'honneur que ce qui veut être secret. Tu m'étais apparus bien avant, farceur et jongleur d'apparences que tu es, toi, le maître d'arme, qui m'attendais, munis de son bâton, au creux de mes errances. Et c'est peut-être aussi cela qui t'a plu chez nous, nos farces, nos sourires en cisaille, dont on ne sait quoi penser. Nos regards tranchants, notre goût pour les intrigues et pour les illusions, qui ont faillis nous perdre.


Tu m'as d'abord volé pour mieux m'apprendre. Et c'est ainsi, qu'estropié, j'ai commencé mon apprentissage. Je me souviens de la saveur amère des nuits d'entraînement, des nuits de missions étranges, dont je ne me souvenais que par bribes, mais qui, et c'est bien vrai, avaient cette odeur particulière, au petit matin. Je me souviens des semaines sans véritable sommeil, des choses si importantes que tu ne pouvais me les dire, mais que je devinais, encore à moitié dans l'autre monde le jour, attendant de replonger avec toi.


Nous étions une famille, oui, à trois. Pour moi un guide, pour ma soeur un compagnon, avec ces sourires de dureté partagée. Nous avons parcourus certaines terres, marqués certains lieux qui se souviennent encore de nous, et trouvé des trésors que tu t'es empressé d'avaler dans ton mystère.


Puis tu m'as mené jusqu'à Elle. Elle qui sera ce que tu ne sera plus. Elle, la nouvelle gardienne, que nous suivrons, pour ton souvenir, et pour ce qui, en elle, coulera de toi. Alors que j'ai lus les mots de ma sÅ?ur, mes yeux se sont embués de larmes. Parce qu'aujourd'hui, je t'ai prié, et je t'ai vu, pour la dernière fois parmi nous, et je le sais à présent. J'ai vu ta peau trop parcheminée et tes yeux presque disparus sous ton âge. Je t'ai vu, dénué de ce qui te faisait pourtant, vierge de cette malice et de cette force. Et j'ai posé mon pouce sur ton front, pour ne plus te retenir, pour te laisser t'en aller, le Vieux, comme tu le faisais toujours pour m'apaiser, lorsque mon esprit hurlait trop fort.


Va, maître d'arme, Vieux, ou quelques soient les noms que ton existence si longue t'as donné. Soit libéré de tes poids, des chaînes de tes devoirs, qui t'ont pesés. Puisses tu garder un Å?il sur nous, tes presque enfants, qui continueront de garder jalousement, mais point de trop, comme tu savais l'être avec les leçons, le savoir que tu nous as donné.


Et j'ai comme envie de pleurer de ta dernière farce, de nous apparaître à tous deux en ce jour, et de nous surprendre encore de l'aisance avec laquelle tu sais tourner et emmêler les fils.


Dors, enfin, toi qui n'a eu de cesse de te faire maître du sommeil. Puisse tu succomber à ses douceurs, et avoir enfin la tranquillité que ta tâche ne t'as jamais donné.


Je ne te le dirai point, car il n'y a pas de merci. Il n'y a que des allégeances. Je te jure allégeance éternelle, et puisses-tu en rire, avant de t'en aller.



lundi 25 septembre 2006

La terre n'aime pas le Sang



Des souffles Eshelins.



Mabon est passé et ma colère ne s'est pas déversée, puisqu'elle n'existe plus. J'avais promis la malédiction et la douleur de l'âme, j'ai opté pour le pardon et l'amour. Certains y verront la faiblesse et d'autres le courage, je suis de crépuscule, je tends à la lumière.

Mais Mabon n'est pas passé comme une feuille soufflée par le vent passe sous un pont. Mabon est passé dans le grincement entêtant des portes de Samhain qui s'ouvrent, dans le murmure terrifié du vent, dans les rugissements des souffles Eshelins, qui serpentent les terres de Magie.

J'ai marché dans un vieux village, entouré de vieilles pierres, et je me suis arrêté, au milieu de la rue, surpris, éparpillé, ailleurs. L'espace de quelques minutes, d'anciennes portes se sont entr'ouvertes pour moi, et j'ai pu voir l'état des terres de Magies. L'arrivée du grand sabbat et du jour de communion avec les morts. J'ai pu voir l'agitation, un frisson inattendu de puissance et d'ancestralité.



Les forces de Magie reviennent, et bientôt seront là .



Ce que j'ai interprété de prime abord comme un nouvel an mauvais et dangereux sera sûrement celui où nous nous retrouverons.




Ecris sur Elend



A Samhain, pour l'ouverture des portes
A Samhain nous danserons
A Samhain, le feu au cÅ?ur et au chaudron
A Samhain nous écouterons
A Samhain, par l'encens et l'athamé
A Samhain les souffles se feront voix
A Samhain, entre nos mains liées
A Samhain la roue tournera
A Samhain, Le Vieux devient la Vieille
A Samhain, le Dieu laisse la Déesse

A Samhain, l'ombre nous couvrira d'un voile si dense que nous peinerons à nous mouvoir dedans.
A notre gloire retrouvée.



A Samhain, pour l'ouverture des portes, je me tiendrai debout sur la pierre. Entouré du cercle minéral, qui si il n'est pas, fera foi dans mon esprit.
Heliarck, j'invoquerai les puissances des abysses qui régissent et ressurgissent dans notre monte en cette nuit. L'ombre sera ma robe et la nuit ma cape, les étoiles en parure.
Nous chanterons, des chants sombres de ceux qui parlent aux sources de vie, et qui en répandent la volonté et l'engeance. Et notre pouvoir coulera, comme coule le chant, ondulera comme le fait le serpent, nouant ses anneaux autours de nos corps. S'élevant, entre les pierres et le cercle, comme le cône et la couronne, touchant aux forces du ciel pour transcender et traverser la terre.
Et notre pouvoir portera loin, soufflera ses vécus d'anthracite et d'obsidienne dans toutes les terres voisines. Nos voix porteront dans milles et milles contrées et nous seront entendus.
Nos chants traverseront le temps et ce seront nos aïeux qui chanteront avec nous.
Le ciel comme couverture, nous serons, en cette nuit, de l'essence même de la nuit. Et le nÅ?ud de nos voix sera le nÅ?ud entre terre ciel, entre notre monde et celui de magie.



En cette nuit de Samhain, nous serons dans les deux mondes, gardiens immuables des portes éternelles, semeurs d'étoiles et porteurs de souffles, gardiens des cris, maîtres des hurlements.



Peut-être serons nous morts, peut-être serons nous vie.






samedi 2 septembre 2006

Le chat tigré à miaulé, trois fois.











Macbeth, Acte IV, scène I




Alors, dansons autour du chaudron,
Jetons-y des tripes pourries,
Et d'abord, dans le pot magique,
Faisons bouillir le crapaud
Qui, dormant sous la pierre froide
Trente et une nuits et journées,
A bien exsudé son venin.




Grouillons double pour double trouble,
Qu'Ã feu sifflant chaudron bouille !




Ajoutez à cuire au chaudron
Un filet de serpent des mares,
Un Å?il de triton, un doigt
Coupé d'un pied de grenouille
Et du poil de chauve-souris,
Une langue de chien, la fourche
D'une vipère, le dard
D'un orvet, et la patte et l'aile
D'un lézard et d'une chevêche.
Pour un brouet de l'enfer
Dont le charme ait force d'embrouille,
C'est là ce qu'il faut qui bouille




Grouillons double pour double trouble,
Qu'Ã feu sifflant chaudron bouille!




Ecaille de dragon, dent de loup,
Pour de momie de sorcière,
Mâchoire et profonde goule
De vorace requin des mers
Ciguë de nuit déterrée,
Foie de Juif qui a blasphémé,
Bile de chèvre, repousses d'if
Brisées par éclipse de lune,
Nez de Turc, lèvres de Tartare,
Doigts de bébé qu'étrangla
Dans la fosse où elle accoucha
Quelque pute, c'est ce qui fait
Epairs et gluant le brouet
A quoi nous ajouterons
Juste un peu d'entrailles de tigre
Pour épicer le bouillon.




Grouillons double pour double trouble,
Qu'Ã feu sifflant chaudron bouille